On ne cesse de nous le ressasser depuis des années déjà : le réchauffement climatique est « En marche » et, avec lui, son lot de conséquences annoncées comme des plus désastreuses. Face à cela, le monde – ou plus exactement ceux qui en dirigent les affaires – se mobilise à grands coups de conférences, de colloques, de promesses et de lancement de projets verts. Devant eux se dressent de plus en plus d’experts, aux discours résolument pessimistes, pour qui aucune action, quelle qu’en soit l’ampleur, n’enrayera l’emballement climatique dans lequel nous, humains, nous sommes engagés depuis des décennies. Alors que faire ? Difficile de le dire en l’état, mais ce qui est certain, c’est que même si tous les indicateurs sont au rouge, l’immobilisme n’aura pour effet que d’accentuer le problème.

La solution, seuls nos décideurs la détiennent, car étant les seuls à pouvoir intervenir à travers leur politique environnementale. Mais bon, ne nous leurrons pas : quoique mandatés pour notre protection à tous, les maîtres du monde d’aujourd’hui ne sont pas prêts à abandonner les idées pour lesquelles ils se seront battus tout au long de leur carrière, celles d’une croissance éternelle et d’une hausse perpétuelle des profits. Certes, aucun d’entre eux ne l’avouera, mais les stratégies de lutte contre le réchauffement que tous, ou presque, auront agréé lors des récentes conférences sur le climat, n’auront été que peu suivies d’effets. Au final, seul Donald Trump (on peut au moins lui reconnaître ça) aura eu le courage (quand bien même se « trump »-il) de jeter au panier l’Accord de Paris, tous les autres se contentant de le signer sans envisager une seconde d’en matérialiser ne serait-ce qu’une partie des engagements.

L’hypocrisie politique, dictée par les grandes multinationales, atteint aujourd’hui son paroxysme. De tous les décideurs de nos sociétés capitalistes officiellement engagées contre le réchauffement, Emmanuel Macron en est probablement l’un des plus intéressants sujets d’école. Les affaires, cet ancien banquier les connaît bien, notamment pour avoir travaillé en tant qu’associé gérant de la banque Rothschild & Cie puis, plus tard, en devenant ministre de l’Économie et de l’Industrie sous François Hollande, et donc faut-il le rappeler au sein d’un gouvernement socialiste. À 41 ans aujourd’hui, qu’aura retenu le plus jeune président français de l’histoire, si ce n’est de privilégier ceux qui l’auront placé à ce poste précis, à savoir ses amis banquiers et autres chefs d’entreprise ? Depuis, le capitalisme, sous Macron, aura pris un nouveau visage, quelquefois hautain, parfois médisant. Inhumain, souvent. Et ce n’est pas ces milliers de gilets jaunes rassemblés chaque semaine aux quatre coins de la France qui viendront à bout du « Macronisme ».

Pourtant, l’homme se présente toujours comme l’un de ceux étant les plus à même de sauver la planète, prodiguant çà et là des « leçons » qu’il n’a lui-même pas apprises. C’est ainsi que Macron se sera rendu au One Planet Summit de Nairobi, profitant de l’occasion pour dispenser sa « science écolo-capitaliste » aux Kenyans, et subséquemment à l’ensemble du continent africain puis, bien sûr, au reste du monde. Ainsi aura-t-il donné les ingrédients de ce qui, selon lui, constitue la potion magique gauloise permettant au continent africain de poursuivre son développement tout en s’inscrivant en droite ligne avec la politique environnementale mondiale. Le plus drôle, si l’on peut dire, c’est qu’au même moment, les Ong Oxfam, Greenpeace, Notre Affaire à tous et la Fondation Nicolas Hulot (du nom de l’ancien ministre démissionnaire de la Transition écologique du gouvernement Macron) auront décidé d’introduire un recours en justice contre l’État français pour « manquements » à son obligation d’action contre le dérèglement climatique.

Que l’on ne s’y trompe pas : le cas de Macron est purement symbolique de l’état du monde dans lequel nous évoluons, et ce alors que la planète se dirige vers un désastre imminent. À son nom, nous aurions tout aussi bien pu ajouter ceux d’Angela Merkel, de Theresa May, de Donald Trump, mais encore du président brésilien Jair Bolsonaro ou encore de Xi Jinping. Et chez nous, demanderez-vous ? Et bien, nous pourrions citer tous ceux ayant, ces 20 dernières années, occupé les fauteuils de Premier ministre et de ministre des Finances, et ce pour avoir délibérément occulté les effets pervers d’une croissance soutenue, finalement à l’origine même du réchauffement climatique, en sus bien sûr des inégalités sociales.

Fort heureusement, une force silencieuse se met progressivement en place, que ce soit dans les rues de Bruxelles ou de Paris, à travers des colloques, voire dans des forums de discussions sur la Toile. Galvanisée par les projections d’un nombre impressionnant d’experts, cette mobilisation atteint des sommets. Pas encore historiques, certes, mais qui constituent déjà une avancée par leur aspect inédit. Et cela, il nous faut le saluer. Et peut-être, pourquoi pas, nous inciter à embrasser davantage le mouvement.

Michel Jourdan