Gowtam Jootun ne sait plus à quelle porte frapper pour obtenir justice. Sa patente de ‘Money Changer’ a été révoquée et ses comptes en banque sont toujours bloqués. Bien qu’il n’insiste plus pour que la première lui soit rendue, il voudrait pouvoir disposer librement de ce qu’il possède en banque. Mais pour remédier à cette situation, seul le Directeur des poursuites publiques peut entamer la procédure pour que le ‘freezing order’ émis en ce sens soit levé, selon un responsable de son établissement bancaire.
Les problèmes de cet infortuné citoyen ont commencé à partir d’une fausse allégation faite par une ressortissante zambienne, Mulenga Banda, qui a été arrêtée le 28 septembre 2005 avec une certaine quantité de drogue. En fait, Mulenga Banda avait transporté de la drogue en deux occasions à Maurice, en l’occurrence 650 g d’héroïne le 28 octobre 2004 et 503 g le 28 septembre 2005. Le contact mauricien, Nazlima Moorbanoo, avait été également interpellé par l’ADSU. Lors de son procès aux Assises, la Mauricienne avait été condamnée à 33 ans de prison, alors que la passeuse zambienne avait écopé de 15 ans de prison en avril 2009.
Dans une lettre que Mulenga Banda a écrite de sa cellule, à Gowtam Jootun, elle a présenté ses excuses à sa « victime » pour l’avoir impliquée. Elle déclare avoir agi à la suite d’une proposition faite par des membres de l’ADSU, dont elle cite d’ailleurs les noms, et selon laquelle elle passerait moins de temps en prison si elle dénonçait M. Jootun ainsi que Lucy Gumede.
« When I was in custody at the ADSU headquarters, I was told about M. Gowtam Jootun, and when I asked who he was, I was told that he was a money changer (…) Then I was also informed that there was a woman who was called Lucy Gumede who was in prison and if I could help them (Ndlr : les enquêteurs de l’ADSU) to say that she was the one for whom I brought drugs from South Africa then I would be free. So when I thought of that I agreed and I am sure that anyone would do the same just to get his freedom back », écrit-elle dans sa lettre.
C’est ainsi que la Zambienne a déclaré s’être rendue au domicile de Gowtam Jootun en 2004. Elle était accompagnée de Lucy Gumede. Cette dernière, a-t-elle déclaré à la police dans sa déposition, a remis à M. Jootun une somme d’argent équivalent à USD 65 000. Toutefois, une fois la sentence de 15 ans de prison prononcée contre elle, elle a été prise de remords pour avoir accepté la proposition de l’ADSU en balançant les noms de deux personnes qu’elle ne connaissait pas. Aussi a-t-elle décidé, étant donné qu’elle a été assignée pour témoigner dans les procès intentés aux deux personnes qu’elle a « injustement » impliquées, qu’elle dira la vérité. C’est ce qui s’est passé, puisqu’elle a déclaré en cour n’avoir jamais rencontré, ni chez lui ni ailleurs, Gowtam Jootun. Encore moins qu’elle avait accompagné la Sud-africaine pour qu’elle échange de l’argent.
C’est grâce à son témoignage que M. Jootun a été exonéré de tout blâme.
« Justice denied is justice delayed », aiment répéter les juristes. Mais dans le cas de M. Jootun, c’est le contraire qui est arrivé : au lieu d’ouvrir une enquête sur les officiers de police incriminés, c’est l’infortuné Gowtam Jootun qui continuent de subir les tractations de certains enquêteurs de l’ADSU.