Si vous croisez un camion remorqueur de la compagnie Omnicane sur la route, ne soyez pas surpris de voir une femme au volant. En effet, depuis plus d’un mois, Premilla Bissessur-Doorbeejah a été engagée comme chauffeur par la compagnie sucrière. Elle transporte des charges allant jusqu’à trente tonnes, de et vers Port-Louis, Britannia, St Aubin et Savannah, chaque jour.
« Alo, mo trouv enn madam pe kondir ou kamyon, li normal sa ? » Cet appel d’un sergent de police à Daniel Gaiqui, Transport Officer à Omnicane Logistics Operations Limited, témoigne de la surprise que crée Premilla Bissessur-Doorbeejah sur la route. Au volant de son camion remorqueur, cette mère de famille de La Flora ne passe pas inaperçue des automobilistes. Parfois, des confrères lui font un petit signe de la main sur la route, comme pour lui démontrer leur appréciation.
Vêtue de son uniforme de couleur bleu ciel, un soupçon de rouge à lèvres et une ligne de crayon bleu sous les paupières, Premilla Bissessur-Doorbeejah affirme bien sa féminité dans ce monde masculin. Pourtant, il n’a pas été facile pour elle de se faire accepter dans cet univers. Détentrice d’un permis poids lourd depuis 2002, elle a fait le tour des compagnies en vue d’obtenir un emploi. « Mais personne n’a voulu me faire confiance. Seul Joseph de Guardia d’Omnicane a voulu me donner ma chance. Et je lui en suis très reconnaissante ».
Pour Premilla Bissessur-Doorbeejah, ce travail relève d’un véritable défi. « S’il y a des femmes qui conduisent les voitures, pourquoi pas les bus et les poids lourds ? » Pas intimidée un seul instant par la taille du camion ni de sa remorque, la conductrice n’a eu aucun mal à faire ses preuves lors de sa formation chez Omnicane. « Quand on a la volonté et la conviction, on doit y arriver. »
Pendant un mois et demi, elle a ainsi été encadrée par des chauffeurs de la compagnie, en l’occurrence Azighen Renghen et Devindra Toocanum. L’instructeur français Michel Guimeul a été appelé à fournir des formations plus poussées.
Pendant son training, Premilla Bissessur-Doorbeejah a été accompagnée sur la route par un autre chauffeur. Depuis la semaine dernière, elle a son propre véhicule et son aide-chauffeur, Joël Jolicoeur. « Tout le monde a contribué afin que je puisse m’adapter à ce boulot, je leur suis très reconnaissante. Ici, nous sommes une famille. »
30 tonnes à transporter
La journée de la conductrice commence à 4 h du matin. « Avant de prendre la route, l’assistant garage manager Gaëtan Pyndiah et son équipe procèdent aux vérifications du véhicule. Il faut dire qu’ici, nous sommes très stricts en matière de sécurité. Et tout problème doit immédiatement être rapporté au garage. »
Vers 5 h, Premilla Bissessur-Doorbeejah est déjà sur la route avec sa première cargaison. Pour le moment, elle ne transporte pas de sucre, mais du charbon pour la centrale thermique, ou du sel pour les procédés industriels. « Je transporte des charges allant jusqu’à 30 tonnes », précise-t-elle.
Sur la route, elle observe strictement les consignes : « La limite pour un camion remorqueur est de 40 km par heure. Même s’il y a des gens qui klaxonnent derrière moi, je dois respecter la limite de vitesse. »
À 17 heures, Premilla Bissessur-Doorbeejah s’apprête à ramener son camion au garage. La journée est terminée. Elle peut compter sur la compréhension de Joseph de Guardia et de Daniel Gaiqui, qui préparent son planning de façon à ce qu’elle ne travaille pas le soir.
À la maison, la conductrice peut compter sur le soutien de son mari et de sa fille, élève en lower VI. « Ils sont tous deux fiers de moi, ils m’encouragent. »
Il faut dire que ce n’est pas la première fois que Premilla Bissessur-Doorbeejah travaille dans un milieu masculin. Avant de devenir chauffeur de poids lourd, elle travaillait avec son mari comme plombier sur les chantiers. « Mo ena bokou lamour pou feray », lâche-t-elle avec un sourire, avant d’ajouter que le métier de chauffeur de poids lourd l’a toujours fasciné.
Premilla Bissessur-Doorbeejah encourage ainsi les femmes à se lancer dans les métiers qu’elles aiment et à ne pas se laisser intimider par le monde masculin. « En tant que femmes, nous avons des responsabilités. Il faut savoir où est notre avenir. »
Elle est d’avis que si les femmes restent dans leur coin, elles ne vont pas progresser. « Il ne faut pas que les femmes se sentent vulnérables. Si vous avez la volonté et le courage d’entreprendre quelque chose, vous y arriverez. »