Rama Poonoosamy annonçant l’hommage à Johnny Clegg lors d’une conférence de presse hier, programmée à l’origine pour annoncer le récital de Natacha Finette-Constantin

Le décès d’une figure aussi charismatique et engagée que Johnny Clegg a bouleversé par millions à travers le monde tous ceux qui se souviennent d’Asimbonanga, enregistré en 1987, mais devenu un véritable tube planétaire en 1988. Aux Mauriciens qui ont eu le privilège de l’entendre en live au stade de Rose-Hill cette année-là, et surtout à tous ceux qui l’apprécient, un cahier de condoléances sera ouvert à partir de lundi 22 juillet pour célébrer l’homme d’exception, sa vie et son combat, au siège de l’agence Immedia, à Port-Louis. Une diffusion du film réalisé à l’occasion de son dernier séjour et concert à Maurice en 2018 est également programmée sur la MBC 1 le 10 août prochain à 20h30.

Johnny Clegg a donné deux concerts à Maurice, et ces deux rendez-vous ont revêtu une puissante portée symbolique. Donné en 1988, le premier a inscrit Maurice parmi les pays qui ont contribué au succès planétaire cette année-là du tube Asimbonanga, paru sur l’album Third World Child. Interdits de jouer dans son propre pays, Johnny Clegg et les musiciens de toutes communautés qui tournaient avec lui dans son groupe, Savuka, ont alors pu donner un écho populaire à la tragédie sud-africaine de l’apartheid et à l’injustice que subissaient Nelson Mandela et ses compagnons de lutte.

Savuka montrait par anticipation le nouveau visage que l’Afrique du Sud pourrait offrir au monde dans une société post-apartheid. Voir ce concert en décembre 1988 à Maurice, c’était faire partie du frémissement d’un nouveau monde, s’associer en musique et, modestement certes, aux dernières années du combat anti-apartheid, faire œuvre de solidarité avec un de nos pays frères dans cette grande région de l’Afrique australe que nous habitons, si riche de ses multiples cultures.

Asimbonanga signifie en zoulou « Nous ne l’avons pas vu », en parlant de Mandela, qui vivait alors toujours incarcéré, mais dans une villa avec piscine et cuisinier, dans le périmètre de la prison de Paarl, dans la région du Cap. Ce régime « amélioré » lui avait été réservé suite aux premiers pourparlers qu’il avait eus en novembre 1985 avec le ministre de la Justice, mais cela ne doit pas faire oublier qu’il avait subi les pires traitements et humiliations à la terrible prison de Robben Island de 1964 à 1982 avant d’être transféré à celle de Pollsmoor, moins dure, afin, selon le ministre de la Justice d’alors, d’établir un contact discret avec le gouvernement.

Compagnons de lutte

La chanson du zoulou blanc évoquait le chef du Congrès national africain (ANC), certes comme la figure historique de la lutte contre l’apartheid, mais aussi comme une figure qu’on ne saurait plus reconnaître parce que toute mention de sa personne en Afrique du Sud y était interdite depuis des années. Asimbonanga rend aussi hommage à Steve Biko, le fondateur du mouvement de la conscience noire, mort à 30 ans dans des conditions suspectes en détention en 1977, à Neil Agget, médecin et syndicaliste blanc, également mort en prison dans des conditions suspectes, et à l’avocate Victoria Mxenge, assassinée à 43 ans par la police sud-africaine…

Lorsqu’il est revenu pour son grand concert d’adieu à Maurice, en octobre dernier, cela faisait trois ans que Johnny Clegg luttait déjà contre un cancer du pancréas. Il ne s’en cachait pas. Deux mois avant, il apprenait que la maladie avait aussi atteint son cerveau. « Nou pa ti imazine ki li pou donn sa lenerzi-la lor lasenn ! » expliquait l’adjointe de Rama Poonoosamy, le directeur d’Immedia. Ce dernier, qui affectionne particulièrement les symboles, devait rappeler que la journée d’hier, 18 juillet, marquait aussi le 101e anniversaire de la naissance de Nelson Mandela, et que c’est encore à cette date, un an plus tôt, qu’il annonçait à la presse la venue à Maurice de la star sud-africaine pour son dernier concert.

Une fois rempli, le livre de condoléances sera transmis à la femme et aux enfants de Johnny Clegg, Jennifer, Jesse et Jarod, à travers son manager. Enfin, Immedia a autorisé la MBC à passer le film qu’elle a produit avec une interview de Johnny Clegg ainsi que des images de son concert. Cette diffusion exceptionnelle est programmée sur la MBC 1 le samedi 10 août à 20h30. Ces images montrent le chanteur interpréter son si précieux répertoire certes d’une voix plus assagie, mais il aura accompli la danse zouloue qui accompagnait ses chants avec la même joie et la même ferveur qu’il a toujours témoignées envers la culture et les expressions zouloues, que ce soit à travers la langue, la musique ou la danse.