Seize semaines après la mise à exécution du mandat de perquisition et la saisie de Rs 220 millions + Rs 4 millions, dont Rs 110 millions en devises étrangères, principalement des Never-Used Bank Notes de USD 100 dollars, en la résidence de River Walk de l’ancien Premier ministre Navin Ramgoolam, le Central CID prévoit de les transférer à la Banque de Maurice. Cette opération devrait se dérouler en cette fin de semaine sous forte escorte policière. En parallèle, toujours au chapitre des avoirs et comptes bancaires, l’Assets Recovery Unit de l’Office of the Director of Public Prosecutions compte passer à la vitesse supérieure dans le cadre de la Legal Mutual Assistance en vue d’accéder à des comptes numérotés sous des formes de Bearer Bonds opérés au nom de la société Glibro dans des banques situées au Luxembourg. Dans le cadre des procédures d’extradition logées en Italie contre Nandanee Soornack, la partenaire d’affaires de Navin Ramgoolam, Me Raj Boodhoo, l’homme de loi de celle-ci, basé à Londres, a fait le déplacement à Maurice ces jours-ci pour tenter d’arracher un arrangement de dernière heure contre une coopération de sa cliente dans les différentes enquêtes en cours au Central CID, que ce soit sur le volet des incidents au campement de Roches-Noires dans la nuit du 3 au 4 juillet 2011 ou dans l’affaire des commissions alléguées de l’ordre de Rs 100 millions versées par Dufry avec le contrat de gestion et d’approvisionnement des boutiques hors taxes au Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport et au Sir Gaëtan Duval Regional Airport de Rodrigues.
Des renseignements recueillis de sources bien informées indiquent que l’état-major du Central CID, mené par l’assistant commissaire de police Heman Jangi, a établi des contacts avec la Banque de Maurice en vue du transfert des Rs 224 millions saisies en la résidence de l’ancien Premier ministre lors de la perquisition dans la soirée du 6 février dernier. Les deux coffres-forts, qui avaient été transportés aux Casernes centrales à cette occasion, devaient également être remis à la Banque centrale.
Cette opération a nécessité d’importants déploiements d’éléments de la Special Supporting Unit pour le convoyage d’une aussi importante somme d’argent sous des conditions de sécurité renforcée. Mais au préalable, les représentants de la Banque centrale et du Central CID ont procédé à un décompte des coupures bancaires, soit de Rs 2 000 et de USD 100 dollars principalement. L’autorisation de l’Office of the Director of Public Prosecutions devait être sollicitée car ces fonds font l’objet d’un freezing order émis par un juge de la Cour suprême siégeant en référé.
La décision de transfert de fonds a été prise car le principal protagoniste, en l’occurrence Navin Ramgoolam, qui a déjà été interrogé Under Warning au sujet de la provenance d’une aussi importante quantité de billets de banque de Maurice et de l’étranger. Face aux questions des enquêteurs du Central CID, il a maintenu, contre vents et marées, que cet argent ne représente que des contributions de sympathisants et membres du PTr.
Le Central CID est dans l’attente des conclusions d’un Forensic Trail des Rs 110 millions en dollars américains. À ce stade, les Casernes centrales avancent que le rapport du Federal Bureau of Investigation (FBI) des Etats-Unis n’a pas été soumis encore aux autorités compétentes en vue de contredire le leader du PTr. Pour des besoins de sécurité, il serait en effet préférable de confier ce pactole à la Banque de Maurice, qui est dotée de l’infrastructure de sécurité nécessaire sous forme de Bank Vaults.
Le transfert des Rs 224 millions à la Banque de Maurice ne représente nullement la fin du Money Trail initié depuis la découverte de cette somme dans les trois coffres-forts. Ainsi, par le truchement de la Legal Mutual Assistance, l’Asset Recovery Unit veut approfondir une enquête sur d’importants placements effectués sous forme de Bearer Bonds dans des banques au Luxembourg. Le prête-nom utilisé est la société Glibro, dont les actionnaires étrangers sont considérés comme étant une couverture présumée de l’ancien Premier ministre.
