C’est l’un des derniers grands hommes de ce monde. Symbole d’espoir et de détermination pour un monde qui perd ses repères, Nelson Mandela fêtera ses 95 ans le jeudi 18 juillet. Le 12 juillet 1963, il y a cinquante ans, il avait été arrêté par la police sud-africaine et condamné aux travaux forcés à perpétuité site au procès de Rivonia.
Après avoir parcouru un long chemin, le long d’un sentier sinueux, Nelson Mandela est arrivé au bout de son trajet et se prépare à partir. Mais il nous lègue à tous un héritage précieux, dont ses paroles de sage, comme ceux prononcés lors de son investiture à Pretoria, le 10 mai 1994. Scope vous propose ici une traduction de ce discours, qui met en exergue toute la grandeur de cet homme.
Par notre présence ici aujourd’hui, et par nos célébrations dans d’autres régions du pays et du monde, nous glorifions cette liberté qui vient de naître et nous mettons en elle tous nos espoirs. D’un dramatique désastre humain qui a duré trop longtemps doit naître une société qui sera la fierté de l’humanité. Nos actes quotidiens d’Africains du Sud doivent construire une véritable réalité sud-africaine qui fortifiera la foi de l’humanité en la justice, qui affermira sa confiance en la noblesse de l’âme humaine et qui nourrira tous nos espoirs pour que notre vie à tous soit une vie épanouie. Tout ceci, nous le devons à la fois à nous-mêmes et aux peuples du monde entier qui sont si bien représentés ici, aujourd’hui.
À mes compatriotes, je dis sans hésiter que chacun d’entre nous est aussi intimement enraciné dans le sol de ce pays magnifique que le sont les fameux jacarandas de Pretoria et les mimosas de la brousse. Chaque fois que l’un de nous touche le sol de ce pays, il ressent un profond sentiment de bonheur et d’exaltation. L’humeur nationale change avec les saisons. Nous sommes transportés de joie et d’enthousiasme quand l’herbe reverdit et que les fleurs s’ouvrent. Cette sensation spirituelle et physique de ne faire qu’un avec notre patrie commune explique l’intensité de la souffrance que nous avons tous portée dans nos coeurs lorsque nous avons vu notre pays déchiré par un conflit terrible et lorsque nous l’avons vu rejeté, boycotté et isolé par les peuples du monde entier, précisément parce qu’il était devenu le symbole d’une idéologie pernicieuse, du racisme et de l’oppression raciale.
Nous, peuple d’Afrique du Sud, sommes aujourd’hui comblés de voir que l’humanité nous accueillit à nouveau dans son sein, et que nous, les hors-la-loi d’hier, avons aujourd’hui le rare privilège d’accueillir sur notre sol toutes les nations du monde.
Nous remercions nos distingués invités internationaux d’être venus prendre possession, avec notre peuple, de ce qui est, après tout, une victoire commune en matière de justice, de paix et de dignité humaine.
Nous espérons que vous continuerez à vous tenir à nos côtés quand nous relèverons le défi de bâtir la paix, la prospérité, la démocratie, et d’oeuvrer contre le racisme et contre le sexisme.
Nous apprécions infiniment le rôle joué par notre peuple et leurs masses politiques, les leaders démocratiques, religieux, les femmes, les jeunes, les entreprises, les leaders traditionnels et autres leaders, afin d’arriver à ce résultat. Parmi ceux-ci, et non le moindre, se trouve mon Deuxième Président Adjoint, F.W. de Klerk.
Nous aimerions également saluer nos forces de sécurité, quel que soit leur rang, pour le rôle insigne qu’elles ont joué dans la protection de nos premières élections démocratiques et dans la transition vers la démocratie contre les forces assoiffées de sang qui refusent toujours de voir la lumière.
Le temps de soigner les blessures est arrivé.
Le temps de combler les fossés qui nous séparent est arrivé.
Le temps de construire est arrivé.
Nous sommes enfin arrivés au terme de notre émancipation politique. Nous nous engageons à libérer notre peuple de l’asservissement dû à la pauvreté, à la privation, à la souffrance, au sexisme et à toute autre discrimination.
Nous avons réussi à passer les dernières étapes vers la liberté dans des conditions de paix relative. Nous nous engageons à construire une paix complète, juste et durable.
Nous avons réussi à implanter l’espoir dans le coeur de millions de personnes de notre peuple. Nous nous engageons à bâtir une société dans laquelle tous les Africains du Sud, qu’ils soient blancs ou noirs, pourront se tenir debout et marcher sans crainte, sûrs de leur droit inaliénable à la dignité humaine – une nation arc-en-ciel, en paix avec elle-même et avec le monde.
Comme preuve de son engagement dans le renouveau de notre pays, le nouveau gouvernement par intérim de l’Unité Nationale prend la décision, en tant que question urgente, d’amnistier les différentes catégories de compatriotes accomplissant actuellement leur peine d’emprisonnement.
Nous dédions ce jour à tous les héros et héroïnes de ce pays et du reste du monde qui se sont sacrifiés ou ont donné leur vie pour que nous puissions être libres.
Leurs rêves sont devenus réalité. La liberté est leur récompense.
Nous nous sentons à la fois humbles et fiers de l’honneur et du privilège que le peuple d’Afrique du Sud nous fait en nous nommant premier Président d’un gouvernement d’union démocratique, non-raciste et non-sexiste.
Nous sommes conscients que la route vers la liberté n’est pas facile.
Nous sommes conscients qu’aucun de nous ne peut réussir seul.
Nous devons donc agir ensemble, comme un peuple uni, vers une réconciliation nationale, vers la construction d’une nation, vers la naissance d’un nouveau monde.
Que la justice soit la même pour tous.
Que la paix existe pour tous.
Qu’il y ait du travail, du pain, de l’eau et du sel pour tous.
Que chacun d’entre nous sache que son corps, son esprit et son âme ont été libérés afin qu’ils puissent s’épanouir.
Que jamais, jamais plus ce pays magnifique ne revive l’expérience de l’oppression des uns par les autres, ni ne souffre à nouveau l’indignité d’être le paria du monde.
Que la liberté règne !
Que le soleil ne se couche jamais sur une réalisation humaine aussi éclatante !
Que Dieu bénisse l’Afrique !