La réunion du Monetary Policy Committee (MPC) à la Bank of Mauritius Tower demain, ayant Matin Petri, chef de mission du Fonds monétaire international (FMI), en tant que Chief Guest, revêt toute son importance dans la conjoncture. D’aucuns vont jusqu’à affirmer que le gouverneur de la Banque de Maurice, Rundheersing Bheenick, qui préconise une révision à la hausse du Repo Rate, joue gros. Par contre, les opérateurs économiques, dont le Joint Economic Council, s’attendent à voir le statu quo adopté depuis le 17 juin 2013, avec un Repo Rate à 4,65%, être reconduit sans aucune autre forme de procès. En marge des conclusions des délibérations de la réunion de demain, il faudra s’attendre à un duel à distance entre la BoM Tower et le ministère des Finances dès mardi, alors qu’avec le wrapping up des Article IV Consultations en début de semaine, la mission Petri pourrait revenir à la charge sur l’urgence d’une accélération de la réforme économique.
Après avoir échoué au moins les deux dernières fois à convaincre les membres du Monetary Policy Committee à entériner une hausse du Repo Rate, Manou Bheenick ne compte nullement abandonner sa stratégie, d’autant que la Reserve Bank of India a récemment revu sa politique en matière de taux d’intérêts. Les problèmes générés par la poussée des excédents de liquidités dans le circuit ou encore le niveau de l’épargne sont présentés comme dans arguments supplémentaires dans le camp de ceux qui sont en faveur d’une révision à la hausse des taux d’intérêts.
La véritable question qui se pose à 24h de ces discussions cruciales demeure si le gouverneur de la banque centrale réussira là où il a échoué de manière lamentable les fois précédentes. Face à des indications préliminaires qu’un renversement de tendance pourrait être en ballottage favorable, des opérateurs du secteur privé souhaitent voir le maintien du Repo Rate à 4,65% vu que les pressions inflationnistes sur le front extérieur et le plan local sont sous contrôle.
Du côté du JEC, l’on préfère éviter de déclarer ses préférences pour la réunion du MPC tout en privilégiant la croissance. « La politique du MPC va dans la bonne direction avec une préférence pour la croissance. Toutefois, avec le nouveau Repo Rate, qui sera annoncé demain, nous pensions qu’il ne devrait pas constituer un signal à l’encontre sur la croissance. Nous ne devrons nullement être hawkish au sujet de l’inflation », fait-on comprendre officiellement.
Reste que des observateurs politiques et économiques s’attendent à un véritable match à distance entre la Banque de Maurice et le ministère des Finances dès le lendemain de la réunion du MPC. D’habitude, Manou Bheenick anime un point de presse post-MPC pour commenter les discussions avec des coups de griffes distribués à gauche et à droite.
Pour l’une des rares fois, le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval, prévoit d’animer un point de presse, annoncé pour mardi, consacré à la présentation du Youth Employment Programme 2014. À moins d’un changement de dernière heure de la part du ministère des Finances, le clash des commentaires sur les conclusions du MPC de demain alimentera la polémique sur le plan économique peu importe si les inflation-hawks l’emportent ou si les pro-croisssance obtiennent au moins le statu quo.
La politique monétaire est un facteur déterminant dans la politique de création ou encore de sauvegarde des emplois. Avec la nouvelle version du Youth Employment Programme, Xavier-Luc Duval compte miser sur la performance de 2013 pour donner une nouvelle impulsion au programme de placements professionnels vu le taux de chômage élevé parmi les jeunes et les diplômés. La proclamation des résultats de School Certificate (SC) et de Higher School Certificate (HSC) vient se greffer sur une situation déjà difficile pour ceux qui sont en quête d’emplois en ce début d’année. Aucun détail n’a transpiré jusqu’ici sur les nouveaux objectifs du YEP que compte annoncer le vice-Premier ministre et ministre des Finances.
Les premiers commentaires du FMI sur l’économie seront également de mise avec le wrapping-up de la mission Petri prévu  mercredi, soit le jour du départ. Hormis le taux de croissance pour 2014, l’attention pourrait être braquée sur les prescriptions économiques urgentes du FMI pour les douze prochains mois. Une première conclusion unanime des stakeholders qui ont participé à des séances de travail est que le FMI pourrait s’appesantir sur l’urgence de la mise à exécution du programme de réforme économique.
« Dépendant du langage qu’adoptera le FMI, le message qui sera transmis aux autorités est que les réformes tardent trop et qu’il y a urgence à se retrousser les manches pour se mettre au travail. Les chantiers prioritaires ne manquent pas et ne constituent nullement un secret », indiquent des sources autorisées approchées par Week-End.
Dans la conjoncture, la priorité des priorités concerne le secteur portuaire. « À ce niveau, il y a lieu d’agir vite, voire très vite. L’enjeu porte sur la compétitivité du secteur portuaire, Port-Louis devenant moins compétitif que d’autres ports de la région, dont ceux de Madagascar. La Cargo Handling Corporation demande à être revisited dans les meilleurs délais », fait-on comprendre dans les milieux autorisés.
Les autres secteurs d’intervention qui pourraient être ciblés sont les Utilités publiques avec un éventuel report de douze mois des investissements du Central Electricity Board (CEB) dans les turbines de 4×15 MW et le délai accumulé pour la mise en place des regulatory bodies que ce soit pour l’eau et l’électricité, la réforme et la restructuration des State-Owned Enterprises (SOEs), dossier considéré comme un very hot political potato ou encore la prochaine étape de a réforme de la pension.
L’évolution des investissements retiendra également l’attention de la mision Petri, qui demande à « see more policy clarity with regard to the investment strategy ». « Ce sont autant de facteurs déterminants pour engager Maurice dans la voie du high income group. Toutefois, des mesures s’imposent », ajoutent-ils.
Le FMI pourrait également être appelé à effleurer le Global Business Sector dans le sillage de la controverse politique autour du Double Taxation Avoidance Treaty avec l’Inde. Des spécialistes de la question avancent qu’avec des élections générales en vue dans la Grande Péninsule, la période d’incertitude planant sur le secteur offshore pourrait s’accentuer dans les semaines à venir.
« Force est de reconnaître que l’incertitude est un des plus virulents poisons dans le secteur du Global Business », concède-t-on en rappelant que dans le Article IV Consultations Report de 2013, la mission Petri avait mis en garde à l’effet que « large short-term capital flows linked to the Global Business Corporations could also prove to be more volatile than in the past ». Une façon de rappeler que les inquiétudes sur le front de l’offshore sont loin d’être atténuées…