Les autorités mauriciennes, qui ne veulent nullement divulguer prématurément à ce stade le montant de ces placements au Luxembourg, se disent confiantes de pouvoir démasquer la face cachée de Glibro et de dévoiler l’identité du bénéficiaire et de la source de ces fonds. « À partir du mois prochain, de nouvelles directives entreront en vigueur au sein de l’Union européenne, forçant les banques et institutions financières à dévoiler les Ultimate Beneficiairies de ces Bearer Bonds. Actuellement, ces bons aux porteurs sont encore anonymes. Ces nouvelles directives devront faciliter l’enquête sur le Trail of Tainted Money », fait-on comprendre dans des milieux autorisés.
Cette société Glibro au Luxembourg est soupçonnée d’être l’Ultimate Holding des commissions obtenues sous le Share Purchase Agreement avec des commissions de Rs 100 millions lors de l’octroi du contrat de gestion et d’approvisionnement de la Mauritius Duty Free Paradise Ltd. Cet accord avait été contracté entre la société internationale Dufry, de Suisse, et la compagnie Frydu, de Nandanee Soornack.
Subséquemment, l’ancienne partenaire d’affaires de Rakesh Gooljaury devait se retirer de la compagnie pour céder sa place à Wigam Holding Ltd, basée à Chypre, avec trois actionnaires – à savoir Frank Gleeson, Benjamin Muscat et Steward Blackburn –, ce dernier étant un spécialiste en montage de société. Benjamin Muscat et Steward Blackburn sont également des partenaires au sein de GlobalCapital plc, société où Dawood Rawat détient une majorité dans l’actionnariat. De ce fait, les deux High Profile Investigations, soit l’opération « Lerwa Lion » avec Navin Ramgoolam en tant que principal suspect et l’opération « Daylight Robbery » avec l’écroulement de l’empire de Dawood Rawat, pourraient se croiser d’un moment à l’autre pour le délit de Money Laundering. La Wigam Holding Ltd à Chypre et la société Glibro au Luxembourg partagent également un point commun, soit la connexion Gleeson avec les frères Franck et John, nullement étrangers aux récentes négociations pour l’achat de six Airbus pour le compte de la compagnie aérienne nationale, Air Mauritius. Des détails sur ces « Sharp Negotiations » devront faire surface très prochainement avec le Forensic Report du ministère des Services financiers au sujet des investissements de la compagnie aérienne.
Toutefois, ce nouveau chapitre consacré à l’opération « Netwayaz », avec l’avènement du gouvernement de l’Alliance Lepep, pourrait être précédé par des confessions de Nandanee Soornack au sujet des dessous des commissions de Rs 100 millions. Les dernières informations en provenance d’Italie laissent voir que « Madam Ou Kone Ki Mwa » serait sur le point de perdre son permis de séjour dans ce pays d’Europe. De ce fait, il n’est pas exclu que tôt ou tard, elle soit contrainte à embarquer à bord d’un avion avant d’être expulsée vers Maurice.
En cette fin de semaine, un de ses conseils légaux, en l’occurrence Me Boodhoo, qui exerce au barreau de Londres, a fait le déplacement à Maurice dans un ultime « dash » « pour sauver les meubles ». En principe, l’homme de loi a fait le déplacement aux Casernes centrales pour prendre connaissance des délits qui sont reprochés à Nandanee Soornack, avec la demande officielle d’extradition logée auprès du ministère de la Justice en Italie.
Cependant, d’autres sources avancent une proposition d’immunité à Nandanee Soornack contre la coopération de celle-ci, sous forme de révélations sur les affaires en cours, avec les enquêtes du Central CID. Aucune des sources approchées par Le Mauricien n’a toutefois voulu s’aventurer pour commenter ces derniers efforts d’arrangements alors qu’au CCID, on se dit déjà prêt pour amorcer l’interrogatoire « Under Warning » de celle qui fut la femme la plus puissante sous le gouvernement de Navin Ramgoolam.