Chers frères et sœurs de Rodrigues,

Le jeudi 7 novembre auront lieu les élections générales au sein de la République de Maurice.

Le dictionnaire nous dit que la politique est « l’art et la pratique du gouvernement des sociétés humaines. » La politique est donc d’une grande importance pour « le vivre-ensemble » en société. Il nous faut remercier et encourager les hommes et les femmes qui se mettent au service de la société par leur engagement politique.

Les élections générales sont un moment important dans la vie démocratique de notre République. Par notre vote, nous allons donc élire des députés qui vont siéger au Parlement. Quelles y seront leurs responsabilités ? Ils auront, entre autres, comme devoir de :

– Voter la confiance à un gouvernement qui dirigera la République durant les cinq prochaines années. Un gouvernement qui aura pour mission de promouvoir l’harmonie sociale entre citoyens et de veiller aux intérêts de la République au plan international. Je pense ici tout spécialement au peuple chagossien.

– Ils auront à voter chaque année le budget proposé par le gouvernement et donc concernant les dépenses de l’argent public. Il est important de se rappeler que le gouvernent est le gérant de l’argent de l’État, donc des citoyens, durant le temps d’une législature. Les députés, par leur vote, ont ainsi un rôle important à jouer par rapport aux priorités à mettre en œuvre pour le développement de la société.

– Les députés votent des lois en fonction de nouveaux besoins et des nouvelles aspirations et ainsi améliorer notre vie en société.

– Les députés de l’opposition ont de leur côté un rôle fondamental à jouer dans la mesure où ils exercent un rôle de vigilance et cela est essentiel pour le bon fonctionnement de la démocratie.

Pour toutes ces raisons, et bien d’autres, nous découvrons l’importance des élections pour l’avenir de chacun d’entre nous et de nos familles, mais aussi pour l’avenir de la société dans son ensemble. Chaque citoyen âgé de 18 ans et plus a le « droit », mais aussi le « devoir » de voter.

En parlant de droit et de devoir, je pense spécialement à ces 79 Rodriguais qui, en 1915, ont adressé une pétition au roi Georges V d’Angleterre pour que l’Île soit représentée au Conseil législatif en tant que district électoral. « Nou bann gran dimounn » ont lutté pour obtenir ce droit de vote, le droit de participer au développement de leur île. Pensons également à toutes ces personnes qui, aujourd’hui encore dans de nombreux pays, au risque de leur vie, luttent pour le droit de vote au sein d’une vraie démocratie. Pour toutes ces raisons, nous « pa kapav fer zanfan gate » et ne pas accomplir notre devoir civique.

Bien évidemment, chacun est invité à voter selon sa conscience, c’est-à-dire librement, sans aucune contrainte, et d’après son opinion. Il est important de s’informer, d’analyser les différents programmes politiques afin de nous faire un jugement et ainsi voter, en conscience, pour ceux qui nous pensons pourront mieux assurer un développement soutenable de la République dans le domaine de l’économie, de l’éducation, de l’écologie, de la justice sociale, de la culture etc…

Voter d’après sa conscience. C’est une faute morale grave de vendre sa liberté de vote, donc sa conscience, et davantage encore d’acheter la conscience d’une personne, spécialement les plus vulnérables, d’une manière ou d’une autre. C’est vraiment dégradant et révoltant qui enn dimounn oze krwar ki ou konsians, setadir ou dinite – ou fierte ou lumanite e a vann !

La politik li bien importan mais li pa kapav osi vinn nou bondie ! Jésus nous met en garde en nous disant « qu’il faut rendre à César ce qui est à César et Dieu c’est qui est à Dieu. » Pas de mélange donc, de confusion, entre politique et religion. Pas de divorce non plus ! L’Évangile ne nous donne aucune consigne de vote. Le Seigneur nous considère comme des adultes et Il respecte profondément notre liberté de choix. Par ailleurs, saine tension, l’Évangile et la tradition de l’Église nous donnent des repères clairs : promotion du bien commun avant les intérêts personnels, se faire le prochain des personnes blessées par la vie, une justice égale pour tous, développer une mentalité de partage et non de prédateur etc.… Autant de repères qui doivent nous éclairer dans nos choix politiques.

Frères et sœurs de Rodrigues, faisons notre devoir civique dans le respect de ceux qui pensent différemment de nous. N’oublions surtout pas qu’après le 7 novembre, nous sommes tous appelés à vivre ensemble sur notre Île Rodrigues.