Le jazzman mauricien Lindsay Charnier et ses musiciens ont décidé de donner un deuxième concert de levée de fonds ce vendredi 16 août en faveur des habitants de Résidence Bethléem, cette ancienne cité EDC de Rose-Belle. Vendredi soir au Théâtre Serge Constantin, les jazzmen vont ainsi célébrer trois figures internationales majeures du jazz et de la chanson pour aider ces familles. Tribute to Al Jarreau, Stevie Wonder et Georges Benson, rendez-vous à 20 h.
Une cinquantaine de familles de Résidence Bethléem vivent encore dans des constructions dont les murs contiennent de l’amiante. Habiter une maison saine est le premier objectif qu’elles se sont fixé avec le soutien de l’association qu’anime le travailleur social et artiste Alain Auriant dans ce quartier. Originaire de Chemin-Grenier, le chanteur Lindsay Charnier était pour ainsi dire un voisin de Rose-Belle dans son enfance. Aussi s’est-il emparé sans hésiter de cette idée lancée par Alain Auriant d’offrir un concert au public mauricien au bénéfice des habitants d’un quartier particulièrement démuni de ce village. Ce projet a germé en début d’année et le Club Med, pour lequel ce chanteur d’origine mauricienne tourne depuis plus de vingt ans, a accepté d’héberger les sept musiciens qui se prêtent à cette initiative. Ainsi les artistes présentent-ils le dernier concert qu’ils ont créé, Tribute to Al Jarreau, Stevie Wonder et Georges Benson, pour la première fois à Maurice, et surtout, vendredi soir, ils renouvellent leur prestation pour le public mauricien, après le spectacle très concluant qu’ils ont donné le 4 août dernier dans la salle de Vacoas. L’idée : donner un vrai nouveau souffle aux soutiens dont les familles de Résidence Bethléem ont besoin.
Évoluant avec succès sur les scènes de jazz  en Europe, Lindsay Charnier vit ce retour au pays natal avec beaucoup d’émotion. Il s’est rendu au centre qu’anime Alain Auriant dans ce quartier de Rose-Belle : « J’ai été bouleversé par l’atmosphère de ce quartier et l’association d’Alain y est très active. La vie d’artiste happe tout notre temps. Alors pour une fois que je peux aider mon pays, j’aimerais vraiment rameuter toutes les bonnes volontés pour que les familles que nous avons rencontrées puissent retrouver un habitat digne de ce nom. J’ai été profondément bouleversé quand je suis rentré dans une des maisons dans lesquelles ces familles vivent actuellement. Elles sont extrêmement vétustes, les murs et le toit génèrent beaucoup de poussière et honnêtement, je me suis senti incapable d’en visiter une seconde par respect pour leurs habitants, parce que j’étais ému de constater qu’on vit encore dans ces conditions à Maurice. Pour ces familles, il est urgent de faire le nécessaire pour mettre ces murs à terre et leur proposer un nouvel habitat. »
La présence de l’amiante complique la démarche et nécessitera l’intervention d’une société spécialisée pour que les poussières d’amiante qu’une telle destruction pourrait engendrer ne viennent pas encore davantage porter atteinte à la santé publique. Il est scientifiquement connu et avéré depuis longtemps que respirer la poussière d’amiante est hautement nocif pour la santé. Or sur environ 125 maisons de la résidence Bethléem, une cinquantaine restent à base d’amiante. Dans le passé, le Trust Fund for Vulnerable Groups ainsi que plus tard la National Empowerment Foundation ont permis par exemple de construire 31 maisons à fin 2010.
Présence quotidienne dans la durée
« Actuellement notre association, explique Alain Auriant, travaille particulièrement sur le financement des nouvelles maisons qui doivent être reconstruites à l’avenir. Leur destruction dans le respect des normes sanitaires ne relève pas directement de notre responsabilité mais nous suivons bien sûr le dossier. » Ce projet est une partie du travail qu’effectue cette organisation dans cette partie de Rose-Belle depuis plusieurs années. « Passant de cité EDC à Résidence Bethléem, le nom du quartier a changé pour enlever les stigmates d’un lieu réputé pauvre mais malgré cela pour beaucoup de familles, les problèmes de subsistance restent entiers. Aujourd’hui, les anciens ouvriers de l’usine de Rose-Belle ont épuisé les compensations qu’ils ont reçues dans le cadre de la centralisation de l’activité sucrière, sans vraiment pouvoir se reconvertir de manière stable dans d’autres métiers. » Au cours de cet entretien téléphonique avec Alain Auriant, nous entendons les cris des enfants qui jouent dans la cour du centre. C’est que ces forces vives proposent également des occupations récréatives pendant les vacances aux enfants ainsi que des activités de rattrapage scolaire en collaboration avec la Parents and Teachers Association depuis 2009, quand on a constaté que le niveau scolaire dans la cité avait accusé une baisse sensible. « Pour vraiment aider ce quartier à se développer, il est fondamental que nous assumions une présence quotidienne inscrite dans la durée auprès de ces jeunes. Aussi, nous constatons que des actions doivent être développées en faveur des personnes âgées, car en situation de pauvreté, les seniors sont au moins aussi vulnérables que les enfants. Ils sont souvent livrés à eux-mêmes si on ne les aide pas. Or grâce aux bénévoles et par la solidarité, on peut leur apporter de la joie de vivre ! »
Alain Auriant, qui avait produit le disque Par amour pour soutenir ce combat pour la justice sociale, a grandi à Rose Belle. Il a probablement lui aussi respiré de l’amiante. Et il entend bien continuer à se donner tous les moyens pour aider ce quartier et même favoriser la démultiplication ailleurs des initiatives qui aident concrètement, patiemment, au quotidien, à éradiquer la pauvreté.