Curtin Mauritius, le quatrième campus international de l’université australienne Curtin, a été lancé officiellement par le Premier ministre, Pravind Jugnauth, la semaine dernière en présence du vice-chancelier de Curtin University, Deborah Terry, et d’autres personnalités australiennes. Jeremy Charoux, directeur exécutif du Charles Telfair Institute, considère que Curtin Mauritius apporte beaucoup de crédibilité au “knowledge hub” mauricien.

L’institut Charles Telfair a parcouru un long chemin depuis DCDM Business school.

L’institut fête ses 17 ans cette année. Il avait connu un début très modeste. Mon père a coutume de raconter qu’il avait commencé par une salle de classe, qui est passée à deux, puis à trois, puis cinq. Par la suite, il a pris un étage du bâtiment où il se trouvait, puis deux, puis trois. Comme la demande augmentait et que les étudiants commençaient à se trouver à l’étroit, il a décidé d’ouvrir l’actionnariat et a invité les compagnies privées à investir dans la création d’un campus. C’est ainsi que l’Institut Charles Telfair a vu le jour à Moka il y a sept ans.

Aujourd’hui, nous comptons 2 000 étudiants, un personnel de 150 personnes et 9 500 Alumnis. De mon point de vue, la construction d’un institut de renom ne se fait pas du jour au lendemain. Cela prend beaucoup de temps, beaucoup de travail. Il ne suffit d’avoir un nom reconnu. C’est une longue route. Maintenant nous avons un avenir prometteur avec l’Université de Curtin qui assurera un rôle sur le plan régional. Elle considère Maurice comme une plateforme vers l’Afrique non seulement pour les études supérieures mais également pour la recherche.

Vous aviez eu pendant quelque temps un institut sud-africain comme partenaire ?
Nous avons commencé avec l’Université d’Afrique du Sud (UNISA). Après trois ans, le DCDM Business School a changé de partenaire. L’Australie s’est avérée être plus pratique, mieux organisée et permet d’arriver à un meilleur résultat. Après avoir fait le tour du monde en Europe, au Canada et l’Australie, c’est l’Universite de Curtin en Australie, qui figure dans la tranche de 1 % des meilleures universités du monde, qui a été choisie.

Quel est le secret de cette réussite ?
Le dur labeur et la passion. Lorsque je regarde mes parents, je peux affirmer qu’ils ont été de grands travailleurs. Il n’a jamais été question pour eux de faire de l’argent. Ils ont toujours voulu créer quelque chose que leur permettrait d’aller au-delà de leur rêve. Ils ont tout fait pour attirer et garder un personnel très compétent qui est étroitement associé à leur succès. Nous avons beaucoup de collaborateurs qui ont été là depuis le début. Ce sont les membres d’une famille qui ont œuvré ensemble vers un objectif commun. Nous avons eu la chance d’avoir les partenaires académiques appropriés. Cela est important pour avoir le bon programme de travail, la qualité. Il faut également des actionnaires appropriés, qui sont préparés à investir. Aujourd’hui, les actionnaires, les propriétaires et le personnel comptent beaucoup. Il est également important d’avoir un bâtiment moderne mais ce n’est pas cela qui fait le succès d’un institut qui a besoin d’un travail d’équipe et de qualité.

Le rêve de votre père a toujours été de créer une université publique locale… Où en est ce projet ?

Nous vivons dans un monde global. Nous vivons dans un monde compétitif. Aujourd’hui, il y a de très grandes universités avec lesquelles nous sommes en compétition à travers le monde. Nous aurions été une université privée offrant des diplômes locaux et qui auraient été en compétition avec des diplômes étrangers. Pour le moment, ce que les gens recherchent, c’est une entrée sur le monde global. Ils recherchent une qualification internationale. Heureusement ou pas, nous continuons à offrir nos propres diplômes, à savoir le “Bachelor of Business Management and Leadership”, le “Bachelor of Business Administration” et un diplôme en logistique. Nous avons travaillé avec les opérateurs locaux afin de créer quelque chose de spécifique pour les entreprises mauriciennes. Lorsque les diplômes australiens ne correspondent pas aux besoins du marché mauricien, nous offrons nos propres qualifications. Avec le temps, nous construirons davantage dans cette direction. Pour le moment, nous avons opté pour les universités internationales avec Curtin et TAFE.

Quelles sont les filières que vous proposez ?
Nous offrons tout ce qu’il faut dans le domaine des affaires, à savoir le marketing, le droit des affaires, la gestion, les ressources humaines, etc. Nous avons également les “Graphic Design”, “Digital Design” et “Mass Communication”. Cette dernière conduit au journalisme, au web media, à la production cinématographique. Nous venons d’ouvrir un nouveau studio cinématographique. C’est la quatrième du genre à Maurice. C’est un studio qui est équipée des dernières technologies avancées. Nous offrons actuellement un diplôme en “Mass Communication” avec spécialisation en production cinématographique qui de- vient de plus en plus populaire.

Pensez-vous qu’il y aura une demande dans ce secteur à Maurice ?
Absolument. Maurice dispose de suffisamment de sites naturels et est bien située. Il s’agit d’avoir les opérateurs appropriés. Je considère que l’industrie cinématographique fait partie du futur. De plus Maurice est appelé à jouer un rôle important sur le plan régional. Maurice est une île. Nous n’avons qu’une population de 1,2 million. Et une population vieillissante. Il y a le domaine des services financiers où le pays continue à progresser. Le pays doit continuer à diversifier dans de nouveaux domaines mais il s’agira de choisir des domaines stratégiques On ne peut tout faire. Il faudra choisir les domaines dans lesquels l’accent pourra être mis et s’assurer que les objectifs sont atteints.

