Gérald Rambert a cédé au chant des sirènes. Entraîné au fond des océans, le plongeur y a découvert un monde féerique dont la beauté sans cesse renouvelée l’entraîne vers de nouvelles aventures. Sur plusieurs sites du monde, le photographe sous-marin s’est constitué un trésor d’images qui lui a valu des honneurs. Plongée…
La sensation éprouvée est si intense qu’elle finit par devenir ineffable. Elle se vit à chaque seconde comme un privilège mérité, saluée par des acclamations silencieuses qui explosent dans l’ambiance des grands fonds. Ce silence, interrompu par les battements de son coeur et le souffle de sa respiration, complète aux yeux de Gérald Rambert le magnifique tableau qui s’étale devant lui. Les mots pour le dire ne sont jamais assez forts : “Tu as l’impression d’être un oiseau qui survole une forêt, avec beaucoup plus de couleurs et de choses à voir.”
Lorsque les bonnes conditions sont réunies, en macro ou en plan large, même le plus anodin des détails contribue aux airs grandioses du spectacle. La faune, la flore, les coraux, la texture des rochers, le cadre, l’intensité de la lumière, la clarté de l’eau, les couleurs… Autant d’éléments que tient en compte Gérald Rambert lorsqu’il appuie sur le déclencheur pour capturer dans ses filets la beauté de la scène et l’intensité du moment.
Trophées.
Ces prises ramenées du fond des eaux mauriciennes et d’ailleurs trônent comme des trophées qui exposent la grande aventure vécue par le photographe sous-marin depuis qu’il s’est jeté à l’eau. Après Rodrigues, les Maldives, l’Indonésie, la Mer Rouge, la Turquie, il plongera bientôt au large de l’Australie et plus tard dans les eaux des îles Fidji pour continuer son inlassable chasse aux trésors dans sa quête de l’image et de sensations.
À bientôt 33 ans, le plongeur mauricien construit sa renommée à travers un parcours déjà élogieux. Primé dans différents concours de photographie sous-marine, il a collaboré à plusieurs publications, a fait la couverture de magazines internationaux spécialisés et est l’auteur du livre photographique Mauritius Underwater.
Moniteur de plongée de Sundivers Ltd, attaché à l’hôtel La Pirogue, Gérald Rambert donne aussi des cours de photos et sera bientôt en mer pour animer un nouvel atelier de formation international à bord d’un voilier vers l’un ou l’autre des sites de plongée les plus prestigieux du monde.
Studio marin.
Il n’est pas donné à n’importe qui d’exceller dans ce genre photographique. “Il faut d’abord être excellent plongeur”, souligne Gérald Rambert. La bonne maîtrise des techniques de plongée permet la stabilité et la furtivité essentielles aux pêcheurs d’images à la recherche de la perle rare. “Il faut savoir s’y prendre et avoir de l’équilibre, surtout quand on s’approche d’un poisson. Ce n’est pas comme lorsqu’un photographe travaille en studio.”
Sous l’eau aussi, n’importe quel sujet ne fait pas une bonne photo. “Il y a des poissons qui sont photogéniques et d’autres qui ne le sont pas. Mais même lorsque l’on trouve un beau poisson, il est important d’identifier le meilleur fond possible pour le photographier. Cet environnement doit être coloré et avoir quelque chose de spécial.”
Tous ces éléments, Gérald Rambert a appris à les considérer et à les exploiter pour mettre en valeur son travail et également pour rendre justice à ce monde sous-marin encore trop méconnu et qui renferme des richesses inépuisables en images.
Les sirènes de Poséidon.
Il était sans doute écrit qu’il émigrerait un jour vers le royaume de Poséidon. Cette passion qu’il a toujours eue pour la mer, Gérald Rambert ne se l’est jamais vraiment expliqué. Il préfère raconter qu’il a “cédé au chant des sirènes”, lorsque la mélodie envoûtante de l’océan lui est parvenue aux oreilles.
Après quatre ans dans l’agriculture suivant ses études, il ne lui avait suffi que d’une première plongée dans l’océan pour que, du jour au lendemain, il se décide à changer d’orientation. Un an de formation intensive pour être prêt, déterminé à naviguer dans d’autres eaux pour voguer vers ses ambitions contre vents et marées. La plongée lui assurait une vie professionnelle loin du cadre des bureaux et le rapprochait de son ambition de vivre d’aventures et de découvertes, comme l’une de ses idoles, Nicolas Hulot.
C’est aussi à cette période qu’il découvrit la photographie sous-marine grâce au compact de 2 megapixels que lui céda un ami venu faire de la plongée. La passion n’en devint que plus dévorante, tandis qu’il se professionnalisait en progressant de plafond en plafond.
Ballets.
Dix ans de plongée lui ont fait connaître certains sites dans leurs moindres recoins. Il prend encore du plaisir à les faire visiter aux curieux qu’il embarque dans l’aventure. Les occasions de découvertes sont omniprésentes pour ceux qui, comme lui, tendent à pousser vers le large, vers d’autres horizons. Et toujours ce même plaisir qui revient lorsque la mer donne le meilleur d’elle-même, sans limite, ni retenue, dans ce ballet de couleurs qui entraîne le pêcheur un peu plus au fond, vers l’extase.
La mer est devenue son autre monde. C’est sans doute pour mieux le partager à ceux demeurés à quai qu’il tente d’immortaliser le meilleur de ce qu’elle offre. Car le plongeur, dit Gérald Rambert, est rarement solitaire. “Il y a beaucoup de partage dans la plongée. C’est une activité que l’on pratique habituellement en groupe. Les plongeurs se distinguent en étant des passionnés qui sont généreux et cool.”
C’est la raison pour laquelle ils évoluent généralement en communauté à travers des clubs ou des groupes improvisés. Pour sa part, en version soft, sur papier ou sur canevas géants, sur son site www.geraldrambert.com, Gérald Rambert offre l’occasion aux néophytes de pouvoir mieux apprécier les fonds marins.
Dangers.
Car il y a urgence. Pour en parler, le sympathique jeune homme met de côté sa bonne humeur et sa décontraction. Il est inquiet, voire agacé. L’absence d’une vraie politique environnementale se fait aussi dramatiquement ressentir en ce qui concerne les eaux locales. En quelques années à peine, plusieurs sites ont déjà été grandement affectés par la pollution, la pêche non réglementée ou d’autres facteurs qui restent à être déterminés. D’où son plaidoyer pour une action urgente destinée à sauver cette partie de notre patrimoine, pour le présent comme pour l’avenir.
Entre-temps, des coraux meurent, des espèces disparaissent. Le drame pourrait être irréversible si les consciences ne se réveillent pas. “Il y a des choses qui peuvent encore être sauvées. Mais certains sites ont déjà été complètement dévastés.” Pourtant, “les plongées à Maurice restent belles et exceptionnelles. Le pays avait un vrai potentiel sur d’autres sites ayant une renommée mondiale”.
Le chant des sirènes ne s’est jamais tu. L’envoûtement croît un peu plus à chaque instant et l’ivresse des profondeurs a grisé Gérard Rambert d’une passion brûlante. Poissons colorés, traits de lumière déchirant le bleu intense, épaves réhabilitées en abris marins, coraux aux textures abruptes ou délicates, bestioles étranges, bouquets surprenants : la mer est d’une richesse infinie. Belle, hostile, indomptable, magique, cette autre planète est le studio du photographe…