Mahend Gungapersad

Élu en deuxième position au No 6 (Grand-Baie/Poudre d’Or) avec 16 486 voix, Mahend Gungapersad, le candidat de L’Alliance Nationale, a délogé l’ancien ministre du Commerce, Ashit Gungah, dans cette circonscription. Cet enseignant de formation est le seul à avoir été élu pour l’AN dans cette circonscription. Il y dispose désormais de deux colistiers : le Dr Anjiv Ramdhany et Avinash Teeluck, deux élus de L’Alliance Morisien. La cohabitation sera-t-elle facile pour lui ? Dans l’interview qui suit, cet habitant de Goodlands explique comment il compte s’y prendre. Il soutient qu’il a le sentiment que le pays est en deuil après la proclamation des résultats. Il n’y a pas de liesse populaire dans le pays, observe-t-il. Le tombeur d’Ashit Gungah se demande si la population doute des résultats de ces élections.

Quel regard portez-vous sur les résultats de ces élections ?

Je ne sais pas ce que pensent les gens, mais j’ai le sentiment qu’un deuil s’est installé dans le pays après les résultats. Je n’ai jamais vu cela, il n’y a pas eu de liesse populaire dans le pays comme c’est le cas après chaque élection générale. Il n’y a pas eu de rallyes à travers le pays pour célébrer cette victoire de L’Alliance Morisien. Est-ce que la population doute des résultats de ces élections ? Je pense que c’est le sentiment qui prévaut dans le pays actuellement.

Comment interprétez-vous votre victoire au No 6 ?
Je dois dire que cette victoire a laissé un goût amer à la fin car je ne m’attendais pas à ce que mes deux colistiers, Raviraj Beechook et Priya Kanhye, ne soient pas élus. Je respecte quand même le vœu et le verdict de l’électorat qui a placé sa confiance en moi.

Comment analysez-vous le fait que vous ayez été le seul candidat de L’Alliance Nationale à avoir été élu dans cette circonscription ?
Je pense que plusieurs facteurs ont pu contribuer à cette situation. Est-ce parce que Priya Kanhye est nouvelle dans l’arène
politique ? Est-ce que les résultats auraient été différents si mon collègue Avinash Ramkelawon, qui avait beaucoup labouré le terrain, avait obtenu un ticket ? Est-ce que le remplacement d’Avinash Ramkelawon a eu un effet sur cette campagne de mobilisation ? Je ne sais pas, surtout quand on sait que mon ami, Raviraj Beechook, a aussi beaucoup travaillé le terrain mais malgré cela, il n’a pas été élu. 

Quels sont les facteurs qui auraient contribué à leur défaite ?

On ne pouvait prévoir ce qui allait se passer. L’électorat a fait un choix. C’est la première fois que je constate un panachage au No 6. Les gens ont voté pour L’Alliance Nationale, pour l’Alliance Morisien, pour le Mouvement Militant Mauricien et également pour Sudesh Rughoobur, l’ancien député qui n’avait pas obtenu un ticket sous le régime actuel.

Quelles seront maintenant vos priorités ?
Je vais faire en sorte que cette circonscription connaisse un développement sans précédent et mettre en pratique les promesses faites à l’électorat telles que le nouveau marché de Goodlands et celui de Fond-du-Sac. Je vais mener un combat inlassable contre la prolifération de la drogue, pour la création de plus d’espaces de loisirs pour les jeunes et protéger l’écologie. Pour moi, le développement ne veut pas dire bétonner toute la circonscription. Il faut certes continuer à réhabiliter les drains à Grand-Baie, mais il faut aussi créer des terrains de jeu et des parcours de santé dans tous les endroits au No 6. Moi je pense que pour combattre les fléaux de notre société, il faudrait offrir des opportunités et des alternatives aux jeunes. Notre système éducatif est malheureusement trop académique et ne donne pas l’opportunité aux jeunes de s’exprimer. Les jeunes de cette circonscription ont beaucoup de talents qui peuvent être exploités sur les plans culturel et social. Il faut inviter les jeunes à faire du social car c’est une autre façon de pratiquer l’unité nationale. La découverte de la culture de l’autre est aussi un bon moyen pour favoriser la participation active dans les calendriers culturels et religieux.

N’avez-vous pas l’impression d’être coincé entre les deux élus de L’Alliance Morisien dans cette circonscription ?
Ce n’est pas comme cela que je vois les choses. Je ne vois pas comment cela va être difficile pour moi. En tout cas, je n’ai pas l’intention de mettre des bâtons dans les roues. Je vais soutenir tous les projets de mes collègues députés de l’AM qui visent à améliorer la qualité de la vie des habitants de cette circonscription. C’est un nouveau type de politique de respect mutuel que je vais prôner dans cette circonscription.

