Les débats autour des allégations d’irrégularités aux dernières élections générales du 7 novembre ont débouché cette semaine sur la soumission d’une dizaine de pétitions électorales auprès de la Cour suprême par les trois partis de l’Opposition, à savoir le Ptr, le PMSD et le MMM.
Dans l’ensemble, les pétitions portent sur une demande de « recount » dans huit circonscriptions et d’une invalidation dans deux autres où, au cas échéant, les pétitionnaires souhaitent un recount.

Le gros des contestations des partis est axé sur les conditions dans lesquelles ces élections ont été organisées ou sur les problèmes notés dans différents centres de vote par les uns et les autres. Dans certains cas, comme pour la pétition déposée par les légistes du MMM, Reza Uteem et Veda Baloomoody, la non-possibilité pour les 6800 personnes de voter – pour avoir été désinscrits de la liste électorale – est considérée comme une violation constitutionnelle du droit du citoyen d’accomplir son devoir civique.

Ce n’est pas la première fois à Maurice que les élections sont contestées en Cour suprême. Dans beaucoup de cas, notamment lors de « recounts », les résultats initiaux ont été confirmés. Il existe pourtant de rares cas où les pétitionnaires ont gagné leur contestation ; le cas de Gaëtan Duval, qui avait contesté une élection à Curepipe, en atteste.

Les contestations relèvent de l’ordre des choses à Maurice. Là également résident tant la particularité que la grandeur de Maurice où les élections sont généralement, comme tel a été le cas cette année, tenues dans un calme exemplaire. Les insatisfactions ou les frustrations, voire les doutes, comme cela peut se produire, sont réglées non pas dans la rue – si l’on tient compte des événements dans de nombreux pays –, mais s’orientent vers l’arbitrage de la Cour suprême. Les Mauriciens, en général, croient et respectent l’État de droit et ont confiance dans la justice qui, comme l’a souligné récemment le leader de l’Opposition, Arvin Boolell, contre toute forme d’injustice, est la seule instance susceptible d’interpréter les dispositions constitutionnelles en toute indépendance.

Le Premier ministre a donné une coloration politique à la démarche de l’Opposition, la qualifiant de mauvaise perdante, ou en tentant d’acculer son adversaire du jour, en l’occurrence Paul Bérenger. Nous sommes convaincus que ce recours à la Cour suprême est le moyen idéal pour apaiser les doutes de part et d’autre et permettre ainsi au pays à avancer en toute quiétude. Nous l’avons déjà signalé à plusieurs reprises, rien n’est parfait. On n’aurait rien à reprocher aux procédures mises en place par l’Electoral Supervisory Commission ou encore par le Commissaire électoral, Irfan Rahman pour l’organisation des élections de façon exemplaire. Toutefois, l’erreur est humaine. Ceux ayant suivi cela de près savent pertinemment bien que dans certains centres l’inexpérience de jeunes officiers a pu être à l’origine de certains problèmes ou confusions. Si ces problèmes n’ont pas nécessairement changé le cours des élections, ils ont semé des doutes qu’il appartiendra à la Cour suprême de dissiper ; il lui incomberait également de faire des recommandations pour que des mesures correctives soient apportées notamment en ce qui concerne le retard dans le dépouillement. La population place désormais sa confiance dans la Cour suprême et nous sommes certains que l’on acceptera son verdict quel qu’il soit.

Hormis ces pétitions électorales un événement international mérite, à notre avis, toute notre attention. Il s’agit de la déclaration du Pape François – très respecté à Maurice et dans le monde – qui a déclaré « immorale » l’utilisation des armes nucléaires. Il a fait cette déclaration d’abord à Nagasaki, dans le parc de la paix créé pour commémorer la mémoire des 74 000 victimes de la seconde bombe atomique en août 1945. Et à Hiroshima où la bombe atomique a fait 140 000 victimes, le Souverain Pontife a souligné que « l’utilisation de l’énergie atomique à des fins militaires, tout comme la possession d’armes atomiques, est immorale ». Cette remarque devrait nous intéresser à un moment où nous revendiquons notre souveraineté sur l’archipel des Chagos, qui comprend la base de Diego Garcia, et surtout à un moment où les États-Unis se retirent des accords internationaux concernant les armes nucléaires…