Le projet de réforme électorale a traversé en ce début de semaine une étape majeure. En effet, pour la première fois, les deux organismes institués sous la Constitution pour l’organisation des élections à Maurice, soit l’Electoral Supervisory Commission et le Bureau du Commissaire électoral, ont été impliqués dans le cercle des discussions, qui étaient jusque-là réservées aux politiques. C’est ce qu’a confirmé Le Mauricien avec la présence, hier après-midi, de Me Yousouf Aboobaker, président de l’Electoral Supervisory Commission et du commissaire électoral, Irfan Rahman, au Prime Minister’s Office.
En parallèle, le bureau politique du MMM d’hier après-midi ayant entériné une « cooling-off period » d’une à deux semaines, avec le renvoi unilatéral de la réunion d’explications de demain après-midi à La Caverne, le Remake 2000 de l’Alliance MSM/MMM se retrouve « politiquement anesthésiée » dans l’attente d’être déclarée « clinically dead ».
Les observateurs politiques soutiennent catégoriquement que le déplacement du président de l’Electoral Supervisory Commission et du commissaire électoral au Treasury Building, hier après-midi, pour une séance de travail avec le Premier ministre, confirme que le projet de réforme électorale avec un pendant portant sur la deuxième République a atteint un stade bien avancé. Jusqu’ici, les échanges sur les options de réforme électorale étaient consacrés aux politiques, soit le temps visant à « ironing out » les pierres d’achoppement et les divergences de vue.
À ce matin, très peu d’informations ont transpiré publiquement quant à la teneur des échanges entre le chef du gouvernement et ses interlocuteurs de la Commission électorale. Aucune des deux parties n’a voulu faire de commentaires officiels au sujet du « last mile » à être parcouru avant que la réforme électorale ne soit une réalité.
Toutefois, dans les milieux politiques autorisés, l’on s’accorde à avancer que le consensus a été atteint par rapport aux grandes lignes de la réforme, notamment l’introduction d’une dose de proportionnelle, du seuil de 7,5 % à être réalisé par les partis politiques pour se qualifier pour la répartition des sièges sur la base des proportionnelles ou encore l’élimination de l’obligation de la déclaration des communautés des candidats sur le Nomination Form lors du dépôt des candidatures.
Des recoupements d’informations effectués par Le Mauricien auprès de différentes sources politiques confirment qu’une formule revue et corrigée du Best Loser System devra figurer encore dans le paysage électoral avec la réforme envisagée. Le nombre de sièges de députés correctifs pourrait être inférieur aux huit actuels alors que la « formule magique » pour la désignation de ces parlementaires sans la déclaration communale demande à être « fine tuned » légalement et politiquement.
La prochaine intervention du Premier ministre dans le cadre de la clôture des débats sur le discours-programme 2012/2015 est considérée comme devant être porteuse d’éléments susceptibles de mieux éclairer l’opinion publique sur les véritables intentions du gouvernement en matière de réforme électorale et constitutionnelle. Navin Ramgoolam prévoit de clôturer les débats sur le nouveau programme gouvernemental lors de la séance de l’Assemblée nationale mardi prochain. À ce stade, l’entourage politique du Premier ministre se montre extrêmement prudent à commenter la teneur de cette intervention, qui devra marquer un tournant que ce soit sur le plan de réforme du système électoral ou encore par rapport à la configuration politique locale.
Tentative de renouer contact
Par ailleurs, les délibérations du bureau politique du MMM ont confirmé que le Remake 2000 de l’alliance MSM/MMM passe par une étape « extrêmement compromettante ». D’abord, le MMM, par le truchement de Steve Obeegadoo, a fait comprendre au MSM que la réunion d’explications sur les « kozé ki pé kozé » prévue demain à La Caverne entre la direction des deux partis a été tout simplement annulée.
Ensuite, le MMM a pris la décision d’une « cooling off period » d’une à deux semaines dans les relations et les contacts entre les deux formations politiques sous le Remake 2000. Lors des échanges au sein du bureau politique, les agissements de Showkutally Soodhun, engagé dans deux contacts avec le leader du PMSD et vice-Premier ministre et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval, au sujet d’un « come-back » du MSM au gouvernement et de l’ancienne ministre de la santé Maya Hanoomanjee au sujet d’une interpellation parlementaire sur le Board of Investment (BOI) en vue d’embarrasser le Deputy Leader du MMM Alan Ganoo, ont été passés en revue et commentés par les membres du bureau politique.
D’autre part, le ton adopté par sir Anerood Jugnauth lors du point de presse du MSM, samedi, et ses « commentaires ne reflétant nullement la réalité » au sujet de la motion pour l’élection du président de la République font également partie des irritations à l’encontre du MSM au sein de cette instance dirigeante du MMM.
Le MSM a tenté de renouer, par parlementaires interposés, le contact avec le MMM ce matin. Mais en vain, d’autant plus que le MMM n’était pas présent pour la partie consacrée à l’élection du nouveau Speaker de l’Assemblée nationale, Razack Peeroo. Toutefois, le MMM a tenu à saluer ce développement, comme cela a été le cas pour le président de la République. Par contre, le MSM a choisi d’être présent dans l’hémicycle.
Les parlementaires du MSM, qui se sont concertés avant le début des travaux parlementaires du jour, ont annoncé que le bureau politique de ce parti se réunira d’urgence demain après-midi pour une évaluation de la situation politique au sein de l’opposition et tirer les leçons qui s’imposent.
La véritable question qui se pose est qui des deux partis signera « l’acte de décès politique » du Remake 2000 et quand, d’autant plus que les spéculations sur la place se font de plus en plus pressantes à l’effet que l’adoption de la réforme électorale devrait générer une succession d’événements politiques conséquents…