Mieux vaut prévenir que guérir.  Après l’annonce du 3e décès lié au virus H1N1, hier matin, les autorités concernées sont sur le qui-vive. Une situation alarmante qui n’échappe pas aux Mauriciens qui ont convergé en grand nombre vers les différents hôpitaux de l’île. Week-End était sur les lieux pour prendre la température.
Si la situation, vendredi, était beaucoup plus calme, l’inquiétude se fait de plus en plus ressentir au sein de la population, depuis hier.  La tension est montée d’un cran, et ce, suite à l’annonce du décès d’un troisième patient octogénaire. Une tension palpable dès l’entrée de l’hôpital Jeetoo où tous les membres du personnel soignant et non-soignant portaient des masques. La salle d’attente des Casualties est remplie à craquer de patients.  
Vers 11h, devant de l’agitation qui animait le personnel de l’hôpital, les gens ont commencé à se poser des questions et demandaient autour d’eux ce qu’il en est de ce 3e individu décédé tôt le matin. “La grippe-là ça?”, s’enquerraient certains, inquiets de ce qu’il pourrait leur advenir, eux aussi atteints d’une grippe. Faut dire que parmi de nombreux Mauriciens, qui en parlent à demi-mots, le spectre de l’épidémie plane. Les explications et informations fournies par le ministère de la Santé ne rassurent pas totalement. “Si to ena to kouraz ek to pa malad souvan, viris là pa pou atak twa”, lance un boutiquier port-louisien à un de ses clients, qui sort de l’hôpital. Mais le courage, il ne sont pas nombreux à l’avoir… et l’angoisse les gagnent peu à peu, ils préfèrent, au moindre signe de grippe, se faire ausculter. D’où l’affluence remarquée depuis hier dans les centres de santé à travers l’île. D’autres choisissent le privé.
Vendredi, toutefois, la situation semblait plus calme autour de l’île. Il n’y avait, à la connaissance des Mauriciens, que 34 cas diagnostiqués depuis le début de l’année, dont six patients étaient placés en isolation ward des hôpitaux, selon le ministre de la Santé. D’ailleurs, de nombreux Mauriciens ont pris au mot le ministre et ont appliqué la politique de vigilance. Assise en fauteuil roulant, vêtue de vêtements chauds, Naseema, âgée d’une soixantaine d’années, est allée se faire ausculter, vendredi, à l’hôpital de Candos. Accompagnée d’un proche, inquiète et désemparée, Naseema, qui avait du mal à respirer, a préféré la prudence. Entre ses “ayo” et ses toussotements, après une dizaine de minutes passées avec le médecin, elle a été conduite vers une autre salle où elle a été admise sous observation.
Derrière elle, la file d’attente s’étirait à la Flu Clinic de l’hôpital Victoria de Candos. Dans la salle, une vingtaine de personnes attendaient, tenant leurs tickets jaunes à présenter au guichet No 3, réservé aux grippés. Dans le lot, aux côtés d’autres patients qui la regardent avec méfiance, une jeune femme de 21 ans se démarque car elle n’arrête pas de se moucher bruyamment. “Mo’nn gagn medsinn touse avek inpe vitaminn”, dit-elle à son fiancé.
“Je suis malade depuis une semaine, mais hier soir, je n’en pouvais plus. J’ai été obligée de venir me faire soigner à l’hôpital”, raconte Marie-Rose, Vacoassienne de 53 ans. Le visage blêmi, elle nous parle d’une voix nasillarde. “Ena enn ti kouran d’air, non?”, nous dit-elle, tremblante. Suivant les conseils de son mari et de ses amis, “ki pe gagn traka akoz ça move lagrip deor là”, elle attend elle aussi les précieux conseils du médecin masqué et aux mains gantées. “Les symptômes sont exactement les mêmes, il ne faut pas créer une psychose autour du H1N1 et il faut prendre des mesures de précaution pour éviter la transmission de la maladie”, explique patiemment le jeune médecin, au four et au moulin depuis plusieurs heures.
Un personnel soignant rassurant
Alors que samedi, le personnel soignant semblait avoir redoublé d’efforts pour minimiser les risques de propagation du virus en portant des masques, vendredi, tel n’était pas encore le cas. En cette période d’épidémie, la question se pose. Quel est le risque à prendre en s’exposant à tous ces patients, peu importe le degré de maladie? “Me nou abitié”, nous affirme un aide-soignant de l’hôpital Candos, ne portant ni masque ni gants. Sauf que le personnel soignant a, lui, eu droit au vaccin.
“Notre corps ne s’est pas encore adapté au nouveau virus, il faut donc faire plus attention et consulter un médecin dès les premiers signes. Par exemple, les personnes âgées ou asthmatiques sont les plus à risques”, précise le médecin. Du sirop pour la toux, une tablette de vitamine C et du Panadol. Le remède à tous les maux hivernaux. La pharmacie de l’hôpital en prescrit en veux-tu en voilà. “Samem tou mo’nn gagne, li pa finn fer pikir nanie”, déplore Marie-Rose, soit la 140e patiente de la Flu Clinic de Candos ce jour-là. Frustrée mais surtout inquiète, elle rentrera chez elle, ce jour-là, pleine d’appréhension.
À l’hôpital Jawaharlal Nehru de Rose-Belle, vendredi soir toujours, une vingtaine de patients étaient “venus consulter au cas où.” À 18h, les casualties sont à moitié remplies. Les médecins sont plutôt calmes et rigolent même avec les infirmiers de garde. “Mami, kot mo ti biskwi pwason?”, lance Kesaven, 5 ans. “Il a de la fièvre depuis cet après-midi. J’ai préféré l’emmener à l’hôpital. Il a eu ses médicaments, et le médecin nous a rassurés qu’il va aller mieux”, nous confie sa mère qui fouille son sac pour chercher les “biscuits préférés” de son fils. En effet, la salle est peu bruyante, seules quelques dames parlent de courbatures ressenties la veille ou de la baisse de température durant de la semaine.
Si en 2009, un énorme vent de panique avait ébranlé le pays à l’annonce de l’épidémie, les gens sont, cette fois, plus précautionneux et préfèrent jouer la carte de la prudence. À l’hôpital de Flacq, la salle d’attente est remplie. “Pour la vaccination, il faut aller tout droit”, nous indique une infirmière poliment. Dans la salle, plusieurs personnes âgées, le mouchoir sur la bouche. “Bizin fer atansion. Mwa, enn ti touse mo’nn gagne, mo’nn fini vini deswit”, dit-elle à une maman à côté. Cette dernière tient sa petite fille dans les bras. “Elle a de la fièvre. On ne peut prendre aucun risque”, soutient-elle.
Éviter le scénario de 2009
À Flacq, le personnel soignant de la Flu Clinic porte des masques. Sans doute, beaucoup plus vigilant depuis qu’un des patients est décédé des suites du H1N1, en début de semaine. Un à un, les patients sont pris en charge par les médecins déployés spécialement pour traiter les personnes qui présentent les symptômes grippaux.
Au Sir Seewoosagur Ramgoolam Hospital, l’atmosphère est le même. Les malades arrivés tôt en matinée, pour éviter les files d’attente, attendent toujours. Le silence est assez pesant. “J’ai commencé à avoir la grippe, du coup j’ai préféré prendre mes précautions. Comme j’habite à côté, cela ne me coûte rien de venir me faire vacciner”, confie Paul, 44 ans, le bulletin de santé vert à la main. “J’ai entendu dans les infos que la grippe H1N1 a fait quelques morts. Vaut mieux rester sur ses gardes”, ajoute-t-il.
Malgré la tension palpable, le personnel soignant tente de dédramatiser la situation et de rassurer le public. “Tout se passe normalement, les gens ne paniquent pas encore. Ils sont plus avertis que durant la dernière épidémie en 2013 et posent des questions”, dit un infirmier.
Mobilisation dans les dispensaires
Au Curepipe Community Health Centre, 20 personnes en file indienne attendent le médecin. Parmi, quelques collégiens accompagnés de leurs parents. Mais surtout, beaucoup de personnes âgées habitant aux alentours. “Cela fait quatre ans que j’ai fait ma dernière vaccination. Mais après ce que j’ai entendu à la radio sur la grippe H1N1, je préfère me protéger”, dit Brigitte, enseignante retraitée de 75 ans. “Malgré ces vaccins, je tombe tout de même malade, mais cette fois, pas de risque!”, ajoute-t-elle. Néanmoins, il y a beaucoup moins de personnes que d’habitude, selon Brigitte. “Peut-être qu’elles ont peur de contracter le virus”, se dit-elle.
Si les patients mauriciens prononcent à demi-mot “épidémie de H1N1” et préfèrent dire “sa move lagrip deor là”, la prudence est de mise. Avec des milliers de patients qui ont convergé vers les différents centres de santé de l’île durant cette semaine et le nombre de morts qui augmente, le spectre de 2009 plane toujours.