L’alerte donnée par le chef de la section d’urgence des sapeurs-pompiers du Port, Heymant Beekee contre le projet du Central Electricity Board d’implanter une station de production d’énergie en plein dans Fort George crée des vagues. Le gouvernement, dont dépendra l’avenir du projet, est en présence d’une requête commune de plusieurs organisations, d’individus et d’universitaires lui demandant d’organiser une visite sur le site en vue d’assurer son intégrité. La requête est signée du professeur George Abungu, Program Coordinator et chargé de cours en M.A Heritage Management de l’Université de Maurice. Elle souhaite que toutes les parties concernées soient partie prenante de l’exercice, que des recherches archéologiques soient menées dans le vieux fort et, qu’ensuite, un usage plus judicieux en soit fait tout en veillant à la préservation de son architecture victorienne très rare dans la région.
La sortie publique d’Heymant Beekee a effectivement créé un buzz et depuis deux semaines, soit après que Week-End lui a permis de s’exprimer le dimanche 24 mai dernier, les commentaires et les indignations du public pleuvent sur le Net. Plus de 450 lecteurs de Week-End ont « liked » le texte de mise en garde contre le projet.
Les fortes réactions enregistrées seraient une indication d’une prise de conscience populaire que tout ne devrait plus être permis sous prétexte de développement des utilités publiques. Le public semble être conscient, surtout que les vieilles fortifications et autres structures militaires coloniales font partie de l’Histoire, du décor original, de Port-Louis, et qu’il est devenu nécessaire de se battre afin de les conserver.
Il faut effectivement déplorer que, au fil du temps, sur environ une dizaine de fortifications que comptait la capitale et qui sont des héritages des colonisations française et britannique, seules deux, le Fort Adélaïde (La Citadelle) et Fort George résistent encore à la destruction. On ne retrouve d’ailleurs plus trace de Fort Barb (datant probablement de Mahé de Labourdonnais), de Fort Pavillon, de Caridan Point et de Fort Albert (construit par les Britanniques). D’autre part, le Fort Victoria a été converti en station d’électricité fonctionnant à l’huile lourde, tandis que le Fort William a été transformé en dépôt de carburant. Or, pour certaines personnes qui ont eu la chance de voyager et de voir se qui se pratique hors de nos frontières, en raison de son architecture de l’ère victorienne doublée de ses soubassements conçus par le génie militaire français, le Fort George aurait dû être protégé comme les Anglais ont su le faire pour le Golden Pavillon de Brighton ou les Français de Fort Boyard.  
Le chef-pompier Heymant Beekee est suspendu de ses fonctions depuis le mardi 26 dernier, soit deux jours après avoir fait sa sortie publique, et ce pour deux raisons. En premier lieu, la Mauritius Ports Authority (MPA) lui reproche de s’être retrouvé sans autorisation au Fort George, le dimanche 10 mai dernier, en compagnie de deux ouvriers étrangers qui embarquaient des objets à bord d’un camion. Tous trois avaient été surpris par une équipe composée d’officiers du Mauritius Revenue Board, de la MPA et de la Police. Heymant Beekee nie toute malveillance et soutient que ces objets, des palettes, lui appartiennent entièrement et qu’il avait obtenu la permission de les prendre de ses anciens chefs pour lesquels elles constituaient une nuisance dans le port dont ils ne savaient comment s’en débarrasser. « Je ne me fais aucun souci. La vérité triomphera quand je m’expliquerai devant la justice », dit-il très confiant.
« J’ai agi dans l’intérêt de mon pays ! »
La deuxième raison pour la suspension est que toujours « sans autorisation », le chef des pompiers a également été trouvé en compagnie d’une personne inconnue dans l’enceinte du Fort George, le vendredi 22 mai. Or, cette personne était un photographe freelance que Week-End avait expressément délégué auprès de l’officier Heymant Beekee pour prendre des photos que notre journal insistait d’avoir afin d’illustrer son article du dimanche 24 mai. Il faut souligner que, après interrogatoire par la Police, notre photographe freelance avait pu rentrer librement chez lui tandis que le chef pompier a passé la nuit en détention. Cependant, les magnifiques documents réalisés par le photographe n’ont toujours pas été retournés au journal. Ils se trouvent dans un tiroir du poste de police du port ! Le secteur du Port est d’accès restreint certes, mais il convient de remarquer que ce n’était pas la première fois que Heymant Beekee guidait des professionnels (chercheurs locaux et internationaux, réalisateurs de programmes de télévisions, entre autres) au Fort George sans qu’il ait à solliciter l’autorisation de sa hiérarchie. Toute une équipe de la MBC-Tv a tourné un court métrage là-bas. A-t-elle dû monter patte blanche pour y accéder ?  
D’ailleurs, il faut le rappeler que, tout comme les autres monuments nationaux protégés, le Fort George est censées être un héritage commun, c’est-à-dire, nous appartenant à tous. Donc, droit acquis de visiter, photographier avec autorisation de s’en souvenir !
« Je pense que j’aurais manqué à mon devoir si je n’avais pas aidé à empêcher la destruction de ce vieux fort. J’ai agi ouvertement, publiquement, dans l’intérêt de mon pays et j’avais besoin de la collaboration de Week-End », jure Heymant Beekee.