Trêve oblige, les turfistes seront privés de courses hippiques ce week-end. L’occasion pour nous d’effectuer le traditionnel bilan de mi-saison après 19 journées de compétition. Au terme d’une première partie de campagne riche en évènements, ce sont Ramapatee Gujadhur et Derreck David qui occupent la pole-position des différents championnats mais gageons, au nom du spectacle, que leur suprématie sera mise à rude épreuve dans le sprint final pour l’attribution des titres en décembre prochain.
C’est sous l’ère du changement que débuta cette saison avec Jeenarain Soobagrah à la tête du Mauritius Turf Club (MTC). Secoué par les conclusions du rapport Parry rendu public avant le début de la présente campagne, le Club de la rue Eugène Laurent devait également prendre son mal en patience quant à l’officialisation du calendrier 2015 avant que le nouveau board de la Gambling Regulatory Authority (GRA) ne soit constitué avec Me Raouf Gulbul à sa tête en mars dernier, ce qui eut pour effet de retarder le début de la saison qui était initialement prévu pour le 28 mars. D’une demande de 40 journées de courses formulée par le MTC, l’instance régulatrice n’autorisera au final que l’organisation de 35 rendez-vous pour la saison 2015 dont le coup d’envoi fut finalement donné le 4 avril.
La situation n’était guère reluisante au niveau de la population équine avec le faible nombre de nouvelles unités importées. En effet, seulement une cinquantaine (contre 117 en 2014) de nouvelles unités furent acquises pour la saison 2015, qui une fois n’est pas coutume,  débuta sans le champion en titre, l’écurie Foo Kune disparaissant de la circulation avec la nouvelle fourmule préconisée par le MTC où le poste de Stable Manager fut aboli et tous les coursiers placés sous la responsabilité d’un entraîneur. Si le propriétaire devait initialement confier ses chevaux à Simon Jones qui avait été reçu aux examens d’entraîneur en début d’année, il devait par la suite changer son fusil d’épaule quand le MTC rejeta la demande de l’Australo-Mauricien quant à l’obtention d’une licence d’entraîneur, une décision qui vit alors les chevaux de Paul Foo Kune rejoindre le yard de Shailesh Ramdin.
En prélude à la saison 2015, la nouvelle équipe dirigeante du MTC avait, par le biais de son président Jeenarain Soobagrah et du Chief Stipe Stéphane de Chalain, milité pour une politique de zéro-tolérance visant à un retour des courses propres au Champ de Mars avec le retour entre autres d’Alain Rousset dans la Stewards Room. Et ce changement de cap, c’est Cédric Ségeon, le jockey champion en titre, qui en fit les frais dès la journée d’ouverture, le Français étant épinglé par les commissaires des courses pour sa monte peu convaincante sur Triad Of Fortune. Pour cette faute, la cravache de l’entraînement Merven écopa d’une mise à pied de six semaines assortie d’une amende de Rs 150 000. Débouté en appel, Cédric Ségeon boira même le calice jusqu’à la lie puisqu’il verra son permis de travail non-renouvelé par les autorités concernées. Pire, il sera arrêté puis libéré sous caution suite à une charge provisoire de « cheating » dans ce qui constitue désormais l’affaire Triad Of Fortune. Dans l’attente de son procès, la cravache d’or 2014 mange son pain noir loin des pistes, une interdiction de quitter le pays pesant maintenant sur ses épaules.
 
