Contrairement à une idée reçue, la maladie d’Alzheimer n’est pas liée au vieillissement normal du cerveau. C’est une maladie neurologique dégénérative, d’évolution lente et progressive. Elle survient généralement après 65 ans, mais peut être précoce. À Maurice, plus de 14,000 personnes vivent avec cette maladie.

Dans le cadre de la Journée mondiale, marquée le 21 septembre, le Dr Ameenah Sorefan, experte en démence, médecin spécialiste en psycho-gériatrique et présidente de l’association Alzheimer Mauritius, fait le point : premiers symptômes d’alerte, examens pour poser le diagnostic, traitement, conséquences.

Découverte en 1906 par le neurologue allemand Alois Alzheimer, la maladie qui porte son nom est définie comme étant une maladie neuro-dégénérative qui engendre la disparition progressive des cellules nerveuses du cerveau, soit les neurones. Elle est la cause la plus fréquente des démences. Elle affecte le plus souvent en premier lieu la mémoire, puis les autres fonctions cognitives du malade. Son évolution est généralement progressive vers la détérioration de ses fonctions. “Les formes les plus fréquentes se manifestent après 65 ans, c’est la forme d’apparition tardive. Mais il existe des formes d’apparition précoce, caractérisée par l’émergence des premiers symptômes avant 60 ans”, explique le Dr Ameenah Sorefan, présidente de l’association Alzheimer Mauritius.

Pathologie dégénérative.

Complexe mais de mieux en mieux comprise, la maladie d’Alzheimer est devenue en quelques années un véritable problème de santé en raison d’une augmentation du nombre de malades, liée à l’augmentation de l’espérance de vie. “Il n’existe pas de registre exhaustif concernant le nombre de malades aujourd’hui à Maurice. Il n’y a pas de prévalence. Le dernier rapport fait par l’Alzheimer International Disease en 2017 avait fait une estimation pour Maurice de 12,000 à 14,000 personnes atteintes par cette maladie ou une maladie apparentée. Néanmoins, par mes observations, je dirais que nous en avons plus.”

Les scientifiques ne sont pas encore parvenus à définir avec certitude l’origine de cette pathologie dégénérative, mais plusieurs pistes de recherche sont aujourd’hui explorées. Ainsi, il semblerait que l’apparition de la maladie d’Alzheimer résulte d’une combinaison de facteurs de risques, au premier rang desquels figure la vieillesse. “La maladie d’Alzheimer accélère la dégénérescence des neurones, ce qui se traduit par une atrophie globale du cerveau”, souligne le Dr Ameenah Sorefan. Dans le cerveau d’une personne malade, le cortex se recroqueville et endommage les régions associées à diverses fonctions cognitives : principalement la mémoire, mais quelquefois aussi le langage, la gestualité, les connaissances déjà acquises, ou encore la planification. Cette atteinte du cortex cérébral est particulièrement marquée dans l’hippocampe, une région du cortex qui est primordiale pour la formation de souvenirs. Les effets de la maladie d’Alzheimer se retrouvent aussi sur l’ensemble du tissu cérébral, qui contient alors beaucoup moins de cellules nerveuses et de synapses que celui d’un cerveau sain.

Troubles du comportement.

“Les troubles de la mémoire sont les premiers signes de la dégénérescence cognitive à apparaître. Sauf qu’il y a aussi environ une dizaine d’autres signes. Un malade ne va pas forcément développer tous les symptômes. Il peut en avoir une moyenne de deux à trois pendant une durée alternée, et jamais en continu”, précise le Dr Sorefan. Dans un premier temps, la mémoire épisodique est touchée. Le patient oublie un rendez-vous, ne sait plus retrouver son chemin, ne se rappelle plus d’un événement récent. Peu à peu, les lésions impactent d’autres facultés et induisent des troubles du langage, des troubles des gestes, des troubles de la reconnaissance ou encore des troubles des fonctions exécutives.

Mais s’il est bien connu que la maladie d’Alzheimer entraîne une déficience des fonctions cognitives chez les patients atteints, on sait moins qu’elle provoque également des troubles du comportement pouvant entraîner des troubles émotionnels, tels que la dépression ou l’anxiété, ainsi que des troubles de l’humeur, qui peuvent se manifester par de l’agressivité ou encore de l’agitation. Selon la présidente de l’association Alzheimer Mauritius, “il faut comprendre que l’ensemble des symptômes augmente en intensité et en gravité au fil du temps, ce qui finit par avoir un retentissement important sur l’état général du malade. Mais chaque personne malade est unique. Certains troubles peuvent apparaître précocement chez certains, alors qu’ils resteront peu exprimés chez d’autres, même à un stade ultime de la maladie”.

Les différents stades de la maladie

La maladie d’Alzheimer est classée en trois stades :

Léger : Il se caractérise essentiellement par des pertes de mémoire ponctuelles et des difficultés à suivre une conversation soutenue. “À ce stade, le diagnostic reste encore difficile à établir avec certitude. Seule l’aggravation des symptômes conduit à sa confirmation.”

Modéré : Les troubles de la mémoire s’aggravent et les souvenirs s’estompent petit à petit. Difficulté à faire des choix, désorientation spatio-temporelle et problèmes d’élocution viennent s’ajouter à la liste des signes cliniques.

Avancé : Ce stade terminal se traduit par la perte totale d’autonomie du patient.

Pour diagnostiquer cette maladie, le patient “est soumis en premier lieu à un examen approfondi, qui comporte notamment une évaluation de ses fonctions cognitives réalisée à l’aide de tests par les médecins”, explique Ameenah Sorefan. “Cette évaluation peut être complétée par un bilan neuro-psychométrique plus approfondi, réalisé par des psychologues spécialisés.” Un diagnostic doit être fait le plus tôt possible. Car même si la maladie d’Alzheimer ne bénéficie pas de traitements curatifs, les traitements et la stimulation intellectuelle peuvent en ralentir la progression. “On peut vivre avec la maladie d’Alzheimer”, conclut la présidente d’Alzheimer Mauritius. Cette association, basée à Belle Rose, propose des conseils, un Day Care et d’autres services d’accompagnement pour améliorer la vie du patient et de son entourage.