L’United Bus Service Employees Union (UBSEU) a adressé une lettre au ministre du Transport, Nando Bodha, concernant la sécurité d’emploi à l’approche de l’entrée en opération du métro. Son président, Iqbal Sheik Abbas, parle de l’état d’esprit des employés du transport et de l’absence de communication du gouvernement sur leur situation. Il se demande également si une étude de l’impact sur le transport public a été réalisée avant de décider d’offrir le métro gratuit pendant deux mois. Selon lui, environ 100 autobus de l’UBS pourraient être retirés de la circulation à cause du métro et 500 travailleurs pourraient se retrouver sur le pavé.

À quelques semaines de l’entrée en vigueur du métro, quel est l’état d’esprit des travailleurs du transport ?
Les travailleurs du transport sont complètement dans le flou et le moral est au plus bas. Cela fait deux ans depuis que nous avons envoyé un memorandum au ministre des Infrastructures publiques et du Transport, Nando Bodha, pour lui faire part de nos craintes et à ce jour, nous n’avons reçu aucune garantie en écrit. On nous a simplement dit que nous n’allons pas perdre notre emploi, mais nous n’avons rien de concret. Le métro est derrière la porte et le ministre n’a pas répondu à nos questions concernant l’impact que ce nouveau système aura sur les autobus.

Je tiens à préciser que nous n’avons rien contre le métro. Tout ce que nous voulons, ce sont des garanties quant à notre avenir. Nous avons fait plusieurs revendications, nous avions même prévu une grève de la faim, puis on nous a dit qu’on allait ouvrir le dialogue, mais nous attendons toujours.

Vous avez exprimé des craintes sur les “feeder buses”. Pourquoi ?
Ces “feeder buses” auront pour tâche de transporter des passagers des régions excentrées vers le métro. Selon nos informations, ils opéreront selon un système de carte. Cela nous inquiète, car cela veut dire qu’il n’y aura pas de receveur dans ces autobus. Ce système représente donc un grand danger pour les receveurs.

De plus, nous pensons que pour la sécurité des passagers, il faut quelqu’un pour assister le chauffeur dans le bus, tout comme c’est le cas avec les vans d’école, où la loi recommande une assistance. Il y aura 38 personnes dans ces bus et il est important qu’elles soient aussi en sécurité. Sans doute qu’il y aura aussi des enfants. Il faut donc de la consistance dans les règlements.

Je précise que ce n’est pas le “cashless system” que nous dénonçons, mais l’absence d’un receveur. Le “cashless” a ses avantages car le receveur n’aura pas à se soucier pour les échanges, par exemple. Parfois, il y a des passagers qui montent dans le bus et présentent un billet de Rs 500. Personnellement, en 34 années de service, je n’ai jamais demandé à un passager de descendre du bus parce qu’il n’avait de monnaie, j’essaie toujours de trouver un moyen de changer l’argent. Tout de même, cela représente une complication. Avec le “cashless”, il y aura également moins d’agression sur les travailleurs du transport. Toutefois, nous insistons pour que les receveurs soient maintenus dans les autobus et que ce ne soit pas les chauffeurs qui fassent tout le boulot.

Qu’attendez-vous concrètement du gouvernement ?
Nous voulons des garanties en écrit que nous n’allons pas perdre notre emploi. Ou alors, qu’un comité tripartite, regroupant le gouvernement, les compagnies d’autobus et les représentants des travailleurs, soit mis sur pied pour discuter des modalités d’une mise à la retraite volontaire. Parmi les 500 travailleurs concernés chez UBS, un bon nombre se trouve dans la cinquantaine. Quel sera notre avenir si jamais la compagnie se retrouve en difficulté ? Le métro va toucher la ligne Curepipe/Port-Louis qui est le cœur de UBS. Chaque jour, il y a 150 autobus express transportant les passagers sur Port-Louis et vice-versa. Si demain, il y a, à côté sur la gare, le métro proposant le même prix de ticket pour voyager sur cette ligne, que vont choisir les passagers ?

Selon nos statistiques, environ 100 autobus devront être retirés de la circulation avec l’arrivée du métro. Cela aura un impact sur 500 travailleurs. Quand le ministre vient dire qu’il n’y aura pas de perte d’emplois, nous aimerons bien qu’il nous explique comment on va remplir les autobus quand le métro va transporter les passagers en grand nombre. On a dit que ce sera pour une période de deux mois, mais avec les élections qui arrivent, qui sait, peut-être que cela peut aller au-delà… Je me demande également si on a fait une étude pour réaliser l’impact que ces deux mois de transport gratuit auront sur le service par autobus. Je ne suis pas en train de défendre les compagnies, mais si les recettes baissent, ce sont les travailleurs qui en feront les frais.
Par ailleurs, il faut savoir que dans toutes les compagnies d’autobus, 95% des chauffeurs et receveurs font des heures supplémentaires. C’est ce qui nous permet d’arrondir les fins de mois. La base de salaire d’un receveur ou d’un chauffeur est de Rs 17 000. Comment pourrons-nous nourrir nos familles avec ce salaire ? Les heures supplémentaires s’appliquent quand il y a des passagers à transporter. Si le métro en prend une bonne partie, les compagnies ne vont pas mettre les autobus sur les routes après les heures régulières.

