Des experts de la Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement (CNUCED) et des Petits États insulaires en développement (PEID) se sont réunis ces derniers jours à Genève pour discuter des enjeux en matière de transport, de logistique commerciale et de facilitation du commerce, auxquels les PEID doivent faire face. Assad Bhuglah, directeur de la division de politique commerciale au ministère des Affaires étrangères et du Commerce international, a été invité à participer à cette réunion, intervenant lors des deux premières réunions-débats.
Conformément au Mandat de Doha et aux grands domaines d’action de la CNUCED, cette réunion d’experts, qui a début lundi, a permis aux participants venant de plusieurs régions (océan Indien, Pacifique et Caraïbes, entre autres) d’aborder les problèmes particuliers que les PEID rencontrent en matière de transport et de logistiques commerciales en raison de leur éloignement et de leur isolement géographique ainsi que des sujets pertinents tels l’assistance technique, le renforcement des capacités, la recherche et l’analyse. Les PEID, fait ressortir la CNUCED, ont en commun les mêmes vulnérabilités écologiques et économiques et les mêmes obstacles à un développement durable, notamment l’exposition aux catastrophes naturelles, la vulnérabilité aux chocs extérieurs, l’éloignement des grands marchés, de faibles volumes de transport et des liaisons peu développées. Le résultat qui en découle est ces pays se retrouvent devant des coûts de transport et de logistique élevés et que leurs économies sont fortement dépendante des liaisons aériennes et maritimes.
Les experts reconnaissent qu’un meilleur accès aux marchés mondiaux et une meilleure compétitivité sont particulièrement importants pour ces pays. De plus, il est important de garantir la résilience des infrastructures de transport essentielles. « Les PEID  étant totalement dépendants des ports et des aéroports, les risques liés aux changements climatiques comme la montée du niveau de la mer, la hausse des températures et des tempêtes plus fréquentes ou plus violentes y constituent une grave menace pour les infrastructures, les services et les activités de transport essentiels », souligne la CNUCED.
A la réunion de Genève, les participants se sont penchés sur plusieurs thèmes pertinents, à savoir : 1) les principaux problèmes liés aux transports et à la logistique commerciale que doivent régler les PEID; 2) les interactions sectorielles entre les transports et le commerce, ainsi que d’autres secteurs économiques, en particulier le tourisme et la pêche; 3) l’effet des changements climatiques sur les infrastructures de transport et les besoins d’adaptation; 4) le financement en tant qu’élément catalyseur; 5) les domaines d’action prioritaires; et 6) le rôle des partenariats, des partenaires concernés et des mécanismes de collaboration.
Contraintes aux échanges intrarégionaux
Lors de la première session de travail de cette rencontre d’experts, Assad Bhuglah a parlé de l’expérience mauricienne et de la sous-région, plus précisément des îles faisant partie de la Commission de l’océan Indien (COI), mettant l’accent d’abord sur l’éloignement géographique de ces îles des principales « international trade routes » et le faible niveau des échanges commerciaux intrarégionaux du fait d’un manque de connectivité et d’un faible réseau de transport régional. Les pays membres de la COI dépendent fortement des échanges commerciaux avec l’extérieur et également des transporteurs globaux pour l’acheminement de leurs produits, et ce à l’import comme à l’export. Quant au transport régional, a observé Assad Bhuglah, « il n’est pas rentable et viable » du fait de l’absence d’un volume de marchandises adéquat. Les échanges commerciaux intra-COI ne représentent en effet que 3,2% du total des échanges des pays concernés. « Inadequate maritime and aviation infrastructure are the main contraints to intrarégional trade », a-t-il ajouté.
Assad Bhuglah a fait état des coûts élevés liés au transport maritime et du faible niveau des infrastructures portuaires, faisant référence au passage à une étude entreprise en 2009 par Maritime Logistics and Trade Consulting pour le compte de la COI. Il avait été recommandé, dans le cadre de cette étude, d’établir un système maritime régional et la COI, a indiqué l’intervenant, envisage de créer un service maritime pour desservir les îles. Selon Assad Bhuglah, le développement d’un tel service devra se faire parallèlement avec la poursuite de deux “large line routes” entre l’Europe et La Réunion ainsi qu’entre l’Extrême-Orient et Maurice. Il considère que la modernisation des infrastructures portuaires dans les îles, l’élaboration d’une stratégie régionale de surveillance maritime, l’introduction de mesures de facilitation du commerce et le développement des capacités doivent aller de pair.
Par ailleurs, Assad Bhuglah a fait une présentation sur l’importance du transport et du tourisme pour Maurice et les îles de la COI, arguant qu’il y a nécessité d’améliorer la connectivité aérienne régionale. « IOC islands depend almost entirely on air transport to bring visitors », a-t-il précisé, tout en mentionnant, chiffres à l’appui, la fréquence des vols de et vers chacune des îles, les accords bilatéraux signés par celles-ci et les dessertes assurées. Assad Bhuglah pense que la COI doit étudier la possibilité de faciliter l’entrée d’une “low cost carrier”, estimant qu’il faut de la volonté politique pour qu’un tel projet soit une réalité. Il est en outre d’avis qu’il faut élaborer une stratégie de développement du tourisme de croisière pour la région.