Quel type de formation Curtin University offrira ?
Les qualifications australiennes sont très pratiques. L’Australie est un pays très pratique et ne se limite pas aux théories. Le Charles Telfair Institute offre des études intégrées. Nous nous assurons que lorsque nos diplômés quittent l’Université, ils peuvent commencer leur carrière sans avoir à passer par l’apprentissage. Nous travaillons en étroite collaboration avec les industries. Nous avons une centaine de partenaires qui acceptent de prendre nos étudiants en stage dans tous les domaines.

La recherche fait-elle également partie de votre curriculum ?
50 % de notre personnel académique font actuellement sur des recherches en vue d’obtenir un PhD. Nous travaillons beaucoup avec les autorités locales. Nous travaillons également avec l’Université de Curtin en Australie mais également à Dubai, Singapour et Malaisie sur des opportunités de recherches. Les membres de notre personnel ont la possibilité de travailler avec des chercheurs internationaux, ce qui leur donne une grande ouverture sur le monde. C’est un des grands avantages avec Curtin University

D’où viennent vos chargés de cours ?
Une grande partie de notre succès est due au fait que nous utilisons des ressources locales. Avec un personnel basé localement, les étudiants peuvent maintenir un contact permanent avec les conférenciers. Ce qui est très important. D’ailleurs, nos conférenciers sont si familiers avec la méthode de Curtin qu’ils peuvent travailler dans n’importe quelle institution de Curtin à l’étranger. Certains conférenciers ont été des étudiants très doués chez nous. D’autres sont des diplômés vivant à Maurice ou qui vivaient à l’étranger avant de regagner le pays.

En devenant Curtin Mauritius, qu’est ce qui va changer pour le CTI ?
Charles Telfair Institute devient désormais le campus de Curtin University. Nous serons un des quatre campus internationaux de Curtin à travers le monde après la Malaisie, Singapour Dubai. Cela apporte beaucoup de crédibilité au “knowledge hub” mauricien car Maurice est ainsi classée dans la même catégorie que Singapour, Malaisie et Dubai. C’est un pas important pour Maurice. Curtin Mauritius permettra d’approfondir notre partenariat avec Curtin University en Australie. Ce qui veut dire une meilleure qualité en matière de formation. L’université australienne sera impliquée davantage dans la planification, la formation du personnel, la recherche et dans l’expérience estudiantine. D’autre part, nous maintenons la marche de Charle Telfair. Ce qui fait que sur le campus de Charle Telfair, nous aurons désormais l’Université de Curtin et TAFE qui est un “australian vocational training partner”. Les deux institutions sont complémentaires dans la mesure où une fois qu’un étudiant a obtenu un diplôme TAFE, il pourra également intégrer Mauritius Curtin afin de poursuivre ses études. CTI continuera ses programmes de formation pour les compagnies. Nous ne perdons rien mais nous nous enrichissons grace aux programmes de Curtin University.

Quels sont les avantages pour les étudiants mauriciens ?
Un des principaux avantages concerne les frais d’études. Si un étudiant se rend en Australie pour des études à Curtin, cela lui coûtera six fois plus cher. Par ailleurs, Curtin University est consciente qu’elle a un rôle stratégique à jouer dans la région. Ce sera une occasion pour les étudiants des pays avoisinants de venir étudier à Curtin University à un prix bien moins cher que dans les autres universités de Curtin.

Y a-t-il des étudiants étrangers àCTI?
Jusqu’à maintenant, nous nous sommes concentrés sur les étudiants locaux. De plus en plus, des étudiants étrangers peuvent être intéressés à obtenir un diplôme australien à Maurice. Il s’agira de promouvoir Maurice comme un “study destination”. L’Australie a déjà un réseau d’agents sur le continent et nous travaillerons conjointement à Maurice pour promouvoir Maurice comme un “knowledge hub”.

Quel est votre objectif en termes de pourcentage d’étudiants étrangers ?

Nous pensons qu’à long terme il sera possible d’atteindre un taux de 50 %. Nous avons déjà 2 000 étudiants. Ce sera formidable si nous atteignons 3 000. Maurice compte déjà un bon nombre d’universités pour une population de 1,2 million. Il faudra faire attention à ne pas saturer le marché. Cela risque d’affecter la qualité et risquerait d’affecter le pays à long terme.

Est-ce que les étudiants fréquentant Curtin Mauritius pourront aussi poursuivre leurs études dans les quatre autres institutions de Curtin à l’étranger ? Absolument. Les étudiants qui intègrent Curtin Mauritius suivent exactement le même programme que celui des autres universités. Ils peuvent changer à n’importe quel moment afin de poursuivre leurs études, sauf que les prix changeront et ils auront à payer les frais supplémentaires.

On parle souvent d’inadéquation entre la formation et l’emploi à Maurice. Est ce que cela est pris en considération ?

Nous savons que c’est un problème.Au niveau local, nous travaillons constamment avec les entreprises et nous nous assurons que nos étudiants sont exposés au travail dans les entreprises. Nous faisons de notre mieux.

Avez-vous des données concernant l’employabilité des étudiants du CTI?
Tous les ans, nous effectuons une étude pour savoir ce que font les étudiants six mois après avoir obtenu leurs diplômes. Nous avons constaté que 88 % de nos étudiants sont déjà dans un emploi. Ce qui est un bon pourcentage.

Quels sont les “fees” que vous réclamez pour les études à Curtin Mauritius ?
Un diplôme après trois ans d’études à Curtin pourrait coûter jusqu’à Rs 650 000.