Comment accueillez-vous la défaite d’Ashit Gungah dans cette circonscription ?
Je crois que cela fait partie de la nature des choses. On vient et on part un jour. C’est une leçon que les politiciens ont apprise. Il y a ceux qui se retirent au bon moment alors que d’autres partent au mauvais moment. Il y a aussi ceux qui prennent des années pour partir et cela dépend parfois du vœu de l’électorat.

Que pensez-vous de la défaite de Navin Ramgoolam dans la circonscription No 10 ?
Est-ce que le déroulement de ces élections a été “free and fair” ? Tout le monde sait que les nombreux scandales qui ont entaché le gouvernement sortant allaient jouer en notre faveur. Mais il semblerait que cette situation a été vite oubliée grâce à l’utilisation abusive de l’appareil d’État, notamment la MBC. Peut-on donc parler d’élections “free and fair” ? Peut-on parler d’élections justes lorsqu’on sait que de nombreuses “fake news” ont été disséminées sur les réseaux sociaux ? Et on a beaucoup parlé de “money politics”. En tout cas, moi, je me considère comme un bon perdant car j’accepte la décision de l’électorat. Il y a eu certes beaucoup de promesses qui ont été faites à la population, même au-delà de ce que nous avons entendu ou vu sur la place. J’ai eu des informations que durant la campagne, certaines personnes ont reçu des lettres pour des interviews en vue d’obtenir un emploi après les élections générales et que d’autres auront droit à des promotions dans leur travail.

Pourquoi avoir protesté énergiquement lors du décompte des voix le 8 novembre à l’école Doorgachund Hurry de Goodlands ?
Il y a eu effectivement un incident ce jour-là. C’était lors d’une tournée de mon ami Raviraj Beechook dans une des salles de décompte. À un certain moment, il devait remarquer que 25 bulletins avaient été mis de côté, jugés par un officiel comme non recevables car il n’y avait pas de sceau de la Commission électorale sur les bulletins qui allaient être rejetés.

Parmi ces 25 bulletins, 19 électeurs avaient exprimé le souhait de voter en faveur de L’Alliance Nationale. Lorsque Beechook a réclamé des explications, un officiel lui a parlé d’une façon hautaine et c’est pourquoi Raviraj Beechook a haussé le ton et il y a eu un attroupement par la suite. La personne concernée ne voulait pas accepter son erreur car il y avait bien un sceau sur les bulletins de vote. Si Raviraj Beechook n’était pas intervenu, ces bulletins allaient être rejetés. Ces gens avaient signifié leur intention de voter pour L’Alliance Nationale ou pour d’autres partis, y compris le MMM. Donc, ce n’est pas une simple affaire. Il y a aussi des gens qui sont venus voter, mais leurs noms ne figuraient pas sur la liste. Parmi, il y a mes anciens élèves. Également au No 6, on a noté que 800 bulletins avaient été rejetés parce que certains électeurs y avaient mis seulement deux croix. Je crois qu’il faut faire l’éducation des électeurs.

C’était une lutte à trois au No 6. La présence du MMM a-t-elle eu une incidence sur les résultats ?
Définitivement. Il n’y a jamais eu dans cette circonscription une lutte à trois dans le passé. Cela a permis aux électeurs de voter à la fois pour le
PTr, le MSM, le PMSD et le MMM. Ce qui fait que l’électorat dans cette circonscription a pratiqué le panachage. 

Malgré les scandales qui ont entaché le gouvernement, le PTr sous le leadership de Navin Ramgoolam n’a pas su convaincre l’électorat. Pensez-vous que ce dernier doit “step down” ?

Je pense que cette question relève de la direction du parti. Il faut prendre en considération le fait que Navin Ramgoolam n’est pas le seul leader d’un parti qui a connu une défaite. Feu sir Gaëtan Duval, sir Anerood Jugnauth, Paul Bérenger, tout ce monde a connu des défaites durant leur carrière politique. Je pense au contraire qu’il faut se serrer les coudes et dynamiser davantage le parti.

Maintenant que vous avez été élu député, allez-vous quitter l’enseignement ?

Pas du tout. Je vais continuer mon travail de “part-time lecturer” et je continuerai à aider les jeunes dans leur apprentissage tout en m’occupant bien sûr de ma circonscription. J’ai l’intention de promouvoir le théâtre, le vivre ensemble pour qu’on mette fin à l’arrogance, l’hypocrisie et l’égoïsme dans notre société.