Chaque année, alors qu’un juste hommage est rendu à la mémoire de Kaya, maître du seggae, les victimes des maisons incendiées à Triolet et à Goodlands, sur une base communale, le 24 février 1999, sont laissées pour compte. En plus de ce sentiment d’abandon dont elles nous parlent, elles pansent encore un traumatisme dont les séquelles nourrissent aussi un profond ressenti communal à l’égard de leurs agresseurs. La plupart des victimes, connaissent ceux qui ont agi à l’aide de lance-flammes et munitions diverses. Il arrive que victimes et agresseurs se croisent. 16 ans se sont écoulés. Depuis, rien n’a été fait pour que justice soit rendue aux familles qui avaient tout perdu. Entre-temps, la colère, l’incompréhension, les blessures prennent le dessus sur l’envie d’une réconciliation. D’ailleurs, aucune démarche n’a été entreprise dans ce sens, tandis que victimes et agresseurs vivent dans les mêmes localités.
Jeudi 11 décembre 2014. Jour des résultats des élections générales. A Triolet, dans son fief, la débâcle de Navin Ramgoolam arrive comme une onde de choc dans les impasses de la cité Mère Teresa. Les résidents ne s’attendaient à la chute de l’ancien Premier ministre, mais à cet instant-là, ils pensaient qu’une défaite de l’ancien homme fort du PTr signifierait surtout autre chose. Dans les ruelles de la cité, des voix résonnaient comme un avertissement: «Navin inn perdi, zot pou vinn  bril lakaz!» Loin d’être une menace, cette mise en garde était pour inciter les habitants à prendre des précautions. «Tou dimoun dan site inn koumans gaynn per. Kouma nouvel sorti ki Ramgoolam pe perdi, ena fami inn fini kit lakaz, ale», raconte un des résidents de la région. «Mo fami depi lot landrwa pe telefonn mwa pe dir mwa sorti dan Triolet vinn res kot li», raconte une autre résidente. «Sa zour rézilta la, nou inn gaynn per… Buku dimounn ki zot lakaz ti brile le 24 fevriye 1999, inn ferm zot laport zot inn sove. Mo dir ou fran, mo ti pe per», confie une interlocutrice. Elle insiste pour garder l’anonymat. Pour cause, elle fait partie des 32 familles dont les maisons ont été incendiées et saccagées par une horde d’assaillants dans la nuit du 24 février 1999, suivant l’enterrement de Kaya. «J’ai peur des représailles Ils ne sont pas loin», dit-elle. Depuis ce soir dramatique, où 18 maisons ont été repérées, saccagées et incendiées, la vie dans la cité, nous dit-on, n’a pas repris son cours normal. Chaque bruit étrange, chaque élection, et même des pétarades expliquent des victimes de Triolet font sursauter, resurgir la nuit fatidique, et attisent l’angoisse, ne serait-ce pendant quelques secondes. «On est obligé de reprendre nos activités, le travail, la vie Mais on ne s’en remet pas», dit-elle.