Les chauffeurs et receveurs de bus travaillent combien d’heures par jour ?
Notre journée régulière dure huit heures. Nous avons une heure de pause et nous faisons deux à trois heures d’“overtime”. Ce qui fait un cycle de douze heures. Il faut savoir que nous sommes sur les routes dès quatre heures du matin. Il faut se présenter au dépôt à 16e Mile à 4h40. Le chauffeur qui doit aller chercher les employés doit être sur la route à 3h du matin. Parfois les gens ne réalisent pas l’importance du service du transport public. L’économie démarre avec nous le matin. Le pays s’éveille lorsque les bus sont sur les routes pour transporter les travailleurs et les élèves. Si le Premier ministre et le ministre Bodha ont de la reconnaissance pour notre contribution dans ce pays, s’ils ont à cœur l’intérêt des travailleurs du transport, ils peuvent trouver une solution à la situation.

On avait dit que les actuels travailleurs du transport auront la priorité pour les recrutements chez Metro Express Ltd. Est-ce que cela a été le cas ?
C’est tout à fait faux. Nous avons deux collègues qui avaient postulé pour être Ticket Inspector dans le métro. Lorsqu’ils ont été appelés pour les entretiens, ils ont appris que le poste était sur un contrat de deux ans. Ils ont laissé tomber. Imaginez, pouvez-vous quitter un poste permanent avec 15 ou 20 années de service pour aller prendre un poste sous contrat de deux ans ? C’est tout recommencer de zéro. De plus, il n’y a aucune garantie que le contrat sera renouvelé après deux ans.

Il était aussi question d’introduire de nouvelles routes pour redéployer les autobus en surplus…
Une fois de plus, nous n’avons aucun détail sur cette éventualité. En ce qui nous concerne, en tant que travailleur, c’est la sécurité qui doit primer avant tout. Où va-t-on nous envoyer et dans quelles conditions ? N’oubliez pas qu’il y a certaines routes qui sont desservies par des opérateurs individuels qui ont leurs propres manières de fonctionner. Ils n’ont pas les mêmes règles strictes comme dans les compagnies d’autobus. Est-ce qu’il aura un problème de cohabitation ? À l’UBS par exemple, un chauffeur ou un receveur doit d’abord passer un test de la NTA avant d’être recruté. Une fois chez nous, il aura un mois de “training” sur route avec un receveur professionnel. Il y a deux ans, nous avons aussi eu une formation en “customer care” pour apprendre comment agir avec les passagers. Les chauffeurs doivent eux passer leur permis pour voiture, pour camion, avant de faire leur formation et leur test pour un permis d’autobus. Après cela, leur comportement sur route sera évalué. Pour ce qui est des nouvelles lignes, on ne sait non plus si elles seront rentables.

Selon vous, le métro pourra-t-il entrer en opération dans un mois, comme annoncé ?
Avec l’expérience que j’ai sur la route, il me semble qu’il y a encore beaucoup à faire avant la mise en opération. À moins qu’on ne veuille faire comme si on va habiter une maison avec le ciment et le macadam encore éparpillés partout. Rien que pour mettre de l’ordre à Rose-Hill je crois que cela va prendre un certain temps. On verra bien.

Que prévoit l’UBSEU si le gouvernement ne réagit pas à vos demandes ?
Nous allons d’abord convoquer une assemblée générale pour décider de la marche à suivre. Pour le moment, nous privilégions le dialogue. Le ministre Bodha a réagi à notre dernière lettre à travers les médias en disant qu’il y travaillait. Attendons de voir. Je dois aussi dire que l’UBSEU n’est pas seule dans ce combat. Au niveau de notre compagnie, il y a aussi l’Association Travailleurs Transport Autobus, la Bus Industry Traffic Officers Union et la Bus Industry Staff Association qui constituent l’Union Joint Panel. Malheureusement, nous n’avons pas une plateforme nationale car chaque compagnie a ses spécificités. Mais nous avons tous les mêmes préoccupations : notre sécurité d’emploi, nos revenus…