Selon le rapport de prévisions à long terme des services météorologiques, d’ici au 15 mai prochain, soit sur l’ensemble de la présente saison d’été, entre six et huit tempêtes pourraient roder dans le bassin sud-ouest de l’océan Indien. C’est-à-dire dans toute la région s’étendant de l’est de l’Afrique jusqu’à l’est de Rodrigues et qui inclut Maurice. Le document rendu public mercredi dernier sous la signature directeur de l’Office de météorologie, Rajan Mungra, précise toutefois que les tempêtes nommées ne constitueront pas toutes nécessairement une menace directe pour une des îles la République. La plupart des tempêtes attendues devraient se former dans l’ouest de Diego Garcia — région considérée comme “le berceau des cyclones dans l’OI” par les météorologues locaux — et il est très probable qu’Eva, la toute première d’entre elles, se manifeste durant les derniers jours de décembre…
C’est toujours non sans un brin de scepticisme, voire souvent de quelques moqueries à peine voilées, que certains citoyens, ici comme ailleurs, continuent à prendre connaissance des prévisions du temps sur le long terme. Celles-ci s’étalent généralement sur les six à sept mois à venir. Le scepticisme découle du fait que le public est toujours prompt à railler ces prévisions qui annoncent la pluie alors que le soleil brille et vice-versa. Mais tout en étant les premiers à le reconnaître que leur science n’a jamais prétendu être exacte malgré tous les développements technologiques qui l’ont accompagné depuis son invention, avec le soutien de l’Office mondial de météorologie (OMM), les météorologues, bon an mal an, persistent et signent. Et cela fait bientôt vingt ans depuis qu’ils ont commencé à faire des prévisions allant bien plus au-delà de 48 heures. À Maurice, on ne s’est pas encore bien donné la peine jusqu’ici de vérifier si leurs prévisions sont justes ou pas. Et il est bien entendu, quoi qu’il arrive, que les mauvaises prévisions se remarqueront beaucoup plus facilement que les bonnes…
Dans le droit fil de ce que préconise la politique de l’OMM, Rajan Mungra et son équipe, eux, soutiennent produire chaque année un rapport qui donne des indications générales pouvant éventuellement aider les stakeholders de tous les secteurs d’activité dans leur prise de décisions par rapport aux types de temps qui pourraient prévaloir à des périodes données durant l’été. Ainsi, l’exercice requiet que soient scientifiquement établies les corrélations entre la température à la surface de la mer et la pluviosité en été à Maurice, à Rodrigues, St-Brandon et Agaléga. Il faut également tenir compte des paramètres océaniques régionaux et globaux enregistrés dans des conditions identiques au cours des années précédentes pour que les analyses soient complètes. 
Les observations scientifiques régionales et planétaires couvrant les deux dernières décennies ont démontré une nette fréquence d’événements climatologiques extrêmes dans la partie sud-ouest de l’océan Indien et cela concerne les Mauriciens au tout premier degré. Selon le rapport, il est fort probable qu’on enregistre durant le présent été ce genre d’événements extrêmes sous formes de pluies torrentielles provoquant des inondations, d’éclairs, de violents orages accompagnés de tempêtes électriques, des vagues de chaleur caractérisées par des températures au-dessus de la normale sévissant durant plusieurs jours et une intensification explosive des cyclones. 
 
Les pluies légèrement en retard
 
Le rapport soutient que la température sera légèrement supérieure à la moyenne tant à Maurice qu’à Rodrigues. Durant certains jours à Maurice, les températures vont excéder la moyenne mensuelle par plus de 2° Celsius dans plusieurs régions. Les températures maximales pourraient atteindre 35°C à Port-Louis et dans des régions côtières en après-midi entre janvier et mars. À Rodrigues, la maximale devrait tourner autour de 32°C le long des côtes à certains moments. À St-Brandon et Agaléga, les températures devraient rester près de la normale, soit 31 et 32° respectivement. Les météorologues mauriciens tiennent à avertir la population que la persistance sur plusieurs jours de températures supérieures à la normale, le fort taux d’humidité et la brise légère pourraient générer la canicule, donc grand inconfort entre janvier et mars. 
Le rapport annonce des pluies d’été légèrement en retard, soit durant la deuxième quinzaine de décembre à Maurice aussi bien qu’à Rodrigues. La pluviométrie cumulée sur l’ensemble de Maurice devrait se situer dans la moyenne normale de 1350 millimètres pour toute la saison et légèrement en dessous de la moyenne à Rodrigues avec 550 millimètres. Agaléga et St-Brandon resteraient dans les normes avec 1200 millimètres et 700 millimètres respectivement. 
En guise de conclusion, à notre avis, ce qu’il faut surtout retenir des prévisions à long terme de la station météorologique nationale, c’est cette référence assez nouvelle à « l’intensification explosive des cyclones » éventuels. D’autant que la rapport parle de risques que « des cyclones tropicaux évoluant dans les parages des îles Mascareignes (Maurice, Réunion, Rodrigues et St-Brandon) génèrent de hautes vagues et des houles capables de toucher les côtes de ces îles. » C’est à se demander si, fort justement, comme les autorités compétentes organisent un Tsunami Day demain pour sensibiliser la population contre les raz-de-marée, il ne faudrait pas dorénavant contraindre les résidents des régions côtières trop exposées à évacuer vers des abris plus sûrs à l’approche des cyclones types ouragan, comme cela se fait dans les pays réellement soucieux de protection civile ?