Il faut croire que rassurer la population que « tou korek » avec son partenaire de l’alliance gouvernementale ne figure pas à l’agenda du Premier ministre. Stratégie politique ou sourde colère profonde ? Difficile à dire. Reste que le PM a choisi la voie du grand silence sur les événements qui ont secoué son gouvernement en fin et début d’année.
Et la population n’a pas eu droit à des clarifications du PM sur la situation politique suite aux remous entre le PTr et le PMSD. Remous qui sont loin de s’être estompés au sein de l’opposition à la mairie de Port-Louis, où l’ancien chef de file PTr/PMSD Salim Abass Mamode, un ancien lord-maire mauve qui est passé au PMXD puis au PMSD, a été évincé au profit d’un premier magistrat de la capitale plus récent, le rouge Mahen Condeea
Ce qui est sûr, c’est que le PM est loin d’avoir été touché par le décès de l’ex-Premier ministre israélien Ariel Sharon qui s’est éteint samedi dernier après avoir passé huit ans dans le coma. Cela, il l’a clairement fait ressortir tandis qu’il était invité à s’exprimer lors de la cérémonie nationale marquant la fête Yaum-un-Nabi mercredi à Phoenix. Le PM n’y est pas allé de main morte en déclarant qu' »il (NDLR : Ariel Sharon) a payé ses péchés ».
Alors que la fin de 2013 et le début de cette année ont été marqués par les agitations au sein du gouvernement, la population s’attendait – avec l’expulsion de Michael Sik Yuen du PMSD — que le leader des Bleus mette les points sur les « i ». Rien de tout ça, et pour le PM jusqu’ici, c’est silence radio. Pas une seule allusion pour rassurer ses mandants quant aux relations du PTr avec son partenaire.
Pourtant, dans les milieux concernés, on parle de « semblant d’apaisement », le PMSD ayant dû rentrer la queue entre les jambes pour faire « ressortir qu’il n’a jamais exercé aucun chantage à l’égard du Premier ministre. » Navin Ramgoolam préfère ainsi garder le pays en haleine et même si très loquace sur d’autres sujets, dont le décès d’Ariel Sharon, c’est le mutisme total sur ses relations avec Xavier Duval.
Pour sa première sortie publique cette année, le Premier ministre, qui a procédé lundi dernier, dans le cadre des célébrations des 100 ans du collège Royal de Curepipe (RCC), à la mise en terre d’une plante endémique, dévoilé une plaque commémorative et scellé une time capsule contenant des objets utilisés par le collège, s’est gardé de faire des commentaires politiques directs. Il a préféré faire les éloges des enseignants qui ont marqué son passage alors qu’il faisait ses études secondaires dans cette institution et qui ont laissé leur empreinte sur sa vie. Et d’estimer qu’il n’aurait pas été ce qu’il est aujourd’hui s’il n’était pas passé par le RCC.
À sa deuxième sortie publique, mercredi dernier, Navin Ramgoolam a eu un discours très critique envers l’ex-Premier ministre israélien, surprenant plus d’un dans l’auditoire au collège Aleemeeah où se tenait la cérémonie nationale du Yaum-un-Nabi, estimant qu’Ariel Sharon, qui a passé huit ans dans le coma, « a payé pour ses péchés ». Évoquant les crimes perpétrés sous l’ancien dirigeant israélien contre les Palestiniens, et également la façon dont Ariel Sharon a traité Yasser Arafat, qu’il avait menacé de mort, Navin Ramgoolam s’est étonné qu’un Premier ministre qui a eu autant de sang dans les mains n’ait jamais été traduit devant la Cour pénale internationale, alors que le président du Kenya est actuellement poursuivi devant cette instance judiciaire.
Il devait aussi s’insurger de la politique de deux poids et deux mesures des États-Unis pour leur soutien à Israël, déplorant par là même la politique occidentale par rapport à Israël et la Palestine. « Pourquoi Israël a le droit d’avoir des armes nucléaires et pas l’Iran ? Au contraire, on aurait dû préconiser la dénucléarisation pour tous les pays », estime Navin Ramgoolam, rappelant s’être opposé à l’invasion de la Syrie par des forces internationales afin d’éviter que de nombreux innocents ne soient sacrifiés.
Le chef du gouvernement a profité de l’occasion pour saluer la paix et l’harmonie qui règnnte à Maurice où les différences de religion ne sont pas sources de conflits. « Nous pouvons avoir des différences d’opinion, nous pouvons avoir des différences politiques, mais nous vivons en paix et dans l’harmonie à Maurice. Ce qui n’est pas le cas dans beaucoup de pays », pense-t-il.
Revenant sur la méritocratie en ce qui concerne les recrutements dans la fonction publique, Navin Ramgoolam a ainsi fait ressortir que la Public Service Commission (PSC), qui n’a été créée ni par lui ni par « mo kamarad Paul Bérenger » (ndlr : présent sur l’estrade), a été instituée, a-t-il souligné, afin qu’il y ait des recrutements impartiaux dans la fonction publique et que cela ne se fasse pas sur la base des affinités politiques. Le PM a critiqué ceux qui accusent le gouvernement d’effectuer des recrutements sur une base communale, ce qui est un délit condamnable par la loi, dit-il.
La loquacité du Premier ministre sur ces différents sujets d’actualités, dont la mort d’Ariel Sharon, laisse cependant la population sur sa faim en ce qu’il s’agit de la situation politique au sein du gouvernement. Cependant, outre son clin d’oeil à son « kamarad » Paul Bérenger, la présence du ministre Michaël Sik Yuen à la cérémonie du Yaum-un-Nabi, mercredi, même si d’autres ministres et plusieurs députés étaient présents, n’est pas passée inaperçue. À ce jour toutefois, la stratégie politique de Navin Ramgoolam pour 2014 demeure un mystère, le PM se murant dans un silence radio. La population devra ainsi se contenter de la version officielle mise en avant dans un communiqué publié la semaine dernière.
La préoccupation de Navin Ramgoolam a été avant tout d’ordre socioculturel en ce début d’année, vu son implication directe et personnelle et ses discours et sorties ciblés lors des fêtes du Yaum-un-Nabi et du Thaipossum Cavadee.