Legentil et Yoël, interpellés en compagnie de deux autres Mauriciens, dans une tentative avortée avec leur embarcation échouant sur la côte Est de Madagascar
Le troisième, Brian Bowanee, recherché par la FCC dans l’affaire des coupures de Rs 3 M déterrées dans une cour à Flic-en-Flac
L’interpellation de quatre Mauriciens à Madagascar met en lumière de sérieuses défaillances dans le suivi des suspects bénéficiant de liberté sous caution à Maurice. Parmi les quatre hommes retrouvés sur la côte Est de la Grande Île figurent deux suspects déjà poursuivis dans une précédente importante affaire présumée de trafic de cannabis et soumis, depuis leur remise en liberté, à des conditions judiciaires particulièrement strictes.
Les quatre Mauriciens sont David Kingsley Chicot (35 ans), Ismaël Benjamin Yoël (29 ans), Jean David Legentil (30 ans), et Brian Bowanee (30 ans). Ils ont été interpellés par les autorités malgaches le 20 juillet, après l’échouement d’un hors-bord bleu sur la côte Est de Madagascar. L’embarcation, qui ne portait ni nom ni numéro d’immatriculation, aurait quitté Maurice dans la nuit du 17 juillet.
Les autorités mauriciennes ont depuis été informées de leur interpellation.
Une équipe de l’Anti Drug and Smuggling Unit (ADSU) pourrait se rendre à Madagascar dans le cadre des démarches visant leur rapatriement. À leur retour, les quatre hommes devraient être interrogés séparément afin de déterminer les circonstances exactes de leur déplacement et leur rôle respectif dans cette traversée.
L’un des éléments importants du dossier concerne le hors-bord utilisé pour rejoindre Madagascar. Selon des informations obtenues auprès de sources proches de l’ADSU, l’embarcation faisait l’objet d’une surveillance depuis mars dernier.
Malgré cela, la vedette a quitté les côtes mauriciennes le 17 juillet avant de se retrouver trois jours plus tard sur la côte Est malgache. Les enquêteurs devront donc reconstituer l’ensemble de son parcours, depuis son départ jusqu’à son échouement, et déterminer les personnes qui ont eu accès au bateau avant la traversée.
L’enquête portera également sur la préparation du voyage, les moyens financiers mobilisés et les personnes qui auraient participé à son organisation. Les autorités chercheront notamment à établir si cette expédition avait un lien avec le trafic de stupéfiants. Cette piste est prise au sérieux en raison du profil de deux des quatre occupants.
Jean David Legentil et Ismaël Benjamin Yoël sont déjà impliqués dans une affaire distincte portant sur une importante cargaison de cannabis. Ils font l’objet d’une accusation provisoire de “conspiracy to procure the importation of cannabis with an averment of trafficking”.
Dans le cadre de cette enquête, la police soupçonne les deux hommes d’avoir participé, en 2024, à une opération visant à récupérer au large de Madagascar une cargaison de cannabis estimée à environ Rs 375 millions. Ils avaient été arrêtés après l’échouement de leur embarcation et à leur retour à Maurice, ils avaient passé plus d’un an en détention préventive. En janvier 2025, ils avaient obtenu leur liberté sous caution.
La Bail and Remand Court avait alors assorti leur remise en liberté de plusieurs conditions destinées à garantir leur présence à Maurice et à permettre aux autorités de contrôler leurs déplacements. Ils devaient notamment disposer d’un téléphone portable équipé d’un système GPS, communiquer quotidiennement leurs mouvements à la police et se présenter chaque jour au poste de police de leur localité. Un couvre-feu leur avait également été imposé de 20 h à 6 h. Surtout, ils n’étaient pas autorisés à quitter le territoire sans l’autorisation préalable de la cour et avaient interdiction de participer à toute activité maritime.
Ces restrictions étaient directement liées à la nature du dossier dans lequel ils étaient poursuivis, notamment aux soupçons concernant une opération maritime entre Maurice et Madagascar. C’est précisément sur ce point que l’interpellation à Madagascar prend une importance particulière.
Malgré les conditions imposées par la justice, David Legentil et Benjamin Yoël se sont retrouvés hors du territoire mauricien et à bord d’une embarcation ayant effectué une traversée vers Madagascar. Leur présence dans la Grande Île est donc susceptible de constituer une violation des conditions de leur liberté sous caution.
Le dossier met ainsi en évidence les limites du dispositif de contrôle mis en place après leur libération. Les enquêteurs devront notamment examiner les données du système GPS qui leur avait été imposé, les registres de leurs présentations quotidiennes à la police ainsi que les informations relatives à leurs déplacements au cours des jours précédant leur départ.
La chronologie de leur mouvement sera également confrontée aux données disponibles concernant le hors-bord. L’objectif : établir à quel moment ils ont quitté leur lieu de résidence, comment ils ont rejoint l’embarcation et à quel moment leur présence en mer aurait pu être détectée. L’enquête devra aussi déterminer si des anomalies avaient été signalées par les mécanismes de surveillance et, le cas échéant, comment elles ont été traitées.
Le cas de ces deux suspects place désormais sous les projecteurs le fonctionnement du suivi des personnes libérées sous caution avec des conditions particulières. La présence de Brian Bowanee donne également une autre dimension à cette affaire. Cet habitant de Quatre-Bornes serait recherché par la Financial Crimes Commission (FCC) depuis juin dernier dans le cadre d’une enquête ouverte après la découverte d’environ Rs 3 millions enterrées dans la cour d’un bungalow à Flic-en-Flac.
Il avait, par ailleurs, été arrêté en 2023 dans le cadre de l’enquête dans l’affaire Franklin. Son implication éventuelle dans la traversée vers Madagascar devra être déterminée par les enquêteurs. Son parcours judiciaire et les procédures dont il ferait l’objet seront également examinés dans le cadre des investigations.
David Kingsley Chicot, quatrième occupant du hors-bord, devra lui aussi expliquer les circonstances de sa présence à bord et son rôle éventuel dans l’organisation du déplacement.
Les autorités malgaches auraient également relevé que certains des quatre Mauriciens auraient utilisé de fausses identités au moment de leur interpellation. Cet élément devra être vérifié et documenté par les enquêteurs. Il pourrait permettre de comprendre les circonstances dans lesquelles les quatre hommes se trouvaient à Madagascar et les raisons pour lesquelles certains auraient tenté de dissimuler leur véritable identité. Les informations recueillies à Madagascar seront confrontées aux éléments déjà disponibles à Maurice, notamment ceux détenus par l’ADSU et la FCC.

