Ceux qui s’attendaient à une baisse des prix des produits pétroliers ont, en sus d’être déçus de ne pas voir venir une décision en ce sens, découvert avec stupéfaction vendredi que Rs 3 supplémentaires seront ponctionnées du prix qu’ils paient à la pompe. En effet, ce n’est plus Rs 1 qui est prélevée sur le litre comme décidé par Xavier Duval en novembre 2013 pour alimenter un Build Mauritius Fund destiné à financer les infrastructures et l’achat de « semi low floor buses », mais Rs 4, soit Rs 3 supplémentaires, ce qui donne un total de Rs 1,6 milliard par an. Cet argent, annonce-t-on pour mieux faire passer l’amère pilule, est destiné aux projets visant à améliorer la distribution de l’eau.
C’est Rama Sithanen qui avait introduit le concept de special levies en 2006. Le côté pervers et quelque part malhonnête de ce type de fonds, décrié avec justesse par l’opposition de 2005 à 2014 et surtout par l’ancien porte-parole économique du MMM, Kee Chong Li Kwong Wing, est qu’il échappe à tout contrôle budgétaire puisqu’il ne figure à aucun item spécifique de cet exercice et, pire, qu’il est soustrait à toute interrogation ou vérification par l’Assemblée nationale.
Ce qui est plus grave dans le cas de tels fonds spéciaux, c’est qu’ils sont de nature à fausser l’état réel du déficit budgétaire. Ainsi, si l’ancien ministre des Finances Xavier Duval, par exemple, annonce un déficit budgétaire de 3,2% pour 2014 en ne comptabilisant que les chiffres du budget, le Fonds monétaire international n’est pas dupe puisqu’il tient, lui, compte de ces fonds spéciaux et chiffre le déficit réel à 4,5%, ce qui est loin de celui de 3% qui est accepté dans l’Union européenne et ailleurs comme un niveau tolérable et gérable pour une économie saine.
Même la Mauritius Commercial Bank a, dans son dernier Focus circulé en fin de semaine, invité les autorités à faire « the needful for incorporating the existing special and other extra-budgetary funds into the Budget so as to improve fiscal transparency and, thus, allow for better management of public finances », même si, ne poussant pas cette logique plus loin, elle s’en tient, dans un tableau récapitulatif, à la même estimation tronquée du deficit budgétaire pour 2015 toujours chiffrée à 3,2%.
Prélèvements à gogo
Différents prélèvements sont, depuis 2006, effectués sur les prix du litre d’essence et du diesel que les consommateurs de la voiture, du camion et de la motocyclette paient lorsqu’ils font leur plein. Sur l’essence seulement, il y a par exemple Rs 1.85 ponctionnée à titre de « contribution à la Road Development Authority », Rs 1.50 pour les subventions sur le riz, la farine et le gaz, Rs 1.25 pour le hedging désastreux de triste mémoire ou autre prélèvements pour Maurice île Durable et des subventions pour le transport et le stockage des produits destinés à Rodrigues. Ce qui fait que le prix du litre d’essence qui est vendu à la pompe est deux fois celui de son prix d’achat initial.
Pour en revenir au Build Mauritius Fund introduit par le ministre des Finances Xavier Duval dans le budget 2014 qu’il avait présenté en novembre 2013 et qui devait puiser Rs 1 pour permettre le développement des infrastructures en générale et l’acquisition de semi-low floor buses par les compagnies de transport en commun, il devenir recueillir Rs 400 millions sur une année, la consommation annuelle nationale d’essence et de diesel étant de 400 millions de litres.
De ces Rs 400 millions annuels, le ministre avait prévu la moitié, soit Rs 200 millions, pour les bus nouvelle génération, avec financement d’une subvention à hauteur de Rs 1 million par véhicule, projet qui, il faut le dire, n’a pas suscité un très grand enthousiasme de la part des propriétaires des compagnies concernées. Le reste de l’utilisation des Rs 200 millions restantes et prises de la poche des consommateurs n’a jamais vraiment été expliqué.
Or, depuis la présentation du budget 2014, soit autour du mois de février de la même année, les prix des produits pétroliers sur le marché mondial se sont complètement effondrés pour descendre à plus de 50% de leur valeur initiale, soit passant de $ 110 le baril à $ 50 selon les cours les plus récents enregistrés.
Baisse de 50% sur le cours mondial, 15% sur le marché local
Les 50% ou plus de baisse des prix sur le marché international n’ont pas été passés aux consommateurs qui, en tout et pour tout, n’ont bénéficié que d’une petite baisse totale de 15% comme suit : une première révision en octobre 2014 de Rs 52.25 le litre d’essence à Rs 50.15, puis, en novembre, à Rs 47.95 avant de descendre, le 6 décembre, à Rs 45.95.
C’est au minimum de Rs 3 que les prix des produits pétroliers auraient dû baisser après la réunion, vendredi, du Petroleum Pricing Commiittee, d’autant que tout le monde se souvient que Xavier Duval avait critiqué le montant de la baisse survenue en novembre dernier et qu’il avait catégoriquement affirmé que « le prix aurait dû baisser de Rs 10 ».
Les consommateurs s’attendaient donc après les trois baisses totalisant Rs 7 entre octobre et décembre que le gouvernement appliquerait une nouvelle baisse de Rs 3, mais le gouvernement en a décidé autrement et, en retenant ces Rs 3, c’est pas moins de Rs 1,6 milliard au total qu’il perçoit sur les 400 millions de litres annuelles consommées. Soit Rs 400 millions déjà sur Rs 1, dont le prélèvement avait été décidé par XLD en novembre 2013, et Rs 1,2 milliard supplémentaires avec les Rs 3 retenues vendredi pour le Build Mauritius Fund.
Quid du financement indien ?
Cette ponction est destinée à financer l’amélioration de l’approvisionnement en eau. Il semblerait donc que les discussions entre le vice-Premier ministre et ministre du Logement Showkutally Soodhun avec le Premier ministre Narendra Modi sur le prêt indien destiné au métro léger et qui était censé se reporter sur le développement de la fourniture d’eau potable n’ont pas abouti. De toute façon, le communiqué de la réunion du conseil des ministres du vendredi 16 janvier qui fait bien état de ces rencontres parle de tout, des « visa on arrival », de « defence » et même de « security issues », mais aucune mention du financement par l’Inde de nos projets d’eau.
Au lieu d’en finir avec les pratiques de Rama Sithanen de recourir aux special levies qui présentent le double inconvénient de pénaliser le consommateur et de fausser les chiffres du déficit budgétaire, le nouveau gouvernement ne fait que consolider une méthode qu’il a lourdement critiquée. On voit très vite que ce qui a été donné d’une main, pensions de retraite et compensation, est immédiatement repris de l’autre…