À deux semaines de la présentation simultanée de deux budgets (janvier 2015-juin 2015 et juillet 2015-juin 2016), le ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo, a fixé l’objectif de croissance pour l’exercice financier 2015-16 à 5,7%. « Cet objectif est à notre portée, n’écoutez pas les pessimistes », a-t-il lancé dans son intervention à l’occasion du dîner annuel de la MCCI, qui a réuni quelque 275 membres à L’Aventure du Sucre vendredi soir.
L’ambition du ministre a été accueillie favorablement par le secteur privé. « Cet objectif nous donne beaucoup d’espace pour l’investissement, qui doit passer de 19% du PIB actuellement pour atteindre 25% », a lancé Raj Makoond, directeur du Joint Economic Council (JEC), agence coordinatrice des institutions du secteur privé.
Le ministre a rappelé que l’économie mauricienne connaît actuellement un taux de croissance de 3%, ce qui est nettement insuffisant et nous place sous la menace de disparition à court terme. Cependant, à la lumière des discussions qu’il a eues avec la Banque centrale, il est arrivé à la conclusion qu’il est possible d’atteindre un taux de croissance de 5,7%, voire plus. « Nous ferons tout notre possible pour rendre l’investissement facile », a-t-il dit. Cependant, dit-il, il prend « un risque calculé » car en encourageant l’investissement aujourd’hui, il sera en mesure « de recueillir le fruit des efforts » effectués à travers les impôts et sur la TVA, entre autres.
Pour Vishnu Lutchmeenaraidoo, le 2e miracle économique interviendra « le jour où nous aurons atteint la masse critique en matière de projet de société et de projet d’avenir ». Le premier défi relevé par le gouvernement à son arrivée au pouvoir en décembre dernier a été « de rétablir la paix sociale et la sérénité » dans le pays. Selon lui, aucun développement n’est possible sans cette même sérénité et la confiance. « Si un politicien ne peut instiller la confiance dans la population, il devrait cesser de faire de la politique. » Le ministre des Finances a également insisté sur l’importance pour les entrepreneurs d’avoir « un esprit de partage ». Et c’est, selon lui, ce que le gouvernement a fait en augmentant les allocations de pensions. Il affirme aussi l’avoir fait récemment à Rodrigues. « J’ai donné aux Rodriguais tout ce qu’ils demandaient en insistant toutefois sur la nécessité de savoir se mettre debout sur leurs pieds et d’avancer. Je ferais alors tout pour qu’ils soient des citoyens égaux aux Mauriciens », a-t-il indiqué.
Pour sa part, le président de la MCCI, Sébastien Mamet, a proposé un « pacte d’engagement réciproque entre les entreprises, les partenaires sociaux et les pouvoirs ». Selon lui, « c’est la responsabilité des décideurs de continuer à bâtir un environnement économique, législatif et réglementaire qui soit favorable » aux entreprises. Et « aux partenaires sociaux de comprendre leur responsabilité face à la crise en privilégiant toujours le dialogue de terrain sur les conflits et aux entrepreneurs de construire un avenir pour le pays avec des entreprises compétitives et créatrices d’emplois ».
Le président de la Chambre de Commerce a estimé que si Maurice adopte certaines mesures en particulier – comme la simplification de procédures liées aux réglementations pour la création et la gestion d’entreprise, la diminution du taux d’imposition effectif et la baisse des coûts liés aux commerces frontaliers –, le taux de croissance économique pourrait dépasser les 6% à court et moyen termes. « Cela demande de la stabilité et de la visibilité comme toile de fond pour stimuler la confiance », a-t-il dit. À noter enfin que Raju Jaddoo, secrétaire général de la MCCI, s’est aussi adressé à l’assistance.