Mainmise de Gujadhur dans les grandes courses
 
Si Patrick Merven, Gilbert Rousset, voire Ricky Maingard, étaient donnés comme favoris pour le titre d’entraîneur champion en début de saison, la réalité fut tout autre sur la piste. Patrick Merven anima certes les premiers rendez-vous mais c’est Ramapatee Gujadhur qui prit le relais en tête à partir de la journée du Barbé où il s’adjugea quatre des huit épreuves au programme. Sa place de leader, l’entraîneur de la casaque bleu électrique le doit surtout à la réussite de ses protégés qui ont brillé dans les épreuves à fortes dotations. En effet, les chiffres parlent d’eux-mêmes puisque les coursiers de l’entraînement Gujadhur ont rafflé sept des douze courses de Groupe – dont la Duchesse et le Barbé – cette saison avec un certain Kremlin Captain couronné meilleur 4-ans après la tenue des deux premières manches de ce championnat. Une telle razzia n’aurait cependant pas été possible sans la contribution d’un jockey de talent et l’on ne peut ici passer sous silence la performance de Jeanot Bardottier. Ses problèmes de poids faisant maintenant parties du passé, le cavalier mauricien a littéralement creuvé l’écran cette saison et se pose d’ores et déjà comme un sérieux candidat à la cravache d’or.
Outre Jeanot Bardottier, les autres cravaches locales ont aussi tenu la dragée haute face à leurs homologues étrangers. Rye Joorawon, Swapneel Rama et Vinay Naiko, pour ne citer que ceux-là, ont saisi leur chance au vol quand elle s’est présentée, le premier nommé étant même actuellement en poste au sein de l’entraînement Maingard après le départ de Brandon Lerena, qui a longtemps occupé la tête du championnat. La bonne santé de nos local boys s’explique aussi par le fait que plusieurs autres cravaches étrangères ont plié bagage avant la fin de saison. Avant le Sud-Africain, Davy Bonilla, Sherman Brown et Gérald Avranche avait tous quitté précipitemment la compétition, Marco Van Rensburg et Daniel Moor étant les deux derniers jockeys étrangers à jeter l’éponge à l’issue de la dernière journée de compétition. Face à cette armada mauricienne, un seul homme se dresse : Derreck David. Vainqueur en appel de sa suspension écopée sur Sole Mio, le Sud-Africain, auteur d’un cinq-à-la-suite pour son retour à la compétition, a fait son entrée dans le Hall Of Fame mauricien aux côtés d’autres cavaliers populaires qui ont inscrit leur nom dans le marbre, à l’instar d’Anton Marcus, Johnny Geroudis et Gaëtan Faucon entre autres.
En revanche, cette première partie de saison n’a toutefois pas été un long fleuve tranquille pour les commissaires des courses dont l’intervention a été sollicitée en plusieurs occasions. On se souviendra ainsi de l’affaire dite des cartons contaminés au produit 3-hydroxy-N-methylmorphinan qui avait vu les disqualifications de Craftsman, Lucky Valentine, Ek Tha Tiger et Mount Hillaby. Si les responsabilités n’ont pu être clairement établies dans ces cas précis, Jean-Michel Henry et Shailesh Ramdin n’ont cependant pas été épargnés, les deux entraîneurs recevant un avertissement des Racing Stewards étant donné qu’ils avaient la garde de ces coursiers. Il y a aussi eu les incartades sur la piste qui ont gardé les commissaires de courses sur le qui-vive. Cependant, les décisions de ces derniers n’ont pas souvent fait l’unanimité parmi la communauté hippique et nous citerons à titre d’exemple les cas impliquant Indaba My Children-Red Tractor, Colour Of Courage-Lucky Valentine-Count Emmanuel et Elusive Love-Al Capitano.
 
La seconde partie de saison s’annonce palpitante à plus d’une titre. En cas de réussite dans le Ruban Bleu le 6 septembre prochain avec Bulsara, qui sera un des favoris, Ramapatee Gujadhur (Rs 7 000 500 de stakesmoney) mettra fin à tout suspense pour le titre d’entraîneur champion, mais un sursaut n’est pas à écarter de la part du trio de poursuivants qu’est Gilbert Rousset (Rs 6 138 500), Patrick Merven (Rs 5 534 500) et Ricky Maingard (Rs 5 429 000). Du côté du MTC, l’optimisme reste de mise malgré la situation morose qui prévaut actuellement dans le monde hippique. Ainsi, la tenue du Week-End International, qui était incertaine en début de saison, aura bel et bien lieu et une demande a même été faite auprès de la GRA pour l’organisation d’une journée additionnelle le 24 octobre prochain, et ce en dépit du fait que le bilan financier pour l’année pourrait afficher des pertes de Rs 25 millions selon les premières estimations. C’est du moins ce qui ressort de la rencontre entre le Board des administrateurs et les membres du Club le 5 août dernier.