La présence de médecins étrangers officiant sur notre sol dans des domaines où il n’existe aucune pénurie de médecins irrite les professionnels locaux de la santé. Dénonçant des pratiques « inadmissibles », en l’occurrence pour ce qui relève de l’octroi de permis de travail à ces médecins étrangers, dont certains useraient de contrats fictifs pour pouvoir travailler, plusieurs médecins montent au créneau et déplorent l’inaction des autorités face aux menaces que représentent ces étrangers pour le gagne-pain de nos médecins locaux. D’autant que les patients mauriciens, outre de ne pas être assurés d’un suivi après leur opération par ces médecins étrangers, doivent s’acquitter de frais 2, 3, voire 4 fois plus chers. À travers une lettre envoyée récemment à l’ICAC, les membres de l’Orthopaedic Association of Mauritius (OAM) attirent l’attention sur « the unfair and unethical practice of medicine in Mauritius by certain foreign doctors » et espèrent qu’une enquête sera initiée.
Les nombreuses dénonciations, que ce soit au niveau du ministère de la Santé, du ministère du Travail ou encore du Board of Investment (BOI)… sur le sujet depuis plusieurs années n’ont rien donné, indiquent plusieurs médecins locaux. D’où leurs recours à l’ICAC pour dénoncer le fait que « Mauritian patients are being misled and exploited because the foreign experts are not using any new techniques. In fact, they are carrying out operations which are routinely done by local surgeons. » Soutenant qu’ils ne sont pas contre l’expertise étrangère, ces médecins locaux expliquent qu’ils n’admettent pas ceux qui opèrent sur un terrain déjà surpeuplé. Ils précisent que leur frustration et appréhension relèvent du fait que la majorité des médecins étrangers qui obtiennent un permis de travail auprès du BOI opèrent dans des domaines qui ne sont pas des « scarcity area ». Selon les médecins mauriciens, ces étrangers opèrent dans des domaines guère touchés par un manque de personnel, à l’instar de l’anesthésie, la chirurgie, l’orthopédie ou encore la médecine interne. Ce qui représente un manque à gagner pour les médecins locaux qui s’insurgent davantage que « ces médecins étrangers auraient, pour certains, des contrats fictifs obtenus avec la complicité de certains directeurs de cliniques privées qui en font la demande auprès du BOI. » Au final, grâce à des relations avec des personnes haut placées, dont des proches de directeurs de cliniques, ces médecins étrangers qui opèrent pour leur propre compte – tel ce médecin étranger spécialisé dans l’orthopédie et dont la consultation se situe au sein même d’une clinique privée des Plaines Wilhems, alors qu’il ne dispose plus de contrat avec cette clinique – ne sont pas inquiétés.
Consultation privée
Les irrégularités au niveau de certains médecins étrangers – qui opèrent également dans des cabinets privés, d’autres cliniques ou des compagnies fictives, alors qu’ils ne disposent pas de cette prérogative, étant sous contrat avec un établissement en particulier qui les aurait employé – sont nombreuses, déplorent les médecins mauriciens. « Plusieurs médecins étrangers font cela, ils présentent une demande à une clinique privée qui accepte de faire une demande de permis de travail auprès du BOI pour eux, mais après quelque temps, ils ne travaillent plus au nom de cette clinique mais en leur propre nom, dans leur propre consultation, si ce n’est dans une salle de consultation qu’ils louent avec la clinique », expliquent-ils. Et de faire ressortir que plusieurs médecins étrangers, retraités dans leur pays et qui n’y ont plus le droit d’exercer, obtiennent néanmoins un permis de travail à Maurice, suivant la demande faite par une des cliniques privées à Maurice qu’ils auraient approchée. 
En dépit des nombreuses réprésentations faites par l’association des médecins privés auprès du ministère de la Santé et du Medical Council, la situation malsaine perdure, disent les médécins mauriciens, soulignant que c’est au niveau du BOI que se situe l’anomalie. Pour soutenir leurs propos, les médecins locaux révèlent que pour pouvoir opérer à Maurice, certains médecins prennent contact avec des cliniques privées qui font alors une demande de permis de travail auprès de la BOI, en avançant que ces médecins travailleraient au nom de la clinique. Avec ce permis de travail obtenu, le Medical Council, se basant sur le Medical Council Act (MCA), ne peut qu’avaliser l’enregistrement de ces médecins qui disposent effectivement, comme le requièrent les critères d’enregistrement, des qualifications nécessaires. « Et ce, en dépit du fait que ces médecins ne font rien de plus de ce que nous médecins locaux pouvons faire », lancent les médecins mauriciens, frustrés de la situation et de l’impuissance du Medical Council.
En effet, selon l’article 26 du Medical Council Act, si un médecin dispose de toutes les qualifications nécessaires et d’un permis de travail – octroyé par le Passport & Immigration Office après demande du BOI –, il n’y a aucune objection à ce qu’il opère à Maurice. Le MC doit obligatoirement lui donner son aval. C’est cet enregistrement auprès du MC qui permet au ressortissant étranger de travailler dans le domaine médical à Maurice. Mais cette pratique n’est pas normale, déplore la Private Medical Practitioners’ Association (PMPA). Pour les médecins privés, « c’est une anomalie ». Les médecins privés indiquent que cela est contraire à ce qui se fait à l’étranger. Ils font ressortir que certains médecins étrangers utiliseraient même des « loop holes » pour obtenir leur permis de travail. « Ils se disent super specialized pour pouvoir obtenir leur permis et après, on les voit travailler dans la médecine générale », s’insurgent les médecins.
Visiting doctors: une autre plaie
Selon les médecins locaux, certaines cliniques privées, elles, font appel à des visiting doctors « pour des opérations spéciales, mais pour lesquelles les médecins mauriciens sont tout aussi compétents. » Les médecins étrangers en visite à Maurice ne requièrent pas d’enregistrement auprès du Medical Council pour pouvoir opérer, car disposant de facto d’un permis de travail temporaire qu’aurait au préalable demandé la clinique où il procédera à ses opérations. « C’est là où la santé des patients est davantage mis en danger car ces médecins n’effectuent aucun suivi de leurs opérations par la suite. Et s’il y a une complication, qui en prend la charge? », s’interrogent les médecins locaux. Outre les prix exorbitants pratiqués par ces médecins étrangers, dont les tarifs vont jusqu’à Rs 120,000 pour une opération qui aurait dû coûter Rs 40,000, souvent pour des chirurgies effectuées sans examens médicaux, les médecins mauriciens déplorent que certains employés de cliniques privées effectuent du canvassing pour attirer la clientèle pour ces médecins étrangers et la clinique pour laquelle ils opèrent. « Les médecins n’ont pas le droit de faire de la publicité pour attirer la clientèle, mais certaines cliniques, on le voit chaque jour, font des publicités dans la presse pour attirer des patients. C’est inadmissible! », disent-ils.
Las de voir leurs représentations tomber dans l’oreille de sourds ou leurs lettres demeurer dans les tiroirs des ministères, certains médecins, dont les membres de l’Orthopaedic Association of Mauritius ont saisi l’ICAC de cette affaire. Articles de presse à l’appui pour soutenir également la frustration de certains patients qui se disent victimes de médecins étrangers, ils réclament une action urgente des autorités pour remédier à la situation dans le secteur. Ils espèrent que l’ICAC effectuera une enquête approfondie et que la situation s’assainira au plus vite pour le bien-être des patients et des professionnels de la santé à Maurice.