« Notre tourisme ne serait pas ce qu’il est sans la contribution des expatriés », disait le ministre Anil Gayan, lors de la soirée de l’Assemblée générale annuelle de l’AHRIM. Il invitait ainsi les professionnels étrangers à transmettre leur expertise aux jeunes Mauriciens. Comme a su le faire Philippe Requin, une grande figure de l’hôtellerie internationale. Ceux qu’il a inspirés lui rendent ici hommage.
Bien des actuels directeurs d’hôtels ont fait leurs premières armes auprès de Philippe Requin. Ravin Unthiah, aujourd’hui Group Operations Manager chez Attitude, est de ceux-là. Il était donc normal pour lui d’assister à ses funérailles, le 20 juin à Londres. « Une cérémonie arrosée de Champagne, à l’image de l’homme : une grande élégance, un brin d’extravagance et beaucoup de convivialité, raconte-t-il. Elle m’a projeté vingt ans en arrière, lorsque, jeune directeur de restaurant, je bouclais les journées de 14 heures qu’il nous imposait, en sirotant, avec lui, une coupe de Champagne, qu’il appelait la ‘petite limonade’ … ».
C’est à l’hôtel Touessrok que Philippe Requin, d’origine française, pose ses valises à la fin des années 1990. Une précédente expérience en Asie et en Europe, des aptitudes d’hôte transmises par une mère restauratrice et une grande facilité au leadership en font un directeur respecté. « Quand Philippe est arrivé au Touessrok, je me suis dit il est trop jeune pour diriger un aussi grand hôtel. J’avais tort : il était costaud. Ses longues heures, ses contacts clients, ses exigences de qualité, son souci de faire ses équipes avancer… c’était un grand leader », raconte Ravin.
Directeur général de 1995-1999, Philippe Requin donne à ses équipes à voir ce qu’est le métier de l’hospitalité : il déborde d’énergie, finit tard, commence tôt, ne se défait jamais de son sourire, et est toujours à converser avec les clients, à partager avec eux une coupe de « limonade ». Fervent partisan de la formation, il pousse ses « team members » comme il les appelle, qui n’avaient alors qu’une expérience de terrain, à suivre, en même temps que lui, des cours trois fois par semaine après leurs heures de travail. 
« Il avait un tel charisme qu’il tirait le meilleur de nous »
Sous sa direction, le Touessrok devient un des Leading Hotels of the World et décroche une longue liste de prestigieuses récompenses. « Il avait un véritable esprit d’entreprise, une façon de nous faire voir l’hôtel comme un tout, avec un regard neuf… Et un don incroyable pour nous amener à nous dépasser, à tenter des choses impossibles. Il nous mettait beaucoup de pression. Mais il avait un tel charisme qu’il tirait le meilleur de nous », raconte Steve Lebrasse, aujourd’hui Entertainment Director au Shangri-La Le Touessrok, Trou d’Eau Douce.   
Tout comme ses clients, nombreux à le suivre d’hôtel en hôtel, certaines des personnes qu’il forme l’accompagnent. Au sein du groupe Naïade, où il est directeur des opérations de 2000 à 2003, Ravin le rejoint après une formation qu’il le fait suivre en Hotel Management à Singapour. C’est la même admiration pour Philippe Requin qu’on entend dans les mots de Nanda Appadoo, alors Front Office Manager de Beau Rivage (Naïade). Sa capacité à accorder la même attention à tous, du jardinier au manager, de l’animateur du Kids Club au serveur impressionnait tous ceux qui le côtoyaient. « Il connaissait chacun, se faisait un devoir de toujours envoyer un petit mot lors des anniversaires, des mariages et autres. J’ai moi-même reçu un courrier lorsque j’étais à Rodrigues pour mon anniversaire de mariage », ajoute Nanda, aujourd’hui Hotel Manager d’Astroea Beach.
Mais sa leçon la plus précieuse sera sans doute sa vision de l’hospitalité qui façonnera celle des leaders d’aujourd’hui. « Un client ébloui est le meilleur ambassadeur de l’hôtel, disait-il. Pour cela, il fallait qu’hôtellerie rime avec chaleur humaine, services de grande classe et gentillesse. Il fallait aussi du WOW. Il avait le goût du show, ce qui aidait. Il arrivait avec des idées novatrices, comme fêter Noël en mars ou organiser une soirée ‘à l’envers !’ », se souvient Hans Bheeka, Sports & Leisure Manager du Paradis. « Outre cette leçon sur l’hospitalité, j’ai beaucoup appris de son style de leadership, teinté de choses simples comme : impliquer le staff dans les décisions, connaitre vraiment son personnel et le valoriser, fidéliser sa clientèle, donner au client le sentiment qu’il est ‘chez lui’ », ajoute-t-il.
Hans sera son Sports & Recreation Manager à Voile d’Or Resort & Spa à Bel Ombre, un hôtel de luxe qu’il crée après avoir fait décoller plusieurs hôtels, dont Les Cocotiers à Rodrigues. « Là, sous sa houlette, j’ai compris les implications d’une hôtellerie de luxe, où la qualité et le service 5 étoiles sont des impératifs de chaque jour », dit-il. Ce fut également une école pour Nanda, Room Division Manager. « C’était un concept unique à l’époque », se souvient-il.
Cette immense contribution à l’hôtellerie mauricienne ne représente pourtant qu’une parenthèse dans la carrière de Philippe Requin, laquelle l’a mené de Nouvelle-Zélande à Singapour, de Brunei à Chypre. Maintes fois honoré par l’industrie, il a notamment décroché le prix du World’s Top Five Hotelier aux Tatler’s Travel Awards et de CEO of the Year du magazine Acquisition International. Cette envergure internationale ne l’empêchait pas de garder contact avec ses amis mauriciens. « Il y a 3 ans, je suis allé le voir en Asie pour des conseils sur ma carrière. Et il y a deux ans, j’étais très fier de l’inviter à Zilwa dont j’étais le directeur. En grande partie grâce à lui », dit Ravin.