Peter Scotney et Benn Gunn ont attendu vainement le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, le vendredi 3 juin dernier dans les locaux du Prime Minister’s Office (PMO). Pour cause, les deux Britanniques — venus à Maurice comme consultants pour le bureau du Premier ministre dans le cadre d’un grand ménage dans le monde hippique et pour voir comment appliquer les recommandations de la commission d’enquête — avaient sous le bras leur rapport, fruit de plus de six mois de travail et qu’ils devaient remettre en main propre au PM. Ils ont finalement été contraints de le remettre à Dev Bheekary et Raouf Gulbul, respectivement conseiller du PMO et nominé politique de la GRA. Ce que d’aucuns considèrent comme un réel manque d’égard vis-à-vis des deux Britanniques dont le travail visait également à redonner un nouveau souffle à une industrie moribonde.
« Il était question au départ que c’était au Premier ministre qu’on allait remettre le rapport. Du reste, Peter et moi avons écrit une lettre personnelle au Premier ministre et nous voulons aussi lui expliquer certains points du rapport. Mais on nous a fait comprendre par la suite que le PM was busy with the cabinet, but we also know that the Cabinet does not go all day », dira avec un brin d’humour Ben Gunn que Week-End a joint au téléphone hier matin, alors qu’il regardait le test-match de rugby entre l’Angleterre et l’Australie.
C’est finalement entre les mains d’un simple conseiller du Premier ministre et membre du board de la GRA (Gambling Regulatory Authority), Dev Beekharry, et celles de Raouf Gulbul, président de cette même GRA, que les deux Anglais ont avec une pointe de déception remis ce rapport qui ne devrait pas être tendre avec l’instance régulatrice du jeu à Maurice, la GRA.
Chacun se demande ce qu’il adviendra de ce rapport puisqu’il n’a pas été réceptionné de façon officielle par l’État mauricien mais par deux non-élus du peuple. Ce qui donne un avant-goût du sérieux avec lequel le gouvernement veut vraiment apporter au revamping du monde hippique tel que proposé par les Britanniques.
Après la disparition suspecte du rapport intérimaire sur la commission d’enquête qui mettait en cause des proches du pouvoir, il y a une légitime appréhension quant à la suite qui serait donnée à ce nouveau rapport qui rappellerait les faiblesses et l’incompétence de la GRA et la Police des Jeux.
Nullement surpris, ni interloqué par notre appel, Ben Gunn a été fidèle à sa marque d’indépendance et son franc-parler. Il a confié, sans langue de bois, n’avoir eu d’autre choix que de remettre le rapport au duo Beekharry-Gulbul presque 24 heures avant son départ de Maurice.
Il a confié à Week-End que sur les 10 points sur lesquels son collègue et lui avaient eu à travailler, ils ont fait des recommandations sur six points. « Pour les quatre autres points, la solution relève de la législation, dans le sens où il faut amender des lois telles que la GRA Act pour établir le fonctionnement futur de la GRA et de la Police des Jeux dans la configuration d’une Turf Authority », explique encore Ben Gunn.
Ce spécialiste de l’intégrité dans le sport nous a confié que son rapport comprend aussi un draft de ce qui pourrait être The Mauritius Horseracing Authority Bill. « Of course we drafted the piece of law and it has been annexed with the report which is in two parts. The first part contained all our findings and recommendations and the second part concerned all the other things that need to be changed in the implementation of all the recommendations », a déclaré Ben Gunn.
Ce dernier estime que son collègue Peter Stoney et lui-même ont accompli la mission que le gouvernement mauricien leur avait confiée depuis décembre 2015. Dans la foulée, il estime raisonnable et du devoir des autorités de rendre public ce rapport de 40 pages qui ferait la part belle au caractère intrinsèque du betting à Maurice.
Le public et les stakeholders du monde hippique doivent savoir qu’elle est la philosophie derrière la nouvelle industrie hippique. « The second part of the report is more confidential and contains some materials that will not be good to put in public », renchérit notre interlocuteur.