C’est à l’Hôtel de Ville de Curepipe que la Société de l’Histoire de l’Ile Maurice (SHIM) a été lancée le 19 février 1938, soit un peu plus de trois quarts de siècle de cela. Le temps a donc été à la commémoration, au bilan et aux perspectives d’avenir lors d’une assemblée qui a réuni les membres de la SHIM en ce même hôtel de ville en novembre dernier. Pour cet exercice de mémoire et d’acte de foi en l’avenir, la SHIM a fait appel à Michèle Malivel qui s’en est acquittée à travers une causerie et à Tugdual de Langlais qui, lui, a été chargé de présenter le siteweb de la SHIM.
C’est à Auguste Toussaint, historien mauricien de renom international, que l’on doit la création de la SHIM. « Comprenant qu’il était temps de rassembler et de confronter les connaissances des uns et des autres, Auguste Toussaint décida de créer en 1938 une société où l’on se réunirait pour étudier notre histoire, ce qui suscita immédiatement empressement et enthousiasme chez tout un groupe de personnes », raconte Michèle Malivel. Bien que gratifié du titre de « père fondateur », Auguste Toussaint lui-même avoue qu’il ne fut pas seul dans cette entreprise. En effet, « il nous dit, dans un de ses articles publié dans le premier bulletin de la Société, que le 19 février 1938, un petit groupe de personnes, s’intéressant de très près à l’histoire de Maurice, se réunirent ici même, à l’Hôtel de Ville de Curepipe, pour décider de la création d’une société pour l’étude de l’histoire de Maurice. » Trois autres réunions plus tard. « Après trois autres réunions, au cours desquelles on élabora les statuts, il fut décidé d’appeler cette nouvelle entité « La société de l’Histoire de l’île Maurice » et on procéda à l’élection d’un comité statutaire pour administrer la société tout au long de sa première année d’existence. » Michèle Malivel ne peut s’empêcher de rendre hommage à ces aventuriers de l’histoire tout en se donnant la peine de les présenter succintement:
« Je rends hommage à ces passionnés qui se lancèrent dans cette aventure : L’Honorable Pierre HUGNIN, industriel et politicien qui introduisit Coca Cola à Maurice, fabriqué au Phoenix Camp Minéral ; M. Stanislas PELTE, chasseur passionné, excellent fusil, il fut un de ceux qui travailla sur les besoins en eau de Maurice ; on lui doit le réservoir de la Ferme et deux agrandissements de la Mare-aux-Vacoas ; Philippe SAUZIER, Édouard ROUILLARD dont le cheval gagna la fameuse coupe du Duke of York ; Charles GIBLOT DUCRAY, auteur notamment d’une « Histoire de la Ville de Curepipe » qui me fascine ; Octave WIEHE, botaniste et remarquable expert sucrier, bibliophile passionné, il possédait également une magnifique collection d’orchidées et son nom figure sur la colonne Liénard au Jardin des Pamplemousses depuis le 3 octobre 1979 ; Alfred North COOMBES, ingénieur agricole et historien, il révèlera tout au long de sa vie l’histoire des Mascareignes et sera membre de la Société Royale des arts et des Sciences ; André d’EMMEREZ de CHARMOY, Lois DESVAUX DE MARIGNY, René LINCOLN, Alfred de SIMARD de PITRAY, Philippe LENOIR, excellente plume et fin gastronome, son superbe livre de cuisine ne me quitte pas ; René GUERIN, René MAIGROT, Marcel MARRIER D’UNIENVILLE. Chimiste et ingénieur en sucreries, il fut administrateur de propriétés puis politicien, élu du Grand-Port. On lui doit la suggestion d’un système d’avertissement des cyclones sur toute la côte. Comme vous le voyez, c’était un groupe très éclectique, uni dans une même passion : faire vivre et revivre l’histoire de notre pays envers et contre tout ! »
Le premier conseil d’administration et le premier bureau constitués
Après l’élection du premier conseil d’administration le 10 mars 1938, comprenant « MM Stanislas Pelte, Alfred de Simard de Pitray, René Lincoln, René Guérin, Alfred North Coombes,  Philippe Sauzier, André d’Emmerez de Charmoy et Auguste Toussaint », ces derniers se réunirent le 16 mars et l’on procéda à l’élection du premier bureau qui fut constitué comme suit :
Président : Alfred de Simard de Pitray
Vice-Président : René  Guérin
Secrétaire :  Auguste Toussaint
Trésorier :  André d’Emmerez de Charmoy.

Michèle Malivel poursuit son récit en ces termes: « Il fut décidé d’envoyer des circulaires aux personnes susceptibles d’être intéressées par cette initiative afin de les pousser à adhérer à la Société. Très rapidement, la Société compta une soixantaine de membres, y compris dix membres fondateurs, « ce qui lui donna les moyens de travailler très convenablement pendant sa première année d’existence », nous assure Auguste Toussaint. Et la Société se mit au travail, non seulement pour des travaux « d’érudition pure » mais aussi pour s’occuper de la publication de tous les documents propres à illustrer divers aspects de notre histoire. Travail redoutable car il fallait donner témoignage de trois siècles d’événements de toutes sortes. »
Première conférence, premier document et DBM
Michèle Malivel raconte ensuite comment Philippe Galéa et Auguste Toussaint animent la première conférence de la SHIM, cite le premier document publié et la lumineuse proposition qui amena à la création du Dictionnaire de Biographie Mauricienne:
« Le tricentenaire de l’occupation hollandaise de notre île tombant le 7 mai suivant, cela donna l’occasion à la Société d’organiser sa première conférence, ici même, à l’Hôtel de ville de Curepipe. Elle sera présentée par Philippe Galea, dont l’esprit était aussi brillant que la plume, et agrémentée de projections réalisées par Auguste Toussaint qui nous disait dans son premier procès verbal qu’il souhaitait qu’elle inaugurerait toute une série de conférences, allant même jusqu’à espérer qu’elles puissent constituer de véritables cours d’histoire en faisant remarquer que nous manquions cruellement d’un véritable manuel scolaire sur l’histoire de Maurice !!   
Le premier document soumis à l’approbation du Comité en vue de sa publication concerna les mémoires du corsaire Georges Dandin. Auguste Toussaint donna lecture des passages les plus intéressants de ce texte et le Comité, séduit, ratifia son choix et décida de sa publication. C’est alors qu’un certain Monsieur Thénet fit une proposition qui allait avoir une influence considérable sur le développement de notre société. En effet, il déclara avoir réuni depuis longtemps un grand nombre de notices biographiques sur des personnages ayant joué un rôle dans l’histoire de Maurice et suggéra qu’il pourrait être intéressant de les publier. Dans la foulée, la décision fut prise de les publier dans le Bulletin annuel. Il faut bien reconnaître que la grande Œuvre de notre Société est le Dictionnaire de Biographie Mauricienne qui découle directement de cette proposition! Nous parlerons un peu plus loin de ce monument, véritable « Who’s who » de  l’histoire mauricienne. »
Ainsi naîtra le premier bulletin annuel de la SHIM 1938/1939 qui « traita de sujets très variés, après publication des statuts, des procès-verbaux de la première assemblée générale du 30 avril 1938 et de celle du 18 mai 1939. » Les sujets traités comprenaient  « Les Débuts religieux de l’Isle de France » par Monseigneur Joseph Mamet, à qui la SHIM doit également de nombreuses notices biographiques; des notes biographiques de René Lincoln sur le Baron Grant, « notre premier historien »;  une bibliographie critique des ouvrages sur l’histoire de Maurice proposée par Auguste Toussaint; ensuite Alfred North Coombes avec « The first hundred years of the Mauritian sugar industry »; l’Essai sur l’île de France, où l’auteur étudie le gouvernement de l’île depuis la rétrocession de l’île par la Compagnie des Indes jusqu’à l’époque de la Révolution; trois lettres inédites du général John Abercromby conservées jusque-là à la bibliothèque de l’Institut Carnegie… l’étude passionnante de Stanislas Pelte qui fait autorité : « Le cerf et sa chasse ». Michèle Malivel a relevé qu’au total, « 7 bulletins ont été édités couvrant chacun plusieurs année. »
DBM: « Véritable « Who’s who » de l’histoire mauricienne
Comment évoquer les trois quarts de siècle de la SHIM sans faire mention, last but not least, du Dictionnaire de Biographie Mauricienne? « Mais, revenons à notre cher Dictionnaire de Biographie Mauricienne. Il approche à ce jour les 3 000 pages ! », s’enorgueillit Michèle Malivel. « Les personnages ayant illustré toutes les périodes de notre île y sont décrits : ceux de la période hollandaise d’abord, puis  de la période française, suivie par l’anglaise pour maintenant retracer la vie de personnages presque exclusivement mauriciens. Leurs personnalités ont été décrites au gré de la plume des uns et des autres car les colonnes du dictionnaire sont ouvertes à tous et toutes les communautés y ont leur place. Pour la petite histoire, la notice de Fernand Leclézio est l’oeuvre de Tiberman Sajiwan Ramyead et celle de Raoul Raffray revient à Adi Teelock, celle de Kissoonsingh Hazareesingh à Huguette Ly-Tio-Fane Pineo ! Les plus grands contributeurs après Auguste Toussaint ont été P.J. Barnwell,  Edward Duyker, Noel Regnard, Raymond d’Unienville. »
On allait oublier les fameuses promenades-causeries! Michèle Malivel rappelle, après un relevé minutieux et dans un style qui se donne un soupçon de romantisme, que « 79 visites promenades vous ont conduits dans des lieux magiques qui n’étaient pas toujours accessibles et à l’ombre des arbres, sur des nappes immaculées, ont jailli à côté des fragiles tasses à thé, boissons glacées gâteaux et sandwiches tentateurs. » Et de révéler l’identité de quelques-uns des dizaines de conférenciers qui se sont succédé depuis 1958, soit au cours de ces 55 dernières années. « C’est Raymond d’Unienville qui nous offrit la première causerie, La Baie du Jacotet, en décembre 1958 ! Par la suite, Philippe Lenoir évoquera Paul-Jean Toulet ; Guy Rouillard nous initiera à l’industrie sucrière, nous racontant Beau-Plan, Savannah. Pereybère, la Bourdonnais, tandis que Philippe la Hausse de la Louvière nous entraînera vers l’île de la Passe, Alain Mathiew pointera l’échec des espions mauriciens à la Réunion en 1942, France Staub racontera la disparition de La Pérouse ou encore les Trois grandes dames du Grand Port, José Poncini fera revivre l’aviateur mauricien Jean Hily, tandis que Monseigneur Nagapen nous faisait suivre le Transit de Vénus et Marie-France Chelin Goblet fera le survol historique de Phoenix… Je ne peux vous les citer tous, mais vous avez là un exemple de l’éclectisme de nos conférenciers. »