Celle à qui Paul Lam Shang Leen avait adressé la remarque « you are in our radar », le 1er juin dernier, alors qu’elle représentait Lalita Durbarry devant la Commission, en l’occurrence Me Jenny Moteealloo, était également convoquée hier. La jeune légiste de Quatre-Bornes a exprimé sa « grande surprise » quand le président de la Commission lui a expliqué que les enquêteurs avaient « retracé un échange téléphonique de 9 minutes » entre son numéro et celui de Peroumal Veeren, en prison. À l’égard de l’ancienne membre du MMM, Paul Lam Shang Leen a conclu son audition par un « you are no longer on our radar ! », flanqué d’un grand sourire.
Pourtant, Jenny Moteealloo a été convoquée pour donner des éclaircissements sur quelques éléments plutôt troublants. L’un d’eux étant un fameux coup de fil de Peroumal Veeren passé sur son portable en 2015.
Paul Lam Shang Leen : C’est par le biais de votre numéro de téléphone portable que nous sommes remontés jusqu’à vous. Il semble que Peroumal Veeren vous a appelé…
Jenny Moteealloo : Je ne le connais pas
Lam Shang Leen : Pourtant, la conversation n’a pas duré que quelques secondes.
Moteealloo : Je n’ai jamais eu aucun contact avec Peroumal Veeren. En fait, je me disais que c’était vraiment génial pour moi, car je n’ai jamais eu affaire à ce monsieur et que vous n’alliez pas me questionner à son sujet.
Lam Shang Leen : La conversation a duré environ 9 minutes. Vous avez parlé à qui, alors ?
Moteealloo : Je ne sais pas.
Lam Shang Leen : Il s’agit peut-être d’une autre personne.
Moteealloo : Je vais devoir rechercher l’identité de cette personne qui m’a appelée.
Lam Shang Leen : 9 minutes, c’est vraiment surprenant.
Moteealloo : Indeed !
Lam Shang Leen : Vous paraissez sérieusement surprise…
Moteealloo : Je le suis, effectivement. I’m really surprised by this… Je ne m’y attendais pas du tout !
Lam Shang Leen : Quand je regarde la liste de vos clients, je vois Jimmy Marthe.
Moteealloo : En effet, j’ai assisté Me Ivan Collendavelloo sur une affaire le concernant.
Lam Shang Leen : Il y a là également David Stockhall.
Moteealloo : Tout à fait. Je l’ai également représenté. Ses proches avaient retenu mes services via un courriel, que j’ai soumis à la Commission. Ils m’ont également fait un virement bancaire pour mes honoraires.
Lam Shang Leen : J’allais y venir, justement… Mais parlons du Health Care Attendant Prayag, qui avait été arrêté à sa descente d’avion de Dubaï en septembre 2015 avec plus de 4 000 mg d’héroïne dans ses bagages.
Moteealloo : Bien sûr que je le connais. Il a été mon client.
(Ndlr : le détenu Prayag est décédé. Il souffrait de problèmes rénaux et faisait des dialyses)
Lam Shang Leen : Comment avez-vous fait sa connaissance ?
Moteealloo : Son frère et un autre proche sont venus me voir à mon bureau pour retenir mes services.
Lam Shang Leen : Notre point, c’est qu’il y a eu des plaintes de la part de membres de l’ADSU à l’effet que vous seriez intervenue auprès de votre client pour lui demander de ne pas donner sa déposition. Il nous revient qu’alors qu’il n’était en présence que des officiers de l’ADSU, M. Prayag souhaitait de son propre chef faire des aveux. Mais à partir du moment où vous le représentiez, il a changé d’avis. Que s’est-il passé ?
Moteealloo : Je ne sais pas ! Quand je me suis rendue au bureau de l’ADSU, je me suis bien rendu compte que cet homme était une « mule » pour le compte d’un quelconque réseau. Je pouvais voir qu’il avait été utilisé à ces fins. Et c’était clair pour moi qu’il allait donner sa déposition volontairement.
Lam Shang Leen : Faites très attention. Car à aucun moment cet homme n’a nié transporter la drogue puisque celle-ci se trouvait dans ses valises et les policiers l’y ont trouvée.
Moteealloo : En effet. Non, je ne suis jamais intervenue.
Lam Shang Leen : Je vais vous renvoyer à vos comptes bancaires. Il n’y a là aucune trace de vos déclarations fiscales pour 2014. Où étiez-vous cette année-là ?
Moteealloo : À quelle période ?
Lam Shang Leen : De janvier à décembre.
Moteealloo : J’étais au pays.
Lam Shang Leen : Vous pouvez avoir de gros soucis avec la MRA ! Mettez vous en règle rapidement. Car avec les appels à des détenus en prison et cette affaire de plaintes des enquêteurs de l’ADSU, si on trouve que vous avez commis des délits, vous aurez des ennuis.
Sam Lauthan : Je souhaiterais revenir sur l’appel téléphonique entre vous et Peroumal Veeren. Quand on parle à quelqu’un pendant 9 minutes, on doit savoir à qui on parle.
Moteealloo : En effet ! Rien qu’à la voix, on peut reconnaître la personne.
Me Moteealloo bénéficie elle aussi d’une quinzaine de jours pour soumettre les éléments de réponses réclamées par la Commission d’enquête.