Le verre est aussi à moitié vide. Et c’est cela que le chef du gouvernement refuse de reconnaître. Mais c’est bien cela aussi qui, dans une grande mesure, constitue l’information, contrairement au train qui arrive à l’heure en gare. En effet, ce sentiment de pessimisme qui s’est installé et se consolide de jour en jour au sein de la société ne peut être occulté. Il suffit de redescendre sur terre pour constater la réalité du terrain. Car de la hauteur du piédestal, l’on peut toujours vilipender « une certaine section de la presse à la botte de l’opposition » ou les radios privées qui « organisent des matchs arrangés ». Mais qu’en est-il des autorités catholiques qui ne cessent de tirer la sonnette d’alarme sur « la crise de société », « la crise morale », « la crise des institutions » et ont même fait état récemment d’une « certaine perception de cover up dans l’affaire de pédophilie alléguée au MITD » et de « la lenteur des enquêtes sur les inondations ». Certes, le Premier ministre et son parti peuvent toujours se targuer d’une bonne cote de popularité dans un sondage publié récemment. Or, des chiffres tellement ahurissants et décalés de la réalité – le leader d’un parti gouvernemental, par exemple, évalué à seulement 2% sur l’échiquier, récoltant 48% d’opinion favorable en tant que Premier ministre potentiel alors qu’il ne s’est jamais positionné pour ce poste et que l’on sait qu’à Maurice, un parti est incarné, d’abord et surtout, par son leader – ont fini par mettre en doute la crédibilité de cette étude.
 Aujourd’hui, le Premier ministre a du pain sur la planche. Depuis la rupture de l’Alliance de l’Avenir en juillet 2011, de nombreuses affaires ont sérieusement éclaboussé son gouvernement, ce qui avait même entraîné sa défaite aux municipales de décembre dernier. Un sentiment de favoritisme, de deux poids deux mesures, d’impunité pour certaines catégories de citoyens s’est considérablement propagé ces derniers temps, ébranlant la confiance de la population dans les institutions. Certaines pratiques policières ne font que jeter l’opprobre sur l’administration centrale et en attendant la Police and Criminal Evidence Act, rien n’est, semble-t-il, entrepris pour renverser cette tendance si ignoble. Sans pour autant verser dans la politique politicienne, il convient de reconnaître que la situation actuelle au sein du gouvernement et au niveau du pays requiert un nouveau souffle, un nouveau départ. Un PPS, dirigeant en vue du PTr, ne s’embarrasse même pas d’évoquer en public la « médiocrité » de certains ministres qui « ne méritent pas une augmentation de leurs salaires ». Mais quoi qu’il en soit, une majorité si fragile et un leadership trop isolé et indécis ne permettront pas de résoudre les grands enjeux auxquels notre société est confrontée aujourd’hui.
Du côté de l’opposition, c’est, bien évidemment, la sempiternelle problématique du pouvoir qui prime d’abord et surtout et c’est de bonne guerre. Mais la question que l’on se pose : après une si riche carrière de 50 années de vie politique qui l’a amené à occuper les plus hautes fonctions au sein de l’Exécutif et au sommet de l’État, le leader du Remake 2000 représente-t-il aujourd’hui le candidat le plus apte à diriger à nouveau les affaires du pays ? Que SAJ a été un illustre Premier ministre, qui a pu, de par son dévouement, son sens de discipline, de rigueur et de vision, sortir le pays du gouffre dans lequel il se trouvait au début des années 80, ne fait aucun doute. Animé d’une volonté inébranlable pour faire bouger les lignes, il inspirait confiance et contrairement à l’actuel chef du gouvernement qui a verrouillé tous les pouvoirs de décisions entre ses mains – la recette la plus sûre de la stagnation institutionnelle -, il laissait exercer librement ses ministres et le pays finit par sortir la tête hors de l’eau pour connaître ensuite une ascension économique fulgurante. Mais, force est de constater que beaucoup d’eau a, entre-temps, coulé sous les ponts. Les institutions demeurent mais la loi de l’évolution requiert leur renouvellement perpétuel.
 D’autre part, en termes de soutien électoral, le MMM a toujours démontré une certaine constance ces dernières années, recueillant un score flatteur d’environ 44% lors des dernières législatives de mai 2010. Or, il est invraisemblable qu’une formation avec un tel ancrage au sein de la population doit toujours recourir à un Cheval de Troie pour accéder au poste suprême de la gouvernance de notre pays. Certes, Paul Bérenger affiche un courage et un sens de combativité remarquable après la première phase, pourtant très incommodante, de son traitement contre le cancer et aura, manifestement, encore un grand rôle à jouer au sein de son parti. Mais il est malheureux que, notre pays étant ce qu’il est, personne n’a pu émerger après l’épisode désastreux de 1983 au sein du parti mauve, pour satisfaire les exigences de « la réalité mauricienne » incarné, qu’on le veuille ou non, par la section 3 de la première cédule de notre Constitution.
 L’analyse des résultats des législatives indique que c’est un pourcentage marginal de l’électorat qui fait toujours pencher la balance d’un côté comme de l’autre. Dans ce contexte, personne ne peut négliger, encore moins le MMM, l’influence abusive de trois facteurs – le communalisme, l’argent et le rôle de la MBC – dans l’issue des dernières joutes électorales. Et, selon toute probabilité, seuls contre tous, les dirigeants actuels compteront à nouveau sur ces mêmes paramètres, dont la puissance de façonner l’opinion est indiscutable, pour s’accrocher au pouvoir.
Mais notre pays mérite mieux. À l’instar de toutes les grandes démocraties du monde, il est grand temps de songer à limiter à deux le nombre de mandats – successifs ou pas – à la primature. Cela encouragera certainement le renouvellement de la classe politique dont notre pays a si besoin.