Ils étaient partis pour le Gabon pour un court séjour. Ishmaël Oaris et son épouse, Hafiza, ont passé les 35 dernières années de leur vie à Libreville, capitale du Gabon, tandis que Dominique Grandcourt et son époux, Steeve, y sont, eux, depuis une vingtaine d’années. Ils parlent du pays des Bongos comme « nou pei ». Pour eux, le Gabon d’aujourd’hui est l’île Maurice des années 50-60’, une « île paisible, sans stress et où l’on vit comme une vraie famille mauricienne, en paix, en amitié et en fraternité avec les Gabonais ». Ces deux couples racontent leur aventure en terre gabonaise.
Début des années 80’. Ishmaël Oaris, cadre de l’armée française, est envoyé au Gabon pour y travailler pendant deux ans, un pays dont il n’avait jamais entendu parler. Il y est toujours mais, maintenant, il est au service du président gabonais, Ali Bongo Ondimba. « Mon épouse travaillait à la présidence et l’ancien Président Omar Bongo, père de l’actuel président, a voulu me garder au Gabon. Il a renouvelé mon contrat en 1983 pour une année additionnelle pour travailler au sein de la garde présidentielle. Je suis resté jusqu’en 2012 lorsque j’ai pris ma retraite. Mais ce n’était pas encore terminé avec le Gabon, car le nouveau Président m’a recruté en tant que chargé de mission, chef de service général au protocole d’État », déclare M. Oaris. Son épouse, Hafiza, elle, dirigeait la presse présidentielle de l’ancien président Bongo. Elle est aujourd’hui conseillère politique. Le couple a deux fils. L’un travaille en France et l’autre est dans l’informatique au Gabon.
Dominique Grandcourt a eu, elle, une aventure différente de celle des Oaris. Elle avait 22 ans, en 1984, lorsque, grâce à sir Gaëtan Duval, dit-elle, elle a été recrutée comme secrétaire par le gouvernement gabonais de l’époque, avec quelques autres filles. « J’étais au chômage après avoir terminé mes cours de secrétaire. L’entretien et le recrutement se sont faits en deux jours, de même que mon passeport, car je n’en avais pas. Ma famille me demandait : “Gabon la, kot trouve sa ?” », raconte-t-elle. Hafiza Oaris ajoute que sa mère lui avait lancé « zoulou pou manz twa laba » lorsqu’elle est allée lui annoncer qu’elle partait pour le Gabon.
Dominique Grancourt et les autres filles sont parties dans un petit avion appartenant au président gabonais en compagnie de trois officiels gabonais. « Nous avions tous peur lorsque l’avion a attéri sur une base militaire dans la nuit. L’aide de camp d’Omar Bongo nous a emmenés chez le Président, qui nous a parlé de “mon frère, sir Gaëtan Duval”. Là, on nous a séparés et je me suis retrouvée à la présidence », dit-elle. Elle a été secrétaire au cabinet politique de M. Bongo puis au Conseil des ministres de 1985 à 2012. Elle s’est mariée à Maurice en 1992, durant ses deux mois de vacances annuelles payées, avec Steeve, un mécanicien, qui, par la suite, est allé lui aussi tenté l’aventure gabonaise aux côtés de son épouse. Steeve a travaillé dans un garage pendant un certain temps avant de se mettre à son propre compte. Le couple a deux enfants, une fille et un garçon.
Selon Ishmaël Oaris, pour vivre au Gabon, comme pour partout ailleurs en Afrique, « il faut respecter les gens pou ki zot pa pans de mal de ou ». Il ajoute : « Je suis venu dans leur pays et je dois les respecter pour qu’ils me respectent », souligne-t-il. Ce qui est bon au Gabon, ajoute-t-il, « c’est qu’une fois que les Gabonais vous ont accepté, vous devenez membres de leur famille. »
« Les Gabonais vivent en paix et sans stress. Je vois l’Île Maurice des années 60-70’ ici, pas celle d’aujourd’hui. Pena tansyon isi, tou dimounes kool », lâche M. Oaris, qui est devenu “imam” d’une mosquée à Libreville. Il raconte qu’il n’y avait qu’une seule mosquée dans cette ville à l’époque, alors qu’il y en a une centaine aujourd’hui avec l’arrivée de musulmans venus des pays limitrophes. « Il n’y a jamais de problèmes entre les communautés religieuses dans ce pays à majorité catholique », dit-il.  
Les Oaris et les Grandcourts n’ont jamais eu de problèmes d’adaptation, car ils avaient l’habitude « de vivre et de manger simplement à Maurice ». Les Oaris ajoutent : « La vie est chère, mais nous pouvons faire la part des choses par rapport à nos salaires. Nou kapav viv byen. » Ismaël ajoute : « Si nou la depi 35 an, seki forseman nou happy. Je me sens comme un étranger lorsque je viens à Maurice. » Pour Steeve : « Pa kapav kit Gabon. » Et à son épouse d’ajouter : « Kan nou al Moris, Gabon mank nou. Nou retourn pli vit. » Tous gardent le contact avec leur patrie, où ils ont encore de la famille. À noter que pour se rendre au Gabon, on passe par l’Afrique du Sud, où il y a un vol direct quotidien sur Libreville, lequel dure six heures.