SOLENN DE SOUZA

Étant une jeune Mauricienne de 23 ans, faisant mes études en France, je me sens interpellée par la Journée internationale de la Femme, plus particulièrement par le statut de la femme mauricienne d’aujourd’hui. 

Je me souviens d’un sondage effectué peu d’années de cela et qui révélait des choses révoltantes et indignes : huit femmes mauriciennes sur dix pensaient que si un homme battait une femme, c’était tout simplement parce qu’il l’aimait. Pratiquement la même proportion estimait normal qu’un mari punisse sa femme si cette dernière commettait des erreurs et qu’un homme ait le dernier mot sur toutes les questions familiales. Un certain nombre trouvait toujours naturel qu’une femme dût avoir l’aval de son mari pour accepter un emploi rétribué et qu’ensuite elle lui remette tout son salaire. Une grande tranche de femmes pensait encore que les enfants appartenaient au mari et à la famille de celui-ci. Le point qui suit est à vous couper le souffle : cinq Mauriciennes sur dix et un nombre similaire d’hommes estimaient que si une femme portait une jupe courte, c’est qu’elle « demandait à être violée ».

Je m’adresse aux femmes mais aussi aux hommes dignes d’être appelés ainsi. Je me pose la question suivante : en 2019, trouverait-on encore un nombre élevé de Mauriciennes aussi rétrogrades ? Sommes-nous revenus à un état de servage ? Pourtant, nous venons de célébrer le 184e anniversaire de l’abolition de l’esclavage ! Oui, je parle de servage car là, la femme est considérée comme une bonne à tout faire (pour ne pas dire « esclave ») n’ayant pas son mot à dire et qui est complètement soumise au service de l’homme.

Mesdames, mais aussi messieurs, c’est à vous que je m’adresse : est-ce logique qu’une femme qui travaille tout aussi dur et qui, parfois même, excelle dans son domaine se doive encore d’être soumise à son mari ? Ou pire, est-il normal qu’une femme se fasse battre par son “homme” ? Oui, je parle de celui qui est fort physiquement et qui se doit de la protéger et non de la détruire! Est-ce une preuve d’amour pour elle que d’être ainsi maltraitée, dégradée ? Si c’est le cas, alors je me dois de refaire mon éducation.
Beaucoup de femmes et de jeunes filles seront d’accord avec moi, cependant elles n’oseront pas parler ou hocheront la tête car leur famille ou leur catégorie sociale ne leur permettent pas d’émettre un quelconque avis. La liberté de parole demeure encore une vaine expression chez certaines. Et, moi, je dis : INDIGNEZ-VOUS MESDAMES !

Ce n’est que justice de faire un travail qui nous plaît sans l’aval de notre conjoint ! (aurai-je donc fait des études pour rien ?)! Ce n’est que justice qu’une femme puisse gérer SON argent comme bon lui semble. Et ce n’est
que justice qu’une femme soit traitée comme il se doit, c’est-à-dire avec beaucoup de respect, comme un être humain et non comme un bien acquis, une propriété.
Plus encore, la femme mauricienne actuelle s’habille comme elle veut, car elle suit l’air du temps, elle est coquette, elle est féminine et méprenez-vous, cela ne signifie en rien qu’elle cherche à être violée ! Il suffit de la regarder respectueusement et avec admiration !
Notre société fait croire à nos soi-disant “bonhommes” qu’ils détiennent le pouvoir sur tout et qu’ils ont droit à tout. Et pourtant, je me souviens d’une dame qui, quatre ans de cela lors de l’agression d’un policier à la gare du Nord, avait osé et a eu le courage d’intervenir. Et alors ? Où étiez-vous messieurs ?

Cependant, je ne mets pas tous les hommes ni toutes les femmes dans le même panier. Dieu merci, il existe des personnes consciencieuses et réfléchies pour comprendre mon indignation. Je peux même parler de mon entourage, notamment de mes parents qui connaissent la valeur de la femme et qui m’ont inculqué le respect d’autrui.
Je m’indigne, comme l’a dit Stéphane Hessel. Oui, je m’indigne, car moi, femme mauricienne, je crois en la société mauricienne et en ses citoyens, hommes et femmes. Et je sais que malgré les diverses religions et différentes cultures qui la composent, cela ne justifie aucunement de tels propos rétrogrades ni actes barbares. Certains diront que cet article émane vraisemblablement d’une jeune féministe qui ne connaît pas grand-chose à la vie, mais qu’importe, c’est sans prétention aucune que j’affirme que ce sont des jeunes comme moi qui feront évoluer notre société.