On dit à grande bêtise politique, action forte.  La mienne se résume à ce que vous lisez peut-être en ce moment, regard acquiesçant [ou pas], une « paire dholl-puri » à la main ou en digérant votre « kari poul » fait maison après une journée des plus ordinaires au travail.
Après tout, il faut bien aller au charbon qu’on s’affiche comme larrons en foire solidaires durant le week-end pour revêtir l’uniforme du citoyen qui doit « travay pou gagn son pain » en jours de semaine.
Des réseaux sociaux à la presse écrite et parlée, on en parle mais rien ne semble bouger.
CT. Deva. Jeff. Yannick. Ashok. Roshi. Vous. Moi.
Exclus les deux premiers, et si on n’employait pas les bons moyens ? Et si on faisait fausse route ?
L’art de la protestation publique renvoie à la production d’images et de discours assez porteurs pour pousser les gens à revoir leurs opinions/positions/regards sur le monde qui les entoure. Il s’agit d’un long procédé de reconstruction mentale qui peut éventuellement mener vers un changement réel mais seulement au bout de quelques années et parfois de décennies de pression soutenue et travaillée. La violence, il est clair, joue plusieurs rôles dans cet effort, mais le rôle qu’elle ne joue pas, est celui d’agent qui va briser le statu quo de force. Ceci dit, j’admets que je souris lorsqu’on me débite que l’art de la protestation n’équivaut pas à l’art de la guerre car,  curieusement, la non-violence, n’est-elle pas en elle-même une appellation erronée ? Toute forme de protestations, qu’elles soient modérées, présuppose l’injection d’une petite dose de violence pour provoquer une réponse brutale qui retiendrait l’attention et ferait la une des médias. Il est ainsi souhaité que l’adversaire perde probablement de sa légitimité pour usage excessif de la force.  Un simple exemple. Les Pussy Riot. Elles ne réussiront pas à destituer Poutine mais ces filles ont pu démontrer l’inhumanité [le mot est encore faible] du régime « poutinien ». Pourquoi ?
Gandhi, King, Mandela – béatifiés par l’histoire -, leur force d’âme, leur ténacité et leur courage nous inspirent encore et toujours. Leurs accomplissements, ils les doivent à leur courage et force de caractère certes, mais aussi à leur flair, leur ruse, le réalisme dont ils faisaient preuve dans l’évaluation de leur force et enfin, le sens aiguisé qu’ils avaient de leurs adversaires.  
Les théories classiques de sociologie nous disent que les gens participent dans des protestations pour exprimer leurs doléances lorsqu’ils sentent qu’ils sont privés de quelque chose, lorsqu’ils sont frustrés ou lorsqu’ils estiment être victimes d’injustice. Mais ceux qui étudient les mouvements sociaux vous diront que la question n’est pas si ceux qui s’engagent dans des protestations sont lésés mais plutôt si ceux qui se sentent lésés s’engagent dans des protestations.  Selon eux, l’efficacité, les ressources et les opportunités prédiraient le taux de participation dans les protestations. D’autres se sont aussi intéressés au rôle de l’identité collective dans le « protest behaviour ». Lorsque des groupes déferlent dans la rue pour protester ou se rencontrent pour discuter d’un bien commun, cela acquiert une autre dimension. Il y a une raison derrière l’expression « la puissance du nombre ». Avec la masse critique vient la force et le pouvoir, avec le pouvoir vient l’influence, et avec assez d’influence vient le potentiel de changement.
Selon l’Institut de recherche sur la résolution non-violente des conflits, « il ne suffit pas que l’action de désobéissance civile soit justifiée, elle doit être efficace. Elle ne doit pas seulement permettre au citoyen d’agir selon sa conscience, elle doit aussi lui permettre d’agir efficacement contre l’injustice. C’est pourquoi elle ne doit pas rester une protestation individuelle – une simple “objection de conscience” – mais elle doit devenir une action collective et organisée visant à exercer sur les pouvoirs publics une pression qui les oblige à rétablir le droit. Pour cela, il faudra souvent obtenir, non seulement la suppression de la loi injuste, mais la promulgation d’une nouvelle loi qui impose la justice. »
Participer pour des intérêts communs ou des idéologies, exige une interprétation collective de qui doit agir, pourquoi et comment.