Paul Bérenger, leader de l’opposition et du MMM, rend le gouvernement responsable du « fiasco monstre » que représente, selon lui, le rapport du Pay Research Bureau (PRB) rendu public cette semaine. À sa conférence de presse hebdomadaire hier matin, il a rappelé, à ce propos, qu’avant d’être rendu public, ce rapport a été approuvé par le conseil des ministres. Aussi, pour M. Bérenger, il serait « trop facile » pour le gouvernement de se défiler maintenant en choisissant, par exemple, de renvoyer le directeur du PRB, Mohun Aujaheb.
Le leader de l’opposition souligne que le pays tout entier a pris note de la « grande colère » des petits et moyens fonctionnaires après la publication, cette semaine, du nouveau rapport du PRB. Il cite particulièrement les enseignants, les infirmiers et les policiers. « L’écart entre ceux au bas de l’échelle et ceux tout en haut s’est creusé davantage et le rapport a été condamné à l’unanimité par les syndicats », constate Paul Bérenger.
Toutefois, même si, dit-il, le directeur du PRB a « add insult to injury » en affirmant qu’il n’était pas là « pour faire plaisir », le leader de l’opposition trouve qu’il ne faut pas faire de lui « un bouc émissaire ». En tant qu’ancien Premier ministre, M. Bérenger explique que si le PRB est « supposément » une institution indépendante, ce service est appelé, dans le cadre de son travail, à avoir des consultations « intenses » avec le gouvernement et, plus particulièrement, avec le ministère des Finances. Il rappelle de même que le rapport du PRB est approuvé par le gouvernement avant d’être rendu public.
Aussi, pour lui, après la levée de boucliers syndicale, il serait « trop facile » pour le gouvernement de se défiler rien qu’en choisissant de renvoyer M. Aujaheb. « C’est le gouvernement qui est responsable du fiasco monstre que représente ce rapport du PRB », estime Paul Bérenger à cet effet. Après la publication de ce nouveau rapport salarial pour les fonctionnaires, Paul Bérenger constate par ailleurs que, parallèlement, un sentiment d’injustice gagne les salariés du privé. Aussi juge-t-il souhaitable que les employeurs prennent note de ce sentiment et agissent en conséquence.
Alors que, déclare le leader de l’opposition, la colère gronde, le gouverneur de la Banque de Maurice (BoM), Rhundeersing Bheenick, « continue d’évoquer une hausse des prix du diesel et de l’essence ». Il met en garde, dans ce contexte, le gouvernement contre toute hausse des produits pétroliers. D’autant que, déclare Paul Bérenger, il vient d’être révélé que l’Etat impose un prélèvement sur les prix de l’essence et du diesel qui est versé au MID Fund. Somme qui, dit-il, retourne dans les caisses de l’Etat en l’absence de projets MID à être financés.
Sur le plan économique, le leader de l’opposition constate par ailleurs que la situation continue de se détériorer. Rappelant de nouveau que la Chambre de Commerce et d’Industrie prévoit désormais une croissance de seulement 3% en 2012 et une performance encore pire l’an prochain, il réitère que le prochain budget ne sera qu’un « coup d’épée dans l’eau ». « La confiance n’est plus là. Nul n’estime que le gouvernement pourra renverser la vapeur. « Le secteur privé, dans son ensemble, a write off le gouvernement », estime M. Bérenger. À telle point que, dit-il, la Mauritius Employers’ Federation et le Joint Economic Council prévoient une baisse de l’investissement privé de l’ordre de 3,3% cette année.
Alors que le ministre des Finances, Xavier Duval, estime « honorable » la dernière prévision de croissance de 3% pour Maurice en 2012, Paul Bérenger rappelle, de nouveau, que la Banque mondiale (BM) prévoit une croissance moyenne de 4,8% cette année pour l’ensemble de l’Afrique subsaharienne. Il révèle encore que le Fonds monétaire international chiffre, lui, à 5% la croissance moyenne pour cette sous-région africaine en 2012.
Trafic d’armes : « Mme Austin dénonce… « 
Le leader de l’opposition trouve particulièrement interessant le fait que, pour la BM, l’amélioration de la situation économique en Afrique s’explique par de meilleures politiques économiques. Aussi, pour M. Bérenger, avec une meilleure équipe au gouvernement qui appliquerait de meilleures politiques économiques, le taux de croissance du pays aurait bien pu atteindre, au moins, la moyenne pour la région de l’Afrique subsaharienne. Interrogé, le leader du MMM explique qu’il a en tête une nouvelle équipe ministérielle qui s’installerait à la tête du pays après de nouvelles élections générales. Mais, ajoute-t-il, il convient tout aussi de remettre de l’ordre dans les corps para-étatiques.
Paul Bérenger revient d’autre part sur la tentative alléguée d’utilisation de Maurice comme base d’opération pour un projet de trafic d’armes international. Il rappelle à ce propos qu’en réponse à sa dernière Private Notice Question du 27 juillet dernier avant les vacances parlementaires, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, avait donné la garantie que les autorités allaient solliciter le concours de l’experte américaine qui avait soulevé le lièvre,  Kathi Lynn Austin, pour qu’elle vienne témoigner tout en assurant sa sécurité.
Or, explique-t-il, sur les ondes de Radio One lundi dernier, Mme Austin est venue « dénoncer » le gouvernement en indiquant qu’elle attendait toujours l’invitation des autorités à témoigner, que le ministre des Affaires étrangères, Arvin Boolell, n’a pas répondu à son courrier et que ce n’est qu’un « junior officer » de l’Independent Commission against Corruption (ICAC) qui a, à ce jour, pris contact avec elle.
« L’experte américaine a mis en doute la volonté du gouvernement de Navin Ramgoolam de faire la lumière sur cette affaire de trafic d’armes », soutient le leader de l’opposition. Ce qui, pour lui, est « honteux ». Paul Bérenger appelle en conséquence le chef du gouvernement à tenir son engagement sur la question en invitant Mme Austin à venir témoigner dans les meilleurs délais tout en garantissant sa sécurité.
L’entrée en vigueur prochainement du permis à points fait aussi l’objet de commentaires de M. Bérenger. Ce dernier, qui rappelle que le projet de loi rendant effectif ce projet avait été adopté en l’absence de l’opposition, parle de « loi bancale » qui ne tient pas compte, selon lui, de la mauvaise signalisation routière et de l’état général de l’infrastructure routière. Il constate que la loi adoptée s’appliquera de la même manière tant aux chauffeurs occasionnels qu’aux chauffeurs professionnels.
Le leader de l’opposition cite notamment l’exemple de la France où, dit-il, la loi fait la distinction entre ceux qui ont la conduite pour métier et les autres chauffeurs. Il explique que dans le cas des chauffeurs professionnels, c’est un magistrat qui détermine au final la suspension du permis de conduire après avoir tenu en compte les circonstances atténuantes. Il appelle le ministre du Transport routier, Anil Bachoo, à « assumer ses responsabilités » en recevant les représentants des associations de chauffeurs professionnels qui lui ont adressé une correspondance pour soulever leurs doléances.
Toujours au sujet des infrastructures routières, le leader de l’opposition parle de « folie furieuse » l’aménagement d’un passage pour piétons sur l’autoroute à Roche-Bois sous prétexte que la passerelle est en réparation. Se référant à un article de presse, il explique que ce serait la Road Development Authority (RDA) qui aurait « imposé » ce passage pour piétons alors que les autorités policières s’y étaient opposées. Paul Bérenger, qui demande au ministre Bachoo de réagir, adresse au passage une pique à la RDA en soutenant que le jour où une enquête sera instituée sur ce service, « éna pou alle fermé ! »