Le rapport de la Quality Assurance and Inspection Division (QAID) du ministère de l’Education sur l’édition 2015 de la National Assessment Form III, rendu public depuis quelques jours, est largement commenté dans les staff rooms en raison des résultats peu brillants dans l’ensemble. La moyenne du taux de réussite global pour les sept matières concernées est de 56%, contre 57% en 2013. Les faiblesses criantes des élèves dans chacune des sept matières (voir en encadré) relevées par la QAID sont les mêmes que celles figurant dans le rapport des examens de 2013. D’où la colère des profs des collèges d’Etat envers les autorités concernées. « Après avoir produit son premier rapport, la Quality Assurance s’est rendormie tandis que les responsables du ministère se concentrent uniquement sur le “Nine-Year Schooling” depuis un an et oublient tout le reste », tonnent des profs. Soulignons que la QA n’a jamais publié le rapport des examens 2014…
Cette Form III National Assessment, présenté comme un outil pédagogique pour mesurer le progrès réalisé par les élèves au lower Secondary (Forms I à III), est obligatoire pour les collèges d’Etat et tous les collèges privés subventionnés depuis 2013. Les matières sont incluses graduellement dans cette évaluation nationale et, pour les épreuves de novembre 2015, il y en avait sept au total, soit l’anglais, le français, les mathématiques, la chimie, la biologie, la physique et Computer Studies. Jusqu’ici, il y a eu trois éditions de cet examen national, mais ni les recteurs ni les profs n’ont obtenu d’indication de la performance des élèves aux épreuves de 2014.
S’agissant des examens de l’an dernier, dans les milieux du ministère de l’Education, certaines personnes ne le cachent pas : c’est la bonne performance des National Colleges et celle d’un petit groupe de collèges régionaux d’Etat et privés, soit les plus côtés dans la population, qui ont donné un peu de couleur au taux de réussites dans les différentes matières. « En dehors de ces collèges, les résultats des autres établissements régionaux sont catastrophiques », disent nos interlocuteurs. Selon nos renseignements, plusieurs collèges régionaux, ceux ayant admis des “low achievers” à l’entrée en Form I, ont été déconcertés par les résultats de leurs élèves dans les différentes matières. Dans un collège du Nord, dans une classe de 40 élèves, il n’y en a pas plus de six ayant obtenu au moins 20 points dans un questionnaire comptant pour 50 points. Dans un collège d’Etat de la capitale, un élève a obtenu… 3 points seulement sur 100 en mathématiques.
Devant ce dernier rapport peu reluisant sur la performance académique des élèves au bout de la Form III émanant de la Quality Assurance and Inspection Division, des profs et des recteurs pointent du doigt ce département ainsi que le ministère de tutelle. « Il n’y a eu aucune démarche de la Quality Assurance Division pour améliorer la qualité de l’enseignement et de l’apprentissage depuis son premier constat très sombre après les examens de 2013 », affirme Ally Yearoo, président de l’Education Officers Union, syndicat des enseignants des collèges d’Etat. « D’ailleurs, les officiers de ce département se contentent, dans les deux rapports, de faire part uniquement de leurs observations sur les faiblesses des élèves et ne font aucune recommandation pour rehausser le niveau. Ils ne proposent aucune solution pour régler les problèmes qu’ils découvrent. Est-ce que le ministère va attendre la mise en pratique du “Nine-Year Schooling” pour prendre des mesures afin d’améliorer ces résultats de Form III ? » demande avec une pointe d’agacement le syndicaliste.
Les enseignants et les chefs d’établissements soulèvent d’autres questions, nullement négligeables, et qui, de leurs points de vue, bloquent l’amélioration de la qualité de l’enseignement. Nos interlocuteurs citent à titre d’exemples l’absence d’une stratégie d’encadrement pour les profs à différentes étapes de leur carrière en raison des changements dans le curriculum ainsi que le manque d’uniformité et « la mauvaise qualité » de certains manuels choisis par les écoles. « N’importe qui aujourd’hui peut produire des manuels. Et ces livres sont remplis de fautes. Tous les manuels sont calqués sur les épreuves de fin d’années et il n’y a aucune approche méthodique permettant aux élèves d’apprendre par eux-mêmes », déplore un enseignant de français. Un enseignant de chimie affirme pour sa part que les manuels de sciences « ne sont pas appropriés » pour l’apprentissage des trois matières figurant aux examens nationaux de Form III.
Des profs de Computer Studies, eux, évoquent un grave manque d’équipements dans plusieurs collèges d’Etat. « Comment voulez-vous qu’une classe de Computer Studies se déroule à la satisfaction tant des élèves que du prof lorsqu’il n’y a seulement que 20 ordinateurs pour une classe de 40 élèves ? Sans compter que certaines de ces machines sont en panne… » témoigne avec mécontentement un enseignant concerné.
Pour les prochains examens de Form III, les élèves prendront part cette fois à un total de neuf matières avec l’inclusion d’Arts & Design et de Entrepreneurship à cette liste d’examinable subjects. Mais les profs pour l’Entrepreneurship affirment n’avoir reçu jusqu’ici aucune formation spécifique pour l’enseignement de cette matière. « Le ministère a confié l’enseignement de cette matière aux profs de Business Studies. Ils ne se basent seulement que sur le manuel qu’ils ont reçu pour assurer l’enseignement », dit un prof de collège d’Etat.