Les membres du Forum citoyen libres et un regroupement de pêcheurs, plaisanciers et forces vives de la région de l’est, qui se sont rendus au large de l’hôtel St-Géran où se déroulent des travaux de rénovation contestés, considèrent avoir remporté une première victoire après l’enlèvement des sacs de sable qui constituaient un passage entre la côte et l’îlot Banane, situé dans le lagon en face de l’hôtel.
« Ces sacs de sable ont été enlevés en quatrième vitesse après notre sortie publique dans les médias dans le courant de la semaine », a observé Georges Ah Yan, un des principaux animateurs du mouvement visant à attirer l’attention de la population et des autorités concernées sur « les abus des travaux, qui ont outrepassé les limites définies par le permis EIA accordé par le ministère de l’environnement ».
Georges Ah Yan insiste maintenant que les autorités responsables doivent venir faire un constat sur place des dérapages constatés, faute de quoi le mouvement n’hésitera pas à avoir recours à la Cour suprême pour réclamer l’arrêt des travaux.
Les organisateurs de la visite étaient présents à Poste-de-Flacq dès 10 heures hier matin, où une forte présence policière était observée. Une fois ses équipements de sonorisation installés vers 11 heures, Georges Ah Yan a commencé à haranguer les habitants du village pour les inviter à venir voir comment la vie marine dans le lagon, qui est pour beaucoup au centre des activités professionnelles, est en danger. « Nous ne sommes pas contre le développement des infrastructures hôtelières mais nous nous élevons contre la dégradation de l’environnement au détriment des pêcheurs, des casseurs d’huîtres et des plaisanciers. Nous voulons que les travaux soient en conformité avec l’esprit et la lettre d’une île Maurice durable », a-t-il lancé.
C’est vers midi que trois pirogues avec à bord des représentants des forces vives de la région, des sympathisants du Forum Citoyens libres et d’autres personnes militant en faveur de l’environnement ont largué les amarres en direction du St-Géran. Très vite, après avoir dépassé le temple hindou situé sur la mer et très fréquenté par les dévots de la région et de l’île, nous apercevons une dune de sable utilisée quelquefois par des pique-niqueurs de la région ou des pêcheurs. Or, c’est de cette dune que les constructeurs puisent le sable pour être déversé devant l’hôtel.
Plus loin, on constate la construction très avancée d’un bâtiment situé visiblement à une distance bien inférieure aux 30 mètres de la high water mark fixée par la loi. Selon un spécialiste se trouvant à bord d’une pirogue, le bâtiment se situerait carrément sur la high water mark, la limite de l’eau à marée haute. Non seulement la construction est illégale, mais elle rend impossible le passage des citoyens sur la plage, tenant en compte que le public a normalement accès à cinq mètres de plage à partir de la high water mark. Le passage des pirogues, dans lesquelles les passagers scandent à tue-tête des slogans contre la dégradation des ressources marines, est suivi de très près par des responsables du chantier et la police, qui craignent sans doute un débarquement inattendu.
Les visiteurs ont ensuite été frappés par le barrage constitué de grosses pierres obtenues à partir des champs de cannes, érigé sur une distance de 100 mètres à partir de l’îlot Banane devant l’hôtel. Ce barrage est en fait un récif artificiel pour protéger la plage. Mais la surprise a été que tous les sacs de sable qui avaient constitué un passage de 500 mètres entre la côte et l’îlot Banane ont été enlevés à l’évidence en quatrième vitesse. Ils ont été déposés devant la plage en utilisant d’impressionnants bulldozers, visibles derrière l’amoncellement de sacs.
« Je remercie les autorités d’avoir écouté notre appel. Il faut maintenant enlever les quelque 400 tonnes de pierre qui se trouvent dans la mer, arrêter de puiser le sable dans le banc situé au large de l’hôtel et prendre des dispositions pour assurer que le bâtiment en construction se retrouve à la limite de 30 mètres de la high water mark », a déclaré Georges Ah Yan au Mauricien. L’activiste annonce une série de meetings de sensibilisation dans la région est du pays, dont le premier aura lieu à Bramstan le 6 octobre à 14 h 30.
Après une brève escale sur l’îlot Banane, les visiteurs ont regagné Poste-de-Flacq où était prévu un rassemblement avec la participation de plusieurs orateurs.