Depuis peu, la clinique Fortis Darné a démarré une campagne de sensibilisation sur les troubles thyroïdiens. L’établissement propose ainsi à certaines personnes de prendre un rendez-vous médical s’ils ont certains symptômes. En effet, la particularité des troubles thyroïdiens est que les symptômes sont « très non-spécifiques » comme une constante fatigue, un soudain gain de poids ou à l’inverse une perte de poids soudaine. « Bon nombre de patients ignorent qu’ils en souffrent » indique le Dr Suleiman Shimjee, spécialiste en médecine interne, en diabète et en endocrinologie à la Clinique Fortis Darné.
Gain de poids, fatigue constante, constipation, faiblesses musculaires. Tels sont entre autres les symptômes que peuvent ressentir les patients d’hypothyroïdie, quand la glande thyroïdienne ne fonctionne pas bien. À l’inverse, ceux qui souffrent d’hyperthyroïdie, peuvent ressentir des palpitations, de la nervosité, une perte de poids et avoir des tremblements de mains. « Cette campagne vise surtout à faire connaître la maladie. Les symptômes peuvent être très vagues. Parfois, les gens ne savent pas bien ce qui se passe avec eux. Pour conscientiser les gens, on a indiqué les symptômes dans l’annonce publicitaire afin que des personnes puissent s’y identifier. Deux ans de cela, on avait fait une campagne et on avait reçu beaucoup de patients. Un tiers était des nouveaux patients ».
Selon le Dr Shimjee, « il s’agit de la glande thyroïdienne endocrine cervicale, devant le cou, qui contrôle le métabolisme de quelqu’un. Elle est comme une machine qui contrôle le coeur, qui va battre vite ou lentement, le poids etc. C’est vraiment l’organe du métabolisme qui produit des hormones comme la thyroxine. Normalement, les problèmes de thyroïde sont des problèmes de fonctionnement. La glande peut travailler trop vite ou trop lentement, ou un problème de structure où la personne peut avoir des nodules ou des kystes au niveau de la glande ».
Le spécialiste en médecine interne indique que les dames sont plus affectées que les hommes, que ce soit pour l’hypo ou l’hyper thyroïde ou même pour les problèmes de structure. « Le peak age se situe entre 30 et 40 ans. Mais, ça peut affecter tout le monde, même les enfants, à la naissance. C’est environ neuf fois plus commun chez les dames que chez les hommes. On parle de 2 % environ de la population ».
Quelles sont les causes ? « A Maurice, c’est surtout génétique. Il y a une tendance héréditaire. Le corps produit des anticorps et les anticorps empêchent la glande de travailler. Mais, dans le monde, les causes les plus communes pour les problèmes thyroïdiens sont une carence en iode. Mais, à Maurice, on n’a pas de problème de carence en iode ».
Le stress peut-il être en cause ? « Le stress peut parfois pousser une personne à tendance thyroïdienne sur la limite mais c’est pas la raison du trouble thyroïdien ». Côté traitement, pour l’hypothyroïde, « c’est surtout le remplacement des hormones thyroïdiennes. L’hypothyroïdie, c’est quand la glande ne travaille pas assez bien. On remplace ce que le corps ne produit pas. Le traitement est très simple. Il n’y a pas d’effets secondaires. On remplace jusqu’à ce que la personne devienne normale. La personne se sent mieux au fil des rendez-vous. Normalement, le traitement dure à vie ».
Quant à l’hyperthyroïdie, le traitement est à trois volets. « On commence par les médicaments pour normaliser la glande et le traitement dure normalement entre un an et un an et demi. Mais, s’il y a rechute, on propose un traitement de radioactivité-iode, qu’à Maurice, malheureusement, ne se pratique pas dans le privé. On le fait à l’hôpital Rose-Belle. Et, si éventuellement, cela ne marche pas, on doit avoir recours à une opération pour qu’on enlève la glande complètement. À ce moment, la personne devient comme un patient souffrant d’hypothyroïde et prend des remplaçants thyroïdiens. Le patient prend donc le même traitement qu’un patient souffrant d’hypothyroïde ».
Outre l’hypothyroïde et l’hyperthyroïde, « il y a le problème de nodules thyroïdiens. Si une personne voit qu’il y a un gonflement au niveau de la glande, il faudra normalement faire une échographie pour voir s’il y a des nodules. Dans beaucoup de cas, si les nodules sont assez conséquents, soit plus d’un centimètre, il faudra faire une ponction cytologique pour savoir si les cellules sont cancéreuses ou pas et éventuellement enlever la glande ».
Selon le Dr Shimjee, l’hypothyroïdie est plus fréquente que l’hyperthyroïdie. « Mais, que ce soit l’hypo ou l’hyperthyroïdie, cela peut affecter la fertilité, surtout si une femme tombe enceinte et souffre de ce problème, c’est très important de le traiter parce qu’être enceinte et souffrir d’hypothyroïdie peut affecter l’intelligence du bébé parce que le bébé n’a pas de glande thyroïdienne dans les deux premières semaines de la grossesse. Donc, si la maman n’a pas assez de thyroxine, cela peut affecter l’enfant. L’hyperthyroïde aussi doit être traitée pendant la grossesse ». Il existe aussi des cas où ces problèmes de thyroïdie surgissent pendant la grossesse et par ailleurs des cas où les troubles surgissent après la grossesse, les six premiers mois après. Le traitement ici est temporaire ». Toutefois, pour le Dr Shimjee, « c’est une des maladies les plus gratifiantes à traiter car les gens se sentent beaucoup mieux au fil des traitements ».