Lors de son homélie à l’occasion de la messe chrismale, jeudi matin en la cathédrale St-Louis, l’évêque de Port-Louis, Mgr Maurice Piat a dénoncé ce qu’il estime être une « surpolitisation de la vie économique, académique et même religieuse ». Laquelle « surpolitisation » bloque, selon l’évêque catholique, le « dynamisme des citoyens qui ont à coeur le développement humain de notre société ».
Sévère dans ses observations, Mgr Piat devait poursuivre en estimant que la politique perd ainsi de sa « dignité » et se laisse aller à des « transactions à peine voilées dans un marché aux courtisans qui fait monter les enchères comme dans une vente à l’encan ». Pour lui, des citoyens en ont assez de ce « triste spectacle ». « Certains, trouve-t-il, souhaitent un printemps mauricien comme il y a eu un printemps arabe. D’autres pensent qu’on ne peut combattre le communalisme en pratiquant le communalisme ».
L’évêque de Port-Louis a appelé les nombreux fidèles présents, comme toujours, pour cette messe chrismale à méditer sur la situation qui prévalait en Palestine à l’époque du ministère public de Jésus-Christ et la situation présente au plan local. « Les gens étaient frustrés car il y avait des taxes lourdes; des Juifs qui collaboraient avec des Romains et opprimaient le peuple. En même temps dans le peuple, il y avait une grande attente ».
Et l’évêque catholique d’expliquer que parallèlement, aujourd’hui, à Maurice, il existe des inégalités sociales; certains s’enrichissant et d’autres s’appauvrissant. « Le communalisme gagne du terrain. Il y a une corruption effrénée qui touche notre société et qui reste impunie ». Mgr Piat devait, alors, en substance, insister sur le sens du service gratuit et désinteressé du Christ. Jésus, a-t-il rappelé, n’a pas cherché le succès, ni d’être acclamé, ni acquérir le pouvoir politique ou le pouvoir de l’argent ou celui du nombre.
L’évêque de Port-Louis devait expliquer que le Christ s’est fait « grain de blé qui doit mourrir pour porter du fruit ».  Jésus, a poursuivi Mgr Piat, a accepté d’être critiqué, d’être condamné, d’être rejeté. Et il « attend que nous devenions des semeurs comme lui ». Le chef de l’église catholique locale devait aussi évoquer l’humilité du Christ, notamment le soir du Jeudi Saint quand, au cours du repas, il se lève et se met à laver les pieds de ses apôtres.
Pour lui, ce geste qui « nous ouvre les yeux » et « nous touche au plus profond de nous-même » nous donne « la force de nous laver les pieds mutuellement pour l’avènement d’une société plus juste et fraternelle ». Mgr Piat soutient que donner de soi-même est à la portée de tous. « Des hommes et des femmes se sont transformés en se laissant toucher par l’amour gratuit de Jésus », devait-il conclure.
Notons que, comme chaque année, les prêtres exercant dans le diocèse de Port-Louis ont, à l’occasion de cette messe chrismale, renouvellé leur promesse sacerdotale. L’évêque devait aussi, lors de cette célébration, bénir les Huiles Saintes qui vont servir, au courant de l’année, à l’administration des divers sacréments. Le triduum pascal qui a démarré, jeudi, avec aussi, le rituel du lavement des pieds lors des messes en soirée dans les paroisses s’est poursuivi, vendredi, jour de la passion du Christ, avec le chemin de croix et la vénération de la croix. Hier soir, samedi, c’était la veillée pascale dans les différentes paroisses traditionnellement marquée, entre autres, par le baptème des catéchumènes.