Vous êtes un citoyen lambda, vous vaquez à vos occupations, vous avez vos soucis, qui sont comme ceux des autres, le prêt dont il faut s’acquitter, les études des enfants ou encore la retraite à venir. Vos joies sont semblables à celles des autres, un dimanche tranquille à la mer, le récent mariage d’un proche ou ce voyage que vous avez pu enfin offrir à votre famille. Vous vous dites que vous êtes une personne raisonnable, vous évitez les excès, vous êtes poli, vous vous frayez un chemin, avec diplomatie, dans la jungle mauricienne. Et vous vous en sortez pas mal, vous avez construit une jolie petite maison, les enfants étudient dans de “bons” collèges, votre vie familiale est, dans l’ensemble, heureuse, vous avez des amis, on vous aime bien et Maurice, envers et contre tout, n’est pas si mal que ça. Vous avez vécu à l’étranger, vous savez que l’herbe y est effectivement plus verte, ce n’est pas un mythe, mais votre pays vous propose un mode de vie confortable loin d’être parfait. Ne comparons que ce qui est comparable et vous vous devez de faire preuve de gratitude et d’apprécier ce qui vous est offert. Demain les enfants voudront partir et vous ne les retiendrez pas. Ils vous l’ont d’ailleurs dit à maintes reprises : « À 18 ans, on se casse. » Et vous ne les comprenez que trop bien. Vous avez, quant à vous, fait votre nid ici et il n’est ni tout à fait chaud, ni tout à fait beau, mais il vous convient.
Mais pourquoi est-ce qu’il vous prend l’envie parfois de crier ?
Pourquoi est-ce qu’un sentiment de dégoût parcourt votre corps et vous donne envie de vomir vos tripes ?
Au fond, vous savez parfaitement pourquoi. Un mot suffit à expliquer votre colère. Politicien.
Vous avez de l’estime pour toutes ces personnes qui arrivent encore à croire aux politiciens. Ne parlons pas des carapates attitrées, ces créatures qui ont moins de dignité que les vampires. Ils seraient prêts à voter pour un âne sans cerveau. Non on parle de ceux, les doux et gentils citoyens, qui voteront pour eux la prochaine fois, convaincus ou presque qu’ils apporteront du changement pour le meilleur. Alors que vous savez bien que les politiciens sont tous les mêmes. Tous les mêmes ! Beau cliché n’est-ce pas ?  Mais que peut-on dire d’autre ? Tous les partis politiques, pour ne citer qu’un exemple, sont financés à coups de millions par les “Gro palto”  et cet argent se retrouve dans les poches de nos politiciens. Tout le monde le sait. On nous expliquera que cela est légal, on peut toujours tout justifier, mais qu’en est-il de l’éthique ? Pourquoi ne pas clamer haut et fort la vérité, que certains de ceux qui nous dirigent sont à divers degrés, des voleurs. Et le mot n’est pas fort. Le mot est juste. Voleurs ! Voleurs ! Voleurs ! Et vous le criez ce mot. Vous êtes des voleurs. Mais des voleurs qui n’iront jamais en prison car ils trouveront toujours un moyen de s’en sortir. Il vous est, au bout du compte, proposé le choix suivant : choisir entre plusieurs bandes de voleurs, les uns pires que les autres. Et ce mot, vous voulez le leur crier à leurs gueules, vous êtes des voleurs et vous êtes en train de ruiner ce pays.
Puis, vous vous calmez. Vous êtes, après tout, un type sympa. Et vous appréciez toutes les bonnes choses qu’on trouve à Maurice. Un bon riz frit, un Liverpool/ Manchester à la télé, une balade à Bagatelle et le tour est joué. L’envie de crier vous reprendra tout à l’heure quand vous lirez les journaux. Ou peut-être pas. Mais vous ne pouvez vous empêcher de vous interroger sur l’utilité de ce cri. Peut-être que c’est ce cri qui les arrêtera, les VOLEURS. Peut-être que si tout le monde se mettait à crier, ils s’arrêteraient. Ou pas. Tout ça n’a plus d’importance. Il est tard. Vous devez dormir. Vous retournez dans votre nid, ni tout à fait chaud, ni tout à fait beau, mais c’est votre nid à vous et vous l’aimez bien, vous aimez votre nid.