Depuis plusieurs années déjà, l’urgence climatique s’invite à un grand nombre de forums et autres sommets, et pas seulement ceux dédiés à la cause environnementale d’ailleurs. Le mot d’ordre, lui, est quasiment toujours le même, à savoir d’en faire « beaucoup plus » en cette matière, notre inertie risquant en effet vite de se payer comptant. Reste que, pour être honnête, nous ne sommes pas tous logés à la même enseigne, tant les efforts à consentir en ce sens sont plus ou moins grands suivant que l’on habite un pays développé ou non. Être au diapason des demandes internationales requiert, semble-t-il, du moins d’un prime abord, de grands moyens, moyens que tous les pays n’ont pas forcément, et ce même s’il faut reconnaître que beaucoup d’entre eux sont loin d’être les plus pollueurs.

Au risque de faire une lapalissade, l’effort doit donc davantage cibler les grands émetteurs de gaz à effets de serre. Aussi peut-on s’attrister de voir à quel point ces derniers semblent si peu concernés par la cause climatique, en atteste le peu de cas que font de cette question les États-Unis et leur président bien-aimé, pour qui l’économie intérieure prendra toujours le pas sur ces « banalités » proférées par les lanceurs d’alerte écologique. Le plus paradoxal dans tout cela est qu’alors que l’effort devrait venir d’en haut, l’exemple, lui, vient le plus souvent d’en bas. À ce titre, nous pourrions bien entendu revenir sur le cas du Costa Rica ou encore, plus près de nous, de La Réunion. Mais d’autres exemples pourraient être cités, à commencer par celui qui devrait, à Maurice, plus particulièrement nous inspirer : celui de Rodrigues.

Le cas rodriguais est intéressant à plus d’un titre. Les Mauriciens ayant déjà voyagé dans l’île le savent d’ailleurs très bien : bien que largement dépendante de sa mère patrie, Rodrigues aura réussi le pari, malgré ses faibles moyens et ce qui lui autorise l’étroite latitude politique de son autonomie administrative, de promouvoir la responsabilité citoyenne en matière environnementale. Et cela marche ! À cela, nous devons aussi ajouter les mesures mises en place par l’Assemblée régionale. Pour ceux qui ne le sauraient pas encore, sachez ainsi que, depuis janvier, il est strictement interdit d’utiliser sur le sol rodriguais des contenants et couverts en plastique et en polystyrène. Ainsi, les Rodriguais étaient invités à rapporter assiettes, bols, pailles, couverts et autres objets composés de ces matières à la commission de l’Environnement avant ce 31 janvier, le but étant d’encourager l’écoresponsabilité citoyenne. Bannies aussi les bouteilles en plastique. Quant aux sacs plastiques, cela fait déjà quatre ans qu’ils ne sont plus autorisés.

Mais à Rodrigues, la lutte pour l’environnement va bien au-delà de ces simples interdictions. D’abord parce que l’île a, depuis toujours, pourrait-on dire, ce sens de la responsabilité citoyenne, motivé plus que certainement par ce sentiment d’appartenance à une île si minuscule qu’il devient d’autant plus impératif d’en préserver le patrimoine naturel. C’est probablement ce qui explique aussi le nombre restreint de contrevenants lorsqu’arrivent les périodes d’interdiction de pêche de crabes, crevettes et autres ourites. Et ce n’est pas tout, puisque tout récemment Rodrigues a annoncé la construction de premières routes solaires, permettant de produire et stocker cette abondante source d’énergie renouvelable.

Encore une fois, Rodrigues n’est qu’un exemple parmi d’autres, il est vrai pas légion à travers le monde. Mais son cas devrait nous interpeller, nous rappelant que, contrairement aux idées reçues, les ambitions environnementales ne nécessitent pas forcément de grands moyens financiers. Certaines mesures, comme celles liées à l’emploi du plastique dans le cas qui nous intéresse, ne réclament en effet qu’une législation. D’autres, elles, sont mises en place avec la bienveillance de pays amis ou d’entreprises engagées dans la préservation de l’environnement, et pour qui Rodrigues constitue un extraordinaire laboratoire vivant. Reste que toutes ces mesures, mises bout à bout, auront fait de Rodrigues l’exemple à suivre. Peut-être pas pour le reste du monde, mais au moins pour notre République.