Dans un style propre à lui, expressionniste, Guy-Noël Verny a l’âme d’un conteur, laissant parler son imagination à travers le bois qu’il cisèle pour lui donner forme humaine. Ce qui plaît tant au sculpteur, c’est l’énergie qui se dégage de cette matière fibreuse lorsqu’il s’en imprègne. Et le talent aidant, il est parvenu à créer une trentaine d’oeuvres, un clin d’oeil à la vie. Guy-Noël Verny expose jusqu’au 20 avril au Mauritius Institute à Port-Louis.
Dans la salle du Mauritius Institute, Guy-Noël Verny s’avance à petits pas. Là où trônent ses travaux faits de bois et dont certains sont recouverts d’une couche de peinture blanche. Cet autodidacte, pas très connu du grand public, raconte que durant dix-neuf ans il a exercé le métier de Crane Operator et n’a jamais reçu de formation artistique en sculpture. « Un morceau de bois a retenu mon attention il y a deux ans sur le chemin de Plaisance. Il m’a semblé y reconnaître une forme de visage. Et, quand cet ami m’a dit de garder ce bout de bois pour moi, cela a été comme un signe du destin. » Chaque morceau de bois travaillé, Guy-Noël Verny l’associe à des personnages avec un vécu. Pour chacune de ses statuettes, il a choisi des noms qui pourraient surprendre : Je fais rien, Ma vie, Danse à perdre la tête, Heureux de se voir, Décompresser, Si ti toi. « Regardez cette statue en bois qui n’a pas de tête avec sa forme élancée. Ce personnage a tellement dansé, virevolter qu’on ne voit plus sa tête, je l’ai nommée Danse à perdre la tête. L’autre représentant une écolière me rappelle ma fille avec son sac à dos sur l’épaule, je l’ai appelée Ma vie. Et Je ne fais rien, c’est quelqu’un qui loue le farniente », explique-t-il tout simplement.
Donner une âme
Tel un conteur, Guy-Noël Verny pourrait des heures durant parler de ses figurines en bois. En les sculptant, il leur a donné une âme. Et devant un tel tableau, aucun visiteur ne peut rester insensible.
Le bois est-il devenu sa passion au point de tendre vers la perfection ? Guy-Noël Verny en est lui-même le premier surpris. « J’ai découvert que j’avais du talent et que j’étais capable avec un simple morceau de bois d’en faire un objet de décoration qui attire le regard. » Parmi la trentaine d’oeuvres exposées, Regarde plus loin est la sculpture qui l’interpelle. « C’est un visage inconnu taillé dans le bois, comme quelqu’un qui scrute l’horizon à la recherche de son avenir. » Comme une quête intérieure, le travail du bois est devenu pour l’interlocuteur une source d’inspiration. La matière qu’il utilise : le tecoma, le camphre, le jacquier entre autres. « Tout dépend de l’argent que je peux investir dans le bois. » Il a une manière à lui, très tactile, d’apprivoiser le bois en le sculptant avec des ciseaux. Parfois, l’artiste recherche dans un même bois, des lignes, des points méridiens. Et les harmonisant, en les assemblant, chaque objet prend vie. « Je garde 40 % de naturel et les ciseaux font le reste en donnant des formes voulues. »
Père de deux enfants Olivier et Mélanie, Guy-Noël Verny dit que son art est devenu une affaire familiale. « Je reçois l’aide de mon épouse et de mes enfants. » Son expo-vente, il la doit à la National Art Gallery. L’artiste explique toutefois qu’il avait déjà eu la chance de participer à plusieurs expositions collectives et que cette année, c’est sa toute première sortie en solo.
« Pour l’instant, je vois que les gens apprécient, mais personne n’a encore acheté. C’est une expo-vente et j’espère qu’il y aura des amoureux de l’art qui souhaiteront avoir une de mes pièces chez eux. »
Il n’y a pas d’âge pour devenir artiste, affirme-t-il. « J’ai commencé à 44 ans et aujourd’hui à 46 ans, je suis à ma première expo en solo. L’important c’est de croire dans ce qu’on fait et de persévérer coûte que coûte, malgré les critiques. »
Prochainement les photos de ses sculptures seront accessibles sur Facebook, l’occasion pour lui de se faire connaître auprès des internautes férus d’art.