« Tout n’est pas possible en politique », soutient le leader du MMM qui confirme que son parti s’apprête à aller, seul, aux élections. « Navin Ramgoolam n’est qu’un poltron qui n’a pas a mind of his own », a laissé entendre, hier, Paul Bérenger, leader de l’opposition et du MMM, insinuant, ainsi, que le Premier ministre et leader du PTr se serait laissé mené à la baguette lors des discussions que les deux hommes ont eues au sujet de la réforme électorale. Confirmant que ces discussions sont, « définitivement coupées », le leader des mauves invite, dorénavant, le chef du gouvernement de venir de l’avant avec un projet de loi à l’Assemblée nationale, « s’il veut, encore, être pris au sérieux sur la question ». Il explique que c’était du devoir de son parti de tout entreprendre pour que cette réforme « si fondamentale pour le pays » aboutisse au risque, pour le pays, de « prendre une raclée des Nations unies ». Paul Bérenger trouve que ce ne sont, seulement, ceux qui sont « lents à comprendre » et qui, surtout, ces derniers temps, « koz ek ékrir boukou », n’arrivent pas à saisir cela. « Le perdant, c’est le pays et, sûrement pas le MMM », soutient-il.
Comme il l’avait souligner dans sa conférence de presse de samedi d’avant, Paul Bérenger insiste, de nouveau, que pour le MMM, ce qui compte avant tout en politique, c’est le programme à être appliqué en cas d’accession au pouvoir. « Il n’a, répète-t-il, jamais été question d’alliance avec quiconque, si ce n’est pour appliquer le programme auquel nous tenons ». Le leader du MMM explique, de nouveau, que pour son parti, ce programme se résume en trois objectifs: nettoyer le pays de ses « scandales » et de la corruption ; approfondir la démocratie et relancer l’économie. Pour lui, compte tenu de la présente situation dans le pays, il est encore plus nécessaire d’atteindre ces objectifs.
« Le MMM, explique le leader des mauves, « est déterminé à demeurer fidèle à son programme. D’autant que, dit-il, ces dernières semaines ont, selon lui, laissé apparaître la « profonde colère » et le « dégoût » de la population envers le PTr et Navin Ramgoolam « compte tenu de l’ampleur des scandales et de la corruption ». D’où, dit-il, dorénavant, l’intention du MMM « d’accentuer encore plus » son combat « après deux semaines de confusion et de doutes », concède-t-il. Paul Bérenger se dit convaincu que le profond ressentiment qui anime la population envers le gouvernement s’exprimera au cours des élections générales et fera que, selon lui, le PTr et Navin Ramgoolam seront « balayés du pouvoir ».
Le leader de l’opposition trouve que le Premier ministre qui, selon lui, n’a pas pris la pleine mesure de la « colère » qui gronde par rapport à la corruption et aux « scandales », particulièrement, chez les jeunes ne perd rien pour attendre. Il en est de même, explique-t-il, du projet de réforme électorale pour lequel, rappelle le leader des mauves, son parti se bat « depuis 30 ans ». Un projet « fondamental » pour le progrès du pays. « En dépit, dit-il, de toutes les appréhensions et de la confusion qui ont régné, c’était de notre devoir de tout entreprendre pour que la réforme électorale aboutisse ».
« Pour nous, au MMM, il n’a jamais été question de se satisfaire de quelque cote mal taillée », dit-il. Traitant Navin Ramgoolam de « girouette » sur cette question de réforme électorale, Paul Bérenger trouve que le leader du PTr « n’est pas sérieux. Il n’a pas a mind of his own », laissant comprendre, en substance, que le Premier ministre se laisse mener à la baguette sur cette question « aussi fondamentale » de la réforme électorale : « L’Histoire se chargera de juger Navin Ramgoolam d’avoir, lamentablement, raté l’occasion en or qui s’est présentée pour concrétiser une bonne réforme électorale ».
Détaillant les deux seuls points qui ne demandaient qu’à être « fine tuned » sur le sujet, le leader des mauves évoque, d’une part, le seuil minimal de suffrages à être recueillis par un parti en vue de se qualifier pour des sièges à la proportionnelle et, d’autre part, la période durant laquelle le projet de loi y relatif serait présenté à l’Assemblée nationale en vue d’être adopté. Dans le premier cas, le leader de l’opposition explique qu’alors que dans son Discussion Paper, le Premier ministre avait suggéré un seuil de 10%, il avait, lui, proposé 7,5% : « Lors des discussions à notre première rencontre, nous avions convenu que ce seuil allait être de 8%. Voilà que, quand on s’est, de nouveau, rencontré, jeudi, telle une girouette, non seulement il est venu, cette fois, proposer 8,5% mais à ce seuil minimal, tout parti devrait, aussi, faire élire au moins un candidat au First Past The Post (FPTP) pour bénéficier de sièges à la proportionnelle ».
« Risque d’un nouveau recensement communal »
Sur le deuxième point qui demeurait en suspens, Paul Bérenger explique qu’il avait insisté auprès de Navin Ramgoolam pour que le « bill » pour la réforme électorale soit présenté avant les élections générales. Le leader du MMM constate que son homologue du PTr a choisi de « zigzaguer » sur la question quand il est venu dire que le projet de loi allait être porté à l’Assemblée nationale qu’après les élections générales. Ce qui, dit-il, a provoqué une « exaspération unanime » dans le pays. Selon le leader de l’opposition, cela est « ridicule » et démontre le « manque de sérieux » du Premier ministre.
Réfutant, ainsi, l’argument de tous ceux qui jugent que le MMM se serait laissé mené en bateau par Navin Ramgoolam, Paul Bérenger réplique que ce ne sont que ceux qui sont « lents à comprendre » et qui, constate-t-il, sont ceux-là mêmes qui, depuis ces derniers temps, « koz pli boukou ek ékrir pli boukou » peuvent penser ainsi. Pour le leader de l’opposition, en effet, s’il y a, tout compte fait, un perdant, « c’est le pays. Ce n’est pas du tout le MMM qui s’est fait avoir. C’était de notre devoir, surtout à la lumière du « pronouncement » du Comité des Droits de l’Homme des Nations Unies, de tout entreprendre pour que la réforme électorale aboutisse ».
Le leader de l’opposition explique que plus on tarde avec la réforme, plus le pays court le risque de « prendre une raclée » avec les Nations unies. Il constate que les choses ont, malgré tout, avancé et que la situation est « mieux qu’au départ ». Il est d’avis que la volte-face de dernière minute du Premier ministre pourrait n’être qu’une parade après le « ruling » du Comité des Droits de l’Homme de l’ONU et évoque, dans ce cas, le « risque » d’un nouveau recensement sur la base des communautés.
En tout cas, une chose est sûre pour le leader du MMM: il n’entend pas reprendre les discussions avec le leader du PTr sur la réforme électorale : « C’est définitif. Le MMM a des principes: pour nous, tout n’est pas possible en politique. » Après que, selon lui, Navin Ramgoolam se soit comporté en « poltron » sur toute cette question de la réforme électorale, il invite le Premier ministre, « s’il veut, encore, être pris au sérieux », à présenter à l’Assemblée nationale un projet de loi y relatif quitte, pour cela, à ce qu’il vienne avec sa proposition pour un seuil minimal de 8,5%.
Quant à la question de la IIe République, le leader du MMM rappelle que depuis le temps où son collègue de parti, Jayen Cuttarree en discutait, dans le passé, avec le leader du PTr, le MMM s’était opposé à l’idée que, d’une part, le président de la République soit élu au suffrage universel et, d’autre part, que ce soit une présidence à la française. Pour Paul Bérenger, en effet, un président élu au suffrage universel équivaut à mettre en place un dispositif semblable à « une bombe communale à retardement ». Ce que, selon lui, Navin Ramgoolam a fini, dans un premier temps, par accepter pour, ensuite, se raviser.
« S’il arrivait que je meure… »
L’opposition du MMM à une présidence à la française, indique le leader de ce parti, s’explique par le fait qu’elle représenterait, selon lui, un « recul » par rapport au bon vieux système parlementaire westministérien hérité des colonisateurs britanniques. « Là encore, Navin Ramgoolam a démontré son manque de sérieux »,  dit-il. Ce qui amène Paul Bérenger à dire que les discussions avec son homologue du PTr sur la IIe République sont, tout aussi, « définitivement coupées ». Il confirme qu’au point où l’on en est, le MMM s’apprête à aller seul aux prochaines élections générales.
Selon le leader des mauves, seul en 2010, le MMM l’aurait emporté si, dit-il, le MSM ne s’était pas mis, alors, à « donner du sérum à Navin Ramgoolam en dépit de toutes les humiliations que le PTr a fait subir à sir Anerood Jugnauth en 2005 ». Il répète qu’il s’est, jusqu’ici, abstenu de dévoiler les choses qui ont, depuis janvier, mis le MMM « en colère envers le MSM ». Il rappelle, à ce propos, avoir, lors de la dernière Assemblée des délégués de son parti, déclaré « ne pas être amoureux du MSM » et qu’il fallait, dès lors, « savoir que le feu s’était déclaré dans la maison ».
Toutefois, explique encore le leader du MMM, compte tenu du « tort » causé, selon lui, au pays par le PTr depuis 2005, et après avoir « tout mis dans la balance », son parti a pensé pouvoir, avec le Remake 2000, « faire partir, au plus vite, Navin Ramgoolam ». « SAJ, dit-il, nous avait même affirmé pouvoir récupérer deux ministres mais, au final, ce sont trois MSM qui ont rejoint le camp gouvernemental ». Paul Bérenger confirme donc: « Le Remake 2000, c’est du passé. » Quant à la question de savoir si le MMM pourrait se retrouver avec le MSM comme Junior Partner, il répond que cette question « n’est pas d’actualité » et que « l’avenir y répondra ».
Paul Bérenger conçoit que, « naturellement », certains ont pu douter que, dans l’éventualité où le Remake 2000 avait été maintenu et qu’il remportait les élections, il n’accède, finalement, pas, dans trois ans, au poste de Premier ministre, « s’il arrivait, par exemple, que je meure ». Mais, pour lui, une chose est sûre: « Comme moi, sir Anerood peut avoir ses défauts, mais c’est un homme de parole. » Il en veut pour preuve le fait qu’en dépit, dit-il, des « fortes pressions communales » entre 2000 et 2005, SAJ n’a pas cédé et lui a permis de le succéder à la tête du gouvernement MSM/MMM après ses trois ans comme Premier ministre.
Le leader de l’opposition explique, par ailleurs, avoir pris note d’une information parue dans la presse à l’effet que l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) cible, une nouvelle fois, Pravind Jugnauth par rapport à une affaire d’acquisition d’une maison à Vacoas. « Je tiens, à cet effet, à dire que
je dénoncerais, de nouveau, toute nouvelle veilleité de persécution à l’encontre du leader du MSM par l’ICAC dont on connaît la perception dans le public », déclare Paul Bérenger. « S’il y a à enquêter dans cette affaire, que l’on choississe un Top Guy de la police. J’en ai suggéré, d’ailleurs, un nom au Premier ministre lors de ma rencontre avec lui », dit-il.