Les débats parlementaires sur le projet de loi portant sur la création d’une Mauritius Renewable Energy Agency se sont poursuivis hier avec l’intervention de cinq orateurs, soit Paul Bérenger, Sanjeet Fowdar, Alan Ganoo, Francisco François et Osman Mahomed. Le texte de loi avait été présenté la semaine dernière par le ministre des Utilités publiques Ivan Collendavelloo pour l’entrée en opération l’année prochain de l’Utility Regulatory Authority. Il avait à cette occasion souligné que Maurice est un des rares pays à ne pas encore disposer d’une agence consacrée à l’énergie renouvelable.
Premier à prendre la parole hier, Paul Bérenger a estimé qu’il « n’est pas trop tard pour lancer les appels d’offres » pour l’achat par le CEB de moteurs pour la production de 60 ou 100 MW d’électricité. Les appels d’offres doivent être ouverts à toutes les technologies, à condition qu’il s’agisse de technologie de pointe.
Le leader de l’opposition a dit être totalement en faveur de l’énergie renouvelable et de la création d’une agence pour la promouvoir. « Il ne faut toutefois pas rêver et permettre que l’attention soit déviée des vraies priorités du moment », et qui sont soulignées dans le rapport de la Banque mondiale sur la production de l’énergie électrique. Concernant le texte de loi sur la création d’une agence pour la promotion de l’énergie renouvelable, Paul Bérenger a estimé que le discours du ministre des Utilités publiques de la semaine dernière l’a « laissé sur (sa) faim » car ce dernier « n’a donné aucune indication chiffrée sur l’objectif qu’il souhaite atteindre » en matière d’énergie renouvelable. Il rappelle que l’énergie renouvelable est « intermittente et très coûteuse ». La seule entreprise produisant de l’énergie pour être transmise sur le réseau est Sarako et, selon ses renseignements, « la production est très intermittente » tandis que le prix de production est « le double par rapport à la moyenne », selon lui. « A Maurice, le prix que nous payons pour notre énergie électrique est un aspect vital dans la production énergétique. » Concernant la production d’énergie renouvelable, Paul Bérenger a observé qu’au fil de ses discours parlementaires, le ministre « est venu avec plusieurs chiffres », précisant que « dans un premier temps, il avait parlé de la production de 1 200 MW, dans un deuxième temps de 1 500 MW et, cette fois, il parle de 1 800 MW ». Le ministre « ne donne toutefois aucune précision concernant la capacité du réseau à absorber la production d’électricité ».
Mais ce qui interpelle le plus le leader de l’opposition, c’est la situation de l’électricité en 2018 qui, selon lui, constituera « un tournant ». Il observe que la Banque mondiale recommande, au cas où la situation deviendrait plus critique, l’achat d’urgence de deux turbines, lesquelles seraient alimentées dans un premier temps par du “light diesel” et, dans un deuxième, par du GNL (gaz naturel liquéfié). Or, ce que la Banque mondiale ne précise pas, c’est le prix de production à partir de ces deux turbines, explique le leader de l’opposition.
Actuellement, les turbines à gaz, qui sont utilisées en cas d’urgence, coûtent Rs 39 le KW/h, contre Rs 3,30 pour la production des moteurs à l’huile lourde. De plus, les investissements nécessaires pour le stockage du gaz liquéfié sont estimés à Rs 20 milliards. Par  ailleurs, a estimé Paul Bérenger, l’introduction du GNL entraînera à terme l’élimination de la bagasse pour la production d’énergie électrique. « Si on peut aujourd’hui se flatter que l’énergie renouvelable représente 20% de la production électrique, c’est grâce à la bagasse », a-t-il soutenu. Aussi, selon lui, son élimination affectera aussi bien les usines que les planteurs de cannes à sucre et les employés de centrales électriques. Raison pour laquelle, a estimé Paul Bérenger, « il est encore temps de lancer des appels d’offres ouverts pour l’achat de moteurs pour la production de 60 ou 100 MW ».
Par ailleurs, le leader de l’opposition ne comprend pas comment une agence dédiée à la promotion de l’énergie renouvelable peut également s’occuper de la promotion de GNL. Et de dire son souhait qu’un membre du CEB siège au conseil d’administration de l’agence.
Le député Sanjeet Fowdar a, lui, soutenu l’initiative du ministre des Utilités publiques. Quant à Francisco François, il a exprimé son désir que Rodrigues devienne un modèle pour la République de Maurice en ce qui concerne l’utilisation et la production d’énergie renouvelable. Soutenant également le texte de loi, Alan Ganoo a cependant exprimé des réserves concernant l’inclusion de la promotion de GNL parmi les attributions de l’agence pour l’énergie renouvelable. Enfin, Osman Mahomed s’est pour sa part appesanti sur le travail abattu dans le cadre du projet Maurice Île Durable. Il a ainsi souligné l’importance d’un « plan d’ensemble », tant en ce qui concerne la stratégie en matière d’énergie renouvelable qu’au niveau de la disponibilité des terres. Il s’est par ailleurs prononcé contre la présence du CEB au conseil d’administration de l’agence car, selon lui, ce dernier « ne peut être à la fois juge et partie ». Et d’estimer « possible de produire de l’énergie continue à partir d’énergies renouvelables grâce aux “smart grids” ». Les débats se poursuivront mardi prochain.