À partir de mercredi prochain, l’Institut français de Maurice abritera La couleur de l’été, une exposition des travaux de l’artiste français Thomas Henriot. Cette exposition est organisée par la Basu Foundation for Arts de Calcutta, qui souhaite proposer des activités artistiques et culturelles sur une base régulière à Maurice. Voici le portrait d’Abhishek Basu, Managing Trustee de cette fondation familiale qui a pour objectif « to encourage and support innovation, experimentation and potential in the arts ».
 Avec son allure de dandy, son élégance, ses lunettes et surtout son anglais avec un accent chantant, Abhishek Basu fait penser à un personnage d’un roman ou d’un fi lm se déroulant dans l’Inde au début du siècle dernier. C’est-à-dire un intellectuel indien qui maîtrise parfaitement la langue et les manières de l’occupant britannique sans pour autant renier les valeurs de la civilisation millénaire indienne. Abhishek Basu est né à Calcutta dans une famille connue pour son intérêt dans la promotion de l’art. Son arrière-grand-père fonda en 1911 la Basu Fondation for Arts, un trust qui s’occupait des artistes, leur donnait les moyens de produire et achetaient leurs oeuvres pour les collectionner.
« J’ai grandi dans un milieu où l’on parlait d’art et où on rencontrait souvent des peintres, des écrivains, des musiciens, des cinéastes. C’était un prolongement des salons littéraires bengalis de Calcutta du siècle dernier qui a été pendant un long moment la capitale intellectuelle de l’Inde avec des artistes de renommée internationale comme Rabindranath Tagore et Satyajit Ray, pour ne citer que deux noms connus. » Celui qui grandit dans un milieu où l’on parle souvent d’art devient-il obligatoirement un artiste ? « J’aurais voulu être un artiste mais je ne le suis pas, à mon grand regret. Mais j’ai développé une passion pour les arts qui ne m’a jamais quitté. »
Le père d’Abhishek était un avocat connu de Calcutta, partenaire d’un des plus vieux cabinets indiens, qui voulait que son fi ls fasse des études de droit pour un jour lui succéder. Son fi ls, lui, ne rêvait que d’une chose : reprendre le travail commencé par son aïeul et relancer la Fondation Basu, dont les activités avaient été plus ou moins mises en veilleuse, pour ne pas dire abandonnées. Mais en Inde, sans doute plus qu’ailleurs, les fils obéissent aux plans de carrière dessinés par leurs pères et après ses études secondaires à Calcutta, Abhishek se rend en Angleterre pour étudier le droit. « Pendant mes études à Londres, j’ai rencontré des clients de mon père qui, connaissant ma passion pour les arts, m’ont demandé des conseils pour acheter des oeuvres des artistes indiens contemporains. Pour aider les clients de mon père, je suis allé à la découverte des jeunes artistes indiens contemporains dont j’ai commencé à promouvoir les oeuvres. »
L’étudiant en droit se constitue également un carnet d’adresse international à travers ses camarades d’université, s’intéresse au marché de l’art européen et fait la connaissance de directeurs de musées et de galeries d’exposition. En 2008, à la demande de ses amis européens, il organise sa première exposition d’oeuvres d’artistes indiens contemporains dans certaines villes d’Europe. « Pour cette première exposition, j’ai choisi les oeuvres de peintres que je connaissais au Bengale et avec le succès de l’exposition, j’ai fondé le Calcutta Arts Club, qui avait pour objectif de créer une plateforme pour la promotion du travail des artistes bengalis pour les faire connaître en Europe. »
N’aurait-il pas été plus logique de faire connaître ces artistes bengalis dans l’ensemble de l’Inde avant d’aller à la conquête artistique de l’Europe? « Vous devez connaître le proverbe qui affi rme que nul n’est prophète en son pays. Dans le domaine de l’art, on n’est pris au sérieux que si l’on a un exposure européen, si l’on a déjà exposé en dehors de l’Inde. Cette “ reconnaissance” aide à établir une réputation artistique en Inde. Après une exposition en Europe ou à l’étranger, les artistes indiens ont un plus qui compte, qui leur ouvre les porte des galeries indiennes. »
Le succès de cette première exposition itinérante en Europe incite Abhishek Basu à poursuivre dans cette voie tout en multipliant ses contacts en Europe. Il organise une deuxième exposition en Europe et à Singapour avant de la ramener en Inde où il la promène dans les grandes villes de la péninsule. « Au niveau personnel, les artistes bengalis qui ont pris part à ces expositions ont pu découvrir l’art européen, rencontrer et dialoguer avec des artistes étrangers, ce qui leur a ouvert de nouveaux horizons et permis de casser les stéréotypes de la peinture bengalie et indienne. Leur passage en Europe a aidé à les faire découvrir à Chenai, Delhi, Bangalore, Hyderabad, Mumbai et New Delhi. Puis, nous avons organisé une exposition itinérante d’oeuvres d’artistes européens contemporains en Inde. »
Le succès de cette démarche va inciter l’étudiant en droit à faire revivre la Fondation Basu et ouvrir ses activités à l’ensemble des artistes indiens. « J’ai repris les objectifs fi xés par mon aïeul en 1911 : to encourage and support innovation, experimentation and potential in the arts. J’y ai ajouté ce qui suit : the foundation facilitates a programme of dance, music, sound, performance art, theatre and visual arts exhibitions and residencies both in India and internationally. » Le revival de la fondation sera un succès et va faire d’elle un interlocuteur de premier plan dans le monde artistique indien. « La réputation de la fondation est en train de s’établir, nous sommes financés par de grandes marques internationales, nous travaillons avec les ambassades, les centres culturels, les musées internationaux. La qualité de nos activités est une carte de visite qui nous permet de frapper à toutes les portes. Nous avons réussi à faire de la fondation une référence de qualité dans le domaine culturel et les gens viennent de plus en plus vers nous pour nous proposer de travailler ensemble sur des projets. »
Ce succès va pousser Abhishek à promouvoir une autre activité : l’organisation de stages résidentiels ouverts à des artistes internationaux (BFA Residency Programme). L’artiste invité vient à la fondation, habite dans une vieille demeure indienne, avec jardin et cour intérieure, pour travailler sur un projet artistique. À la fin, il montre le travail effectué pendant le séjour ainsi que quelquesunes de ses oeuvres choisies dans le cadre d’une grande exposition à la Abhishek Basu Contemporary Gallery. Mais peut-on faire du droit tout en dirigeant une fondation qui a des activités internationales ?
« Dans n’importe quel domaine, on ne peut pas faire bien deux choses en même tems. J’ai essayé pendant plusieurs années et j’avais commencé à travailler avec mon père tout en m’occupant du club et de la fondation en part time. Puis, il y a quatre ans, j’ai fait un choix. J’ai quitté le monde des avocats pour celui de la promotion de l’art .On ne pouvait pas m’enfermer dans un bureau, aussi luxueux et important qu’il pouvait être. J’avais besoin d’autre chose, du contact avec les artistes, de l’organisation des expositions, de visites dans les galeries et surtout dans les ateliers pour dénicher les nouveaux talents, les encourager à persévérer, leur donner les moyens de travailler, de se faire connaître, d’exposer à l’international. Pour revenir à une de vos premières questions, je ne suis pas un artiste, mais je suis passionné par l’art et je contribue, à ma manière, à le promouvoir, le mettre en valeur et le faire découvrir. »
Pour quelle raison l’organisateur de manifestations artistiques internationales se retrouve-t-il à monter une exposition à Maurice ? « Je suis à Maurice pour des raisons sentimentales et familiales puisque j’ai épousé une Mauricienne – Anaïs Koenig – et notre fille est née ici. Depuis mon mariage, je viens régulièrement à Maurice et j’aime ce pays que je découvre au fur et à mesure. J’ai eu l’occasion de rencontrer et de dialoguer avec certains artistes mauriciens. Je voulais proposer aux Mauriciens une activité de la Fondation Basu. Pour ce faire, j’ai organisé un BFA Residency Programme – le premier hors de l’Inde – à Maurice avec l’artiste français Thomas Henriot. Il est venu en séjour à Maurice et s’est inspiré du pays et de ses habitants pour un projet qu’il a intitulé La couleur de l’été. Ses oeuvres, des dessins à l’encre de Chine, faites à Maurice, seront exposées la semaine prochaine à l’Institut français. Et je peux vous garantir que ce sera une exposition de niveau international, puisque Thomas Henriot expose dans les meilleurs musées d’art contemporain et galeries du monde. J’espère que cette exposition sera appréciée par les Mauriciens et ouvrira la voie à d’autres échanges artistiques entre Maurice et l’Inde. »
Cette activité marque-t-elle le début d’une série de la Fondation Basu à Maurice ? « Je l’espère en tout cas. Je travaille sur une activité qui devrait avoir lieu en mai de l’année prochaine à Maurice. Une activité qui ne sera pas forcément une exposition d’art plastique puisque la fondation organise aussi des concerts ou des spectacles de danse. Par ailleurs, il est possible que la fondation invite un ou des artistes mauriciens à participer à un de nos residency programmes dont un des objectifs est de create an awareness of the works and the artist by curating exhibitions in a vibrant contemporary art space in Kolkata and across India and connecting these artists with international collectors, galleries, Foundations and Museums and provide them with the necessary exposure among the right networks. Je suis persuadé que l’exposition de Thomas Henriot sera la première de toute une série d’échanges, de partages artistiques entre l’Inde et Maurice à travers la Basu Foundation for Arts. »