Comme annoncé dans notre dernière édition, le verdict est tombé dans l’affaire Gregorio Arena, le jockey italien qui avait été poursuivi de «cheating» par la police pour sa monte sur Saziwayo.  Les Magistrats K. Bissoonauth et M.I.A. Neerooa ont accordé le bénéfice de doute au jockey car la cour n’a pu être satisfaite que la poursuite a pu prouver que l’accusé était coupable «beyond any reasonable doubt». Ce qui fait que l’acte d’accusation a été rejeté.
On se souvient que Gregorio Areana avait été accusé d’avoir enfreint la section 146 (1) (e) du Gambling Regulatory Act. Il avait plaidé non coupable et était assisté d’un homme de loi, en l’occurrence, Me Yahia Nazroo.
L’acte d’accusation faisait état de (1) Any person who cheats in any other manner in any of the activities regulated by this Act, shall commit an offense and shall, on conviction, be liable to a fine not exceeding 300 000 rupees and to an imprisonment for a term not exceeding 3 years.
Gregorio Arena était poursuivi  d’avoir « wilfully and unlawfully cheat in any other manner in horse racing activities regulated by the Gambling Authority Act, to wit :- the said Gregorio Arena who was riding the horse Saziwayo in the 8th race of the 24th meeting failed to give his horse every opportunity yo win the race»
La poursuite avait à démontrer au-dessus de tout doute que l’accusé  avait :
«1. Did wilfully and unlawfully ; 2. Cheat ; 3. In any other manner, 4. In any of the activities regulated by this Act.»
La poursuite avait aussi à démontrer que les courses étaient réglementées par la Gambling Regulatory Authority Act. Chose qu’elle ne put soutenir.
En ce qui concerne l’accusation de «Cheat» et «in any other manner» la poursuite s’était surtout appuyée sur les évidences apportées par Ian Paterson, le Chairman du board des Racing Stewards du Mauritius Turf Club, qu’elle présenta comme un «expert in horse racing».
L’essentiel de son témoignage par rapport à l’acte d’accusation était que l’accusé n’avait pas monté avec la vigueur et la détermination nécessaire et que s’il avait monté comme il se doit, le cheval l’aurait emporté. Selon lui, Gregorio Arena n’avait fait aucun effort pour que son cheval rejoigne le peloton et ne l’avait pas placé aussi dans une position avantageuse dans la ligne droite finale. Il était arrivé à la conclusion que la monte était suspecte et méritait une enquête.
Quand il fut contre-interrogé, il devait concéder qu’il y avait peut-être une différence entre un acte délibéré et une erreur de jugement. Mais quand il fut interrogé à nouveau, il devait insister sur le fait la monte était a «terrible one».
«The term cheat not defined by the Act»
L’évidence apportée par Ian Paterson était d’aider la cour à déterminer si l’accusé «cheated in any other manner».
Or, le terme ‘cheat’ «has not been defined by the Act so that pursuant to the legal rules in interpretations, the ordinary dictionary meaning of ‘cheat’ needs to be resorted to.»
Le dictionnaire Oxford fait état que ‘to cheat’ is ‘to act fraudulently’ et qu’il est évident que l’acte doit être délibéré.
Toutefois, après avoir pris connaissance du témoignage de Ian Paterson, les Magistrats n’ont pu être satisfaits que l’accusé avait ‘cheat’ alors que le témoin avait insisté sur le fait qu’il y avait une impression que l’accusé n’avait fait aucun effort pour mettre son cheval dans une position qui lui permettrait de l’emporter. Les Magistrats devaient aussi trouver qu’il n’avait pu être établi qu’il y avait eu tricherie.
Le témoignage de Serge Henry, aussi présenté comme un expert vu qu’il a plus de trente années d’expérience en tant qu’entraîneur, devait contredire celui de l’autre témoin (Ian Paterson) tout en déclarant sans ambages que l’accusé n’avait pas triché durant la course et que, selon lui, le cheval avait couru sa meilleure course. Il devait aussi soutenir qu’il avait donné des instructions spécifiques au jockey et qu’il avait été satisfait de sa monte, même si dans une déclaration à la police il avait souligné que «one can follow instructions to the dot and race conditions may be different which would render following instructions difficult.»
Il fut ainsi trouvé qu’il y avait un conflit d’options entre les deux experts mais en ce qu’il s’agit de l’élément ‘cheat’, «the evidence of Mr. Paterson falls short of establishing this element of the offence so that both Mr. S. Henry and Mr. Paterson could not establish this element of the offence.»
Aussi, il existe une incertitude quant à la tricherie et quand il y a incertitude, c’est le doute qui doit primer.
Ce qui fait qu’à la lumière des faits apportés, et ce, sans avoir à débattre sur l’impartialité et l’intégrité de Ian Paterson comme témoin dans cette affaire comme l’avait soutenu par la défense, il a été trouvé que le bénéfice de doute devait être accordé à l’accusé.
Ainsi, les Magistrats ont «dismiss the present information».