Mais oui, dans le pays moderne que l’on nous vend avec son Métro Express, ses smart cities, la dernière en gestation étant dans la circonscription du Premier ministre, à Côte d’Or, les projets d’aquaculture et les hubs par-ci et par-là, on a des sinistrés aux premières grosses averses et, en plus, on les traite, comme l’a fait Étienne Sinatambou, avec un rare dédain. Entre ses propos sur les centres de refuge qui ne seraient pas des lieux de vacances, sa tirade sur l’eau et les biscuits, et son expertise sur la qualité des matelas, il y a comme un condensé de la provocation en une seule sortie.

Alors qu’on aurait pu croire que ce ministre qui, le 4 septembre 2017, à Résidence Barkly a dû prendre la poudre d’escampette en sautant dans la voiture déjà en marche de son collègue le Premier ministre adjoint, Ivan Collendavelloo, allait enfin laisser sa condescendance au vestiaire. Non, érigé, sûrement faute de mieux, en porte-parole du gouvernement, celui qui a avant tout la charge de l’Environnement et de la Sécurité sociale, dont l’essence même est de pratiquer la solidarité et de faire preuve de compassion vis-à-vis des nécessiteux, ne rate aucune occasion de se faire remarquer.

Il vaut mieux ici ne pas revenir sur les propos qu’il a tenus lors de la démolition des maisons se trouvant sur le tracé du Métro Express ou sur la grève des femmes cleaners, cela ne ferait que confirmer que ce ministre dont les excès tant langagiers que comportementaux s’étaient déjà signalés entre 2005 et 2008 n’a rien appris de ses errements.

Étienne Sinatambou était absent hier du point de presse hebdomadaire du gouvernement. Ce n’est probablement pas un hasard. Cela doit être le résultat soit d’un ras-le-bol d’être devenu le punching-ball de l’alliance MSM-ML ou bien c’est une décision du Premier ministre de faire tourner ses porte-parole. Question de ne pas trop les exposer à la vindicte populaire et des réseaux sociaux. Mais le remplacer par celle qui tente par tous les moyens de se racheter de ses visites controversées à une quarantaine de prisonniers en un seul jour est une confirmation de son influence considérable auprès de Pravind Jugnauth, qui l’a ailleurs promue ministre.

Mais tout ce qui s’est passé lors du passage d’un cyclone au final d’une intensité moyenne comparé à ces tempêtes qui nous avaient secoués avec des vents supérieurs aux 200 km/h n’a fait que rappeler que nous sommes toujours dans l’impréparation, l’improvisation et, au bout du bout, l’échec. Pour faire comme un pied de nez à l’amateurisme bien de chez nous, est actuellement en circulation une vidéo d’un reportage de Réunion 1re.

Comme un rappel frustrant de notre légendaire amateurisme. Ce reportage a montré comment la mairie de St-Denis s’est organisée bien avant l’arrivée de Berguitta, avec les agents municipaux installant des lits de camp pliables —pas les matla leponz du ministre Sinatambou qui, eux-mêmes, peuvent prendre l’eau, avec de quoi provoquer des pneumonies — dans des gymnases, comme cela se fait partout ailleurs, qui sont destinés aux sinistrés ainsi qu’aux sans domicile fixe, avec les provisions déjà disponibles, parce que ces lieux de rencontres sportives sont souvent déjà dotés de coins-cuisines et autres aménités qui sont utilisables en cas de situation d’urgence.

Les gymnases sont privilégiés parce qu’ils disposent de grandes salles et que cela ne favorise pas une promiscuité malsaine. Au contraire, on a vu souvent dans des reportages sur des intempéries aux États-Unis, en Europe et en Asie des personnes venues en famille dormir sur ces lits de camp pliables, sympathisant avec d’autres sinistrés et s’entraidant ou jouant aux jeux de société avec de parfaits inconnus, tout en nouant de nouvelles connaissances, si ce n’est d’amitiés.

Et s’il pleut encore la semaine prochaine, on se retrouvera dans la même situation. Les familles sinistrées ou en danger d’être emportées par les torrents vont accourir dans les centres communautaires et, pardon pour le terme, le même capharnaüm recommencera. C’est ce qui nous amène à la question fondamentale de savoir où sont les priorités.

Lors de la dernière campagne électorale, Showkutally Soodhun et son “amour” d’alors Xavier Duval assuraient que, contrairement au gouvernement précédent, c’est pas moins de 2 000 maisons par an, soit 10 000 sur le quinquennat. Après trois ans, niet ! Quelques logements sociaux, améliorés, certes, mais on reste loin, très loin du compte.

Et, pourtant, nous sommes dans un pays où on a un ministère du Logement et des Terres qui dispose notamment les 2 000 arpents obtenus par le gouvernement de Navin Ramgoolam en 2007 et qui sont, pour la plupart, restés abandonnés depuis. On a la Mauritius Housing Company, la National Housing Development Company, on a un National Empowerment Foundation, on a le CSR, on a tout ou presque.

Mais on n’arrive toujours pas à éradiquer la grande pauvreté, à éliminer les ghettos et des zones à risque parce qu’il n’y a pas eu de véritable aménagement du territoire et encore moins une politique d’urbanisation depuis que les collectivités locales sont devenues, au fil des années, de simples faire-valoir du gouvernement central. Sans imagination, sans vision et surtout sans aucune efficacité, comme à la fin des années 1970 jusqu’au début du nouveau millénaire.

La dernière campagne électorale, c’est aussi l’époque où c’est sir Anerood Jugnauth et d’autres au sein de la défunte Alians Lepep qui disaient que l’on ne peut pas penser avoir un Métro Express à Rs 24 milliards lorsque la population n’a pas l’eau 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Aujourd’hui, l’eau est partout mais rien n’est fait pour qu’elle soit bien canalisée, qu’elle n’entre pas dans les maisons des gens et qu’elle finisse plutôt dans les robinets. Quelle ironie !