A l’époque, quand de grosses pluies s’abattaient sur le pays faisant déborder les rivières, on ramassait sur la plage, parmi les amas de water lili, des morceaux de bois flotté, quelques savates caoutchouc, des hameçons avec 2 mètres de ligne filée et tout au plus une ou deux moques. Mais tout a évolué et aujourd’hui c’est un régal : sachets de mines express et de chips, pots de crème caramel, boissons gazeuses et alcoolisées, petites bouteilles de lait aux arômes chimiques, polystyrène de fast-food, seringues, détergents, bidons d’huile… le tout déversé dans le lagon avec cette épaisse sauce écumeuse qui donne le goût, comme le machin à l’intérieur des sachets de mines express. Miam ! La parfaite photographie des modes de consommation et des moeurs d’un pays MODERNE.
« Nous souhaitons que les visiteurs soient de plus en plus en prise directe avec la vraie île Maurice et nous allons inviter les opérateurs hôteliers à inciter leurs clients à sortir des hôtels pour aller vivre une expérience unique » disait Robert Desvaux en 2012 (actuel président de la Tourism Authority). Le client de l’hôtel de luxe à 400 euros la nuit, devant la plage assiégée par cette marée de plastique, en a eu pour son argent : sans même faire les frais d’une excursion au coeur du pays, il a vu l’île Maurice authentique. Les clients du St Géran ont eu encore plus de chance : ils ont été en prise directe avec un frigo venu s’échouer sur la plage. Expérience unique.
Le visiteur aura compris qu’il suffit de gratter un peu le vernis de ce « joyau étincelant dans les eaux turquoises de l’océan Indien » (dixit le site web de la MTPA) pour trouver la camelote qui se cache derrière. Ce que dénonce le blog « Maurice derrière la carte postale », trop perspicace et trop dérangeant pour faire des milliers d’adeptes ; pour une fois que la critique dépasse l’épaisseur d’une grattelle (unité de mesure mauricienne selon un de mes amis !) pour vraiment accuser les responsables du massacre de l’environnement et du patrimoine…
Le visiteur aura compris que sous le vernis se cachent aussi les permis octroyés à des skippers inconscients et à toutes sortes d’opérateurs opportunistes ; sous le vernis se cachent le drame, les gardes-côtes payés à ne rien faire, la non-application du règlement des plages publiques, le littoral sur-saturé d’hôtels, l’érosion des plages (et qu’on arrête de nous gaver de réchauffement climatique en oubliant l’impact du bétonnage). Un moratoire de 2 ans pour l’ouverture de nouveaux hôtels, annonce XLD (cf article du Mauricien 17-03-2015) ; deux ans seulement ?! Le seuil de tolérance, ça vous dit quelque chose ? Plus besoin d’être un visiteur « sac à dos », qui part tout seul explorer le pays, ses plages, ses villages et ses sentiers en tombant sur ses dépotoirs, pour s’apercevoir de l’arnaque. Bientôt tous auront une idée claire de la vraie île Maurice. Et ce sera très bien comme ça. Je suis pour la transparence.
Tandis que je remplissais des sacs de toute la « merde » jetée par les Mauriciens évolués, je rencontrai justement deux visiteurs venus de Londres et logeant dans un hôtel 5-étoiles. « You should wear gloves, darling » me dit l’un, épouvanté par tout ce que la rivière et la mer avaient rejeté. Nous avons bavardé un moment et je n’ai pas eu besoin de leur expliquer ce que j’évoque plus haut ; ils ont tout compris de la vraie île Maurice, du laisser-aller à la corruption en passant par le développement tous azimuts du littoral depuis leur dernier séjour. Un fait demeure pour eux une énigme: comment les mêmes personnes qui font reluire leur tenue vestimentaire, leur maison, leur jardin, peuvent de façon intentionnelle salir l’environnement ? Encore une question de vernis…
Selon un article paru dans Scope le 23-01-2015 sur la faune indigène des rivières (enfin, ce qu’il en reste…), « aucune institution ne s’occupe réellement des cours d’eau. Etant placés sous l’égide de plusieurs ministères et corps para-étatiques, ils sont délaissés ».
Des photos comme celles-ci, vous en avez vues cent fois. Je les publie en vous incitant à imaginer à grande échelle la pollution que cela représente d’amont en aval pour les rivières, leurs embouchures, la mangrove et l’ensemble de la faune et de la flore, le lagon et la plage.