Le ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo, et son collègue des Services financiers et de la Bonne gouvernance, Roshi Bhadain, sont confiants que la mission qu’ils entameront la semaine prochaine en Inde permettra de conclure les négociations avec New Delhi sur le traité de non-double imposition. Ils l’ont fait savoir hier après-midi, lors d’une conférence de presse à quelques heures du déplacement d’une délégation pour Dubaï dirigée par le Grand Argentier.
Parlant d’abord de sa mission à Dubaï, où il sera accompagné, entre autres, du Secrétaire financier Dev Manraj et de hauts officiels de l’administration portuaire, Vishnu Lutchmeenaraidoo a déclaré que les discussions porteront essentiellement sur le « vaste projet » de développement des infrastructures portuaires à Port-Louis. Ce projet va, selon le ministre des Finances, nécessiter des investissements colossaux évalués en centaine de milliards de roupies. Il s’étendra de Grande-Rivière-Nord-Ouest à Baie-du-Tombeau en passant par Les Salines/Bain-des-Dames, où il était question à un certain moment de la mise en chantier d’un méga-projet appelé Neotown.
Vishnu Lutchmeenaraidoo a annoncé que la délégation mauricienne aura des discussions avec les autorités portuaires de Dubaï sur les réalisations du port franc. Maurice, a-t-il poursuivi, veut apprendre de l’expérience de Dubaï en la matière. Cependant, Vishnu Lutchmeenaraidoo a indiqué que la délégation mauricienne ne prendra aucune décision sur les éventuels projets ou partenariats qui pourraient être élaborés. Il appartiendra au gouvernement de se prononcer sur la question sur la base d’un rapport de mission. La délégation mauricienne aura, en outre, des pourparlers avec les dirigeants du puissant groupe pétrolier Horizon qui, a-t-on précisé, a déjà soumis une demande pour opérer dans le “petroleum hub” de Maurice.
De Dubaï, la mission se rendra à New Delhi, où elle sera rejointe par le ministre des Services financiers et de la Bonne Gouvernance, Roshi Bhadain, l’Attorney General Ravi Yerrigadoo, et des opérateurs économiques. L’objectif premier de la délégation ministérielle sera de conclure avec le gouvernement indien les négociations sur le traité de non-double imposition. « Il est évident que nous ne pouvons plus continuer à évoluer dans le flou. Le Premier ministre indien Narendra Modi a déclaré lors de sa récente visite officielle chez nous que l’Inde ne fera rien qui pourrait nuire aux intérêts de Maurice. Je lui remettrais une lettre personnelle de notre Premier ministre, sir Anerood Jugnauth. Nous allons lui demander de nous soutenir lors de cette mission afin que nous puissions conclure les discussions concernant le traité de non-double imposition. Je n’ai pas de doute que le chef du gouvernement de l’Inde mettra tout son poids pour que les négociations aboutissent », a déclaré Vishnu Lutchmeenaraidoo. Il s’est dit confiant que la mission ministérielle saura convaincre la partie indienne que « Mauritius means business » et que le pays est pour la transparence la plus totale concernant les activités dans le secteur du Global Business. « Maurice n’est nullement un paradis fiscal. Notre centre financier n’encourage pas des transactions avec de l’argent sale », a-t-il avancé.
PME : « joint-venture » envisagée
L’autre volet de la mission de la délégation ministérielle en Inde sera de relancer les discussions bilatérales sur des projets de grande envergure économique, notamment ceux concernant la promotion des investissements indiens vers l’Afrique en utilisant Maurice comme tête de pont. Vishnu Lutchmeenaraidoo a fait état de discussions qui seront engagées avec une banque indienne spécialisée dans le financement des PME en vue d’une possible “joint-venture” avec la nouvelle banque des PME que le gouvernement mauricien souhaite créer. Le ministre Roshi Bhadain compte se rendre à Mumbai pour des discussions avec les dirigeants de la Bourse NSE sur les possibilités d’une alliance stratégique avec la Bourse de Maurice. Roshi Bhadain a fait savoir qu’une démarche en ce sens a été faite récemment auprès de la Johannesburg Stock Exchange, avec laquelle un protocole de coopération (Memorandum of Understanding) a été signé. « La stratégie consiste à renforcer l’image de Maurice en tant que porte d’entrée sur l’Afrique », a déclaré Roshi Bhadain.
Évoquant spécifiquement les négociations autour du traité de non-double imposition Inde-Maurice et l’approche privilégiée par la délégation mauricienne, le ministre des Services financiers a fait remarquer que, contrairement à ce qui a été fait en Afrique du Sud lors des négociations sur le traité bilatéral, sa mission avec Vishnu Luchmeenaraidoo et l’Attorney General consiste à rencontrer d’abord les membres du gouvernement de la Grande Péninsule afin « de trouver une solution politique » au problème avant d’engager des discussions au niveau des techniciens. Roshi Bhadain a expliqué que les acteurs du secteur du Global Business ont été « taken on board » en prévision de ce nouveau round de négociations avec New Delhi. « Les opérateurs économiques sont au courant des propositions indiennes et mauriciennes. Ils savent ce que nous y allons proposer. Nous avons d’ailleurs déjà harmonisé notre position », a précisé Roshi Bhadain.
Le ministre des Services financiers a dit que le gouvernement mauricien comprend parfaitement la position de l’Inde sur la question. « L’Inde veut qu’il y ait plus d’activités de substance et de transparence dans le secteur. Le gouvernement mauricien veut que ce soit ainsi. Pour ce qui est de la substance, il y a des problèmes à régler dont ceux relatifs aux opérations de “round tripping” », a confié Roshi Bhadain. Ce dernier a fait ressortir que les autorités mauriciennes encouragent des opérations de front-office telles la gestion d’actifs, de fonds d’investissement, de patrimoines. Si Maurice veut emboîter le pas de Singapour en Asie et du Luxembourg en Europe, les activités de substance doivent être intensifiées et promues.
Sur la question du blanchiment d’argent, Roshi Bhadain a annoncé que des structures ont été mises en place et des méthodologies ont été adoptées pour ce qui est de la surveillance par les autorités régulatrices. Selon le ministre, l’exercice de « nettoyage » que le gouvernement mauricien est en train d’effectuer à différents niveaux (affaire Betamax, BAI, Neotown, Dufry, entre autres) va servir de référence lors des discussions avec la partie indienne. Il s’est toutefois gardé de donner des indications sur la stratégie que compte adopter ainsi que les propositions que se propose de faire la délégation mauricienne lors des séances de travail portant sur le traité de non-double imposition. Toutefois, il s’est dit « très confiant » qu’un accord sera trouvé avec les autorités